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vendredi 19 février 2021

[Vidéo] Combien gagne un orthophoniste ?

Sur ce blog, mes articles sur le revenu des orthophonistes libéraux ont toujours été parmi les plus lus.

Il était temps d'actualiser les données. Mais cette fois-ci, j'innove : je le fais en vidéo.



vendredi 5 février 2021

Travailler plus en libéral : ça vaut le coup ?

"Travailler plus ? A un moment ça ne sert plus à rien, tu donnes tout aux impôts !"

Vous avez peut-être déjà entendu ou lu cette phrase. Mais elle m'a toujours paru étrange. 

Etant issu d'une famille de commerçants, elle signifie pour moi : "Mieux vaut fermer la boutique en octobre, sinon la recette de la fin de l'année ira en entier au fisc".

Il y a donc un sophisme quelque part. Forcément.

Je l'ai donc cherché. Et trouvé. Je vais vous montrer pourquoi il est toujours utile de travailler plus, chiffres à l'appui. Mais aussi pourquoi il y a une part de vérité, comme dans beaucoup de légendes.

Mais d'abord, il faut raisonner en marginal.


Non, pas ce marginal-là.

Il faut raisonner en taux marginal, et non en taux moyen. La bonne question, toute simple, c'est :

Combien vont me prendre le fisc, l'URSSAF et la CARPIMKO sur chaque acte supplémentaire ?

Parce que c'est bien ça, en fait, la question qui sous-tend le "travailler plus qui ne sert à rien". Est-il possible d'atteindre 100 % de ponction, en France ? Ce pays est-il si rapace avec ses habitants ?

C'est là où il faut lancer Excel.


 Si.

Pas le choix. Il faut bien raisonner froidement, quand on veut analyser un sophisme.

Je vous montre, puis je vous explique.

 

Si vous voyez mal le tableau ou si vous voulez jouer avec les formules, vous pouvez le télécharger ici : https://mega.nz/file/C9tiXbJL#vrVplf6d7Xcud8XCN4dSC_T0uSxQ7b8jfL5_8Lmcbrc

Il est bourré de chiffres, mais il est facile à utiliser : regardez la ligne 1 pour savoir quelle colonne vous concerne, puis regardez la ligne 17 pour savoir combien la France vous prend sur chaque acte supplémentaire.

Exemple : 

Prenons une orthophoniste donc le bénéfice (+ assurance Madelin et PER) est de 30 000 €.

30 000, c'est entre 25 711 et 41 136. Donc colonne D.

Résultat en D17 : 53,6 % de chaque acte supplémentaire partent au fisc, à l'URSSAF et à la CARPIMKO, jusqu'à ce que notre consœur atteigne 41 136 €. 

 

Mais si elle passe ce cap des 41 136 €, la ponction descend à 45,3 % grâce à la CARPIMKO. La colonne E est le sweet spot de nos revenus : vous commencez à bien gagner votre vie, pour quelqu'un qui vit en France

Problème : la colonne E est étroite. A partir de 45 250 €, on commence à payer des allocations familiales et ça remonte doucement.

Comme vous le voyez dans la ligne "Ponction totale", les choses ne sont pas aussi simples qu'un sophisme. La hausse de prélèvement n'est pas linéaire.

Quoi qu'il en soit, même si vous atteignez la colonne H, chaque acte supplémentaire vous laissera quand même 40,6 % dans la poche.

Et en fait, c'est même mieux que ça.

Mon tableau parle de l'année où vous décidez de faire un bilan ou une séance supplémentaire. Vous paierez ensuite vos taxes dessus. Mais les charges sociales sont elles-mêmes partiellement déductibles.

Il y a un aspect récursif dans les charges. Les cotisations d'aujourd'hui abaissent la ponction de demain.

Donc si vous visez le sweet spot, faites bien attention à ne pas en sortir à l'insu de votre plein gré.

Résumons :

  • Travailler plus, ça vaut le coup. Toujours. La France est avide, mais elle vous laisse systématiquement une part de votre travail. Il est donc utile de travailler davantage. C'est juste une question de choix personnels.
  • Ceux qui se trouvent entre 41 136 et 45 250 € de bénéfice sont choyés par le système.
En même temps, le sophisme initial comporte bien une part de vérité : à un moment, la France atteint des taux qui peuvent en décourager plus d'un. Elle se tire une balle dans le pied. La redistribution, c'est bien, mais c'est comme les médicaments : c'est une question de dosage. Il est clair que dès qu'on dépasse 50 %, on décourage les gens. 
 
50 %, c'est la limite de la spoliation, en fait : au-delà, vous savez que vous travaillez plus pour les autres que pour vous. Le pays a donc choisi la spoliation, en l'emballant dans les bons sentiments pour qu'on ne puisse rien dire.

A cet égard, le taux de la colonne D, où se situent beaucoup de collègues, est un pur scandale silencieux.

Ce qui leur permet de tenir, c'est la détaxation relative des premiers euros gagnés dans l'année. Les deux premières tranches d'imposition (0 et 11%) doivent être remplies avant l'entrée dans la tranche à 30 %. Donc ces collègues de la colonne D paient leurs 53,6 % sur les derniers mois de l'année.
 
Mais tout travail supplémentaire serait taxé à 53,6 %, jusqu'à ce qu'ils atteignent la colonne E.

Quelques points de discussion :

  • Les taux d'impôt sur le revenu du tableau sont ceux des célibataires. Si vous ne l'êtes plus, le raisonnement est le même, mais les bornes varient. Cet article vous explique tout : https://www.capital.fr/votre-argent/tranche-marginale-d-imposition-1352107
  • Les chiffres sont ceux de février 2021. Ca change un peu tous les ans.
  • Le taux d'assurance maladie est celui des revenus conventionnés. Si vous avez des revenus non conventionnés (ex : activité secondaire, redevance de collaboration), l'assurance maladie vous prend 98 fois plus.
  • Je vous ai épargné la tranche d'imposition à 45 %, qui ne concerne quasiment aucun paramédical. J'aurais même pu pousser jusqu'aux 200 000 € où la CARPIMKO nous laisse enfin tranquilles. Mais à quoi bon...

Un dernier mot : si vous voulez recevoir tous les jeudis ma newsletter sur l'actu ortho, il vous suffit de cliquer ici et de laisser votre adresse email. En 5 minutes par semaine, vous serez au courant de ce qui se passe.

mercredi 2 décembre 2020

Assurance vie vs PER : le combat du moment


Depuis un an, les conseillers financiers mettent en avant le plan épargne retraite (PER), qui a remplacé les contrats Madelin retraite.

Mais avons-nous intérêt à souscrire un PER ? Une assurance vie classique ne serait-elle pas plus judicieuse ?

Pour se décider, il faut bien comprendre les points communs et les différences entre ces deux enveloppes fiscales.

Si vous voulez aller au fond des choses, j'ai expliqué le fonctionnement du PER en long, en large et en travers dans ma formation en ligne sur le PER :
https://guillaumelefebvre.podia.com/le-guide-pratique-du-per-comprendre-ce-nouveau-couteau-suisse-de-l-epargne

Quant à la formation sur l'assurance vie, le pré-lancement de la formation est terminé. Il me reste un module à enregistrer avant la publication de la version finale.

Mais on peut résumer les choses ici, sans explorer tous les détails.

Comme toujours, je ne prétends pas vous dire quel placement il vous faut : je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Je cherche juste à vous présenter les deux dispositifs pour que vous puissiez y réfléchir sereinement, sans subir la pression et le jargon d'un commercial.

Commençons par les points communs : 

  • Le PER et l'assurance vie sont des sortes d'étagères à épices financières. On peut y loger des actions, des obligations, de l'immobilier, des ETF (fonds spéciaux qui s'alignent sur un indice boursier, avec très peu de frais).
  • Les deux dispositifs proposent un fonds en euros, réglementé et (relativement) sécurisé, contenant principalement de la dette d'Etat et d'entreprises. Les Français aiment beaucoup le fonds en euros parce que les actions ont une mauvaise réputation : risque, capitalisme vorace sans âme, etc. Le fonds en euros, c'est la tranquillité. C'est aussi la garantie d'un rendement anémique : les taux ont beaucoup baissé.
  • Dans les deux dispositifs, on peut récupérer son argent ou le transformer en rente viagère.
  • Les contrats avec peu de frais se trouvent en ligne.

Passons aux différences : 

  • Le PER emprisonne votre argent. Vous ne pouvez pas le sortir à votre guise. Le but, c'est le long terme. Hormis un gros pépin de vie, vous sortirez pour acheter votre résidence principale et/ou au moment de votre retraite. En assurance vie, vous pouvez faire un rachat ou demander des avances sans attendre d'acheter votre maison, ni attendre 67 ans. Vous pouvez même sortir des sous pendant les 8 ans où la fiscalité est moins sympathique. Ca c'est une sacrée différence : l'assurance vie, c'est la liberté.
  • Pour vous inciter à épargner sur le long terme, le PER dégaine son bazooka fiscal : vos apports sont déductibles jusqu'à un certain plafond. Si vous êtes dans la tranche à 30 % et que vous mettez 1000 € sur votre PER, vous paierez 300 € d'impôts en moins. Rien de tel en assurance vie.
  • Revers de la médaille : si vous avez déduit vos apports dans le PER, au moment où vous reprendrez l'argent, l'Etat vous taxera. En assurance vie, le paradis fiscal est justement sur la sortie : aucun impôt sur le capital, et très peu sur les intérêts (voir ici). En fait le PER vous permet un transfert de vos impôts d'aujourd'hui vers vos impôts de plus tard. Donc c'est vraiment intéressant pour vous si vous êtes dans les tranches à 30 ou 41 %, voire 45, et que vous pensez descendre d'une tranche au moment de votre retraite. Dans ce cas-là, l'Etat français y perdra. Donc vous y gagnerez.
  • Notez que dans le PER, vous pouvez refuser de déduire vos apports. Dans ce cas, vous ne serez pas imposé sur le capital au moment de la sortie. Ca peut être judicieux si vous êtes non imposable, voire dans la tranche à 11%, et si vous pensez y rester quand vous serez en retraite. Mais du coup, ça vous remet dans une situation proche de l'assurance vie, sans la liberté de sortir à votre guise. L'avantage de la prison volontaire, c'est qu'elle vous évitera la tentation. A vous de voir si vous vous faites confiance.

Alors comment choisir ?


Réponse du Normand que je suis : on peut ouvrir les deux et y apporter de l'argent quand on veut. Par exemple, quand on a une excellente année, on peut aller vers le PER pour éviter un coup de matraque fiscal. Et revenir sur l'assurance vie ensuite si l'année est moins bonne.

En fait le PER est très souvent recommandé par les conseillers quand on est au moins dans la tranche marginale à 30 %. Dans les tranches hautes, en fait, vous investissez vos impôts et ils génèrent des intérêts qui se cumulent pendant des dizaines d'années.

Pour savoir dans quelle tranche vous êtes :

https://www.francetransactions.com/impots/calcul-tmi-2020.html

Quand on est non imposable ou dans la TMI à 11 %, les bons conseillers recommandent plutôt l'assurance vie classique. Inutile de se priver de liberté pour un gain fiscal minime ou inexistant. D'autant que le PER vous engage pour des dizaines d'années alors que vous n'avez aucune visibilité économique sur le long terme. L'argent en prison, c'est quand même un principe problématique. Alors si vous y avez par grand intérêt, pourquoi se contraindre ?

Une niche fiscale temporaire

Je finirai cet article en mentionnant une disposition pro-PER de la loi Pacte.

 

Tout rachat réalisé sur un contrat d’assurance vie de plus de 8 ans fera l’objet d’un abattement fiscal doublé, à condition que les sommes soient réinvesties dans un PER et que le rachat soit effectué au moins 5 ans avant le départ en retraite.

Si ce bon plan vous intéresse, vous avez jusqu'au 1er janvier 2023 pour en profiter.




mercredi 4 novembre 2020

Pénibilité : vraiment ?

 

 

Vous le savez maintenant : j'aime me faire du mal. Tous les ans, j'épluche attentivement le bulletin de la CARPIMKO.

Il y a toujours des choses intéressantes et amusantes dedans. Souvent, j'y trouve aussi des sources d'énervement. Attention, ce bulletin est mauvais pour vos artères. C'est un ascenseur émotionnel.

 

Premier énervement : le rappel de notre captivité.

Depuis plusieurs années, dès la page 2, le bulletin nous rappelle que nous sommes obligés d'être clients de la CARPIMKO. Quoi que dise l'Europe sur la liberté de s'assurer où on veut. On s'assoit sans vergogne sur la liberté.

 

Deuxième énervement : une hausse déguisée.

Regardez le haut de la page 3.

 

En résumé : sous 41 136 €, le régime de base nous taxe à 10,1 %. Au-dessus, c'est 1,87 %.

Le problème, c'est que tous les ans, cette frontière entre enfer et paradis monte. L'an dernier, elle était à 40 524 €. L'année d'avant : 39 732 €.

Autrement dit : tous les ans, des euros taxés à 1,87 % deviennent des euros taxés à 10,1 %. Même pas besoin d'augmenter les taux ! Il suffit de laisser l'enfer grignoter le paradis en silence. Pratique. Heureusement que nos lettres-clés augmentent aussi tous les ans !


Mais relativisons : ces turpitudes ne sont rien à côté de la vague scélérate des 28 % qui aurait déferlé sur nous, si le coronavirus ne nous en avait pas protégés. A quelque chose, malheur est bon. Pour l'instant, on ne nous casse pas un genou en nous tendant une béquille en mousse (la baisse de la CSG potentiellement inconstitutionnelle). Tout ça reste dans les limbes.

Alors faisons comme Madame François en page 2 : arborons une tenue estivale en novembre et sourions.

 

Oui sourions, d'autant qu'il y a aussi toujours quelque chose d'amusant dans ce bulletin.

Cette fois, c'est l'affaire de la pénibilité.

La CARPIMKO a payé au cabinet Stimulus une étude sur la pénibilité. Les auxiliaires médicaux ont été "nombreux" à y répondre (cf page 2). On ne sait pas combien, ni si ce sont les plus concernés qui ont répondu.

La FNO elle-même nous avait appelés à y participer au début de l'été :
https://fno.fr/actualites/pratiques-professionnelles/carpimko-enquete-penibilite/

La CARPIMKO nous écrit que cette étude n'est toujours pas terminée, 4 mois après. Si elle finit par paraître, il faudra la lire pour savoir si elle est représentative des auxiliaires médicaux qui trouvent leur métier pénible, ou si elle est représentative de tous les auxiliaires médicaux.

But : permettre à nos syndicats "de négocier d'éventuelles avancées sur le sujet, dans le cadre de la réforme des retraites si cette dernière refait surface ou dans un autre cadre".

Donc avant même la parution de l'enquête, la CARPIMKO entérine l'idée de la pénibilité des métiers paramédicaux en libéral.

Tout cela reste extrêmement hypothétique, ce qui peut se comprendre. Il fallait bien commencer par quelque chose. Cela dit, je comprends mal que l'argent de nos cotisations obligatoires (donc de l'argent public) serve à financer des revendications syndicales corporatistes.

Reste à savoir comment cette idée de pénibilité sera reçue. Je peux d'ores et déjà vous donner une idée de la réaction de mes propres fils :

Vous voyez, la CARPIMKO n'amuse pas uniquement ses clients.

Il sera probablement plus difficile de faire admettre la pénibilité de l'orthophonie que celle des infirmiers ou des kinés. Et de toute manière, même si cela débouche sur de nouveaux droits, gageons qu'ils seront financés par... nous. C'est ce qui est en train de se passer avec la suppression du délai de carence de 90 jours : l'URSSAF va nous imposer une nouvelle cotisation (source : le PLFSS 2021).


Finissons par une autre blagounette dont la CARPIMKO a le secret.

En 2022, il y aura des élections pour renouveler le Conseil d'administration de la caisse.

On nous annonce que pour la première fois, le vote électronique sera instauré. La CARPIMKO est plus honnête qu'Apple : les iPhone 12 sont vendus sans chargeur pour protéger la planète, officiellement. La CARPIMKO nous fera voter par internet parce que le papier avait "un coût financier et écologique".

C'est tout de même amusant, parce que ça fait 40 ans qu'elle aurait pu y penser. Le Minitel a été commercialisé en 1980.

 

mercredi 14 octobre 2020

Faut-il "faire des frais" ?

 


Les commerciaux, qu'ils soient dans la finance ou dans la vente de matériel, aiment nous dire qu'il faut "faire des frais".

Évidemment, les frais professionnels ont un énorme avantage : ils sont déductibles.

Et comme le ras-le-bol fiscal est particulièrement répandu dans ce pays, les commerciaux espèrent nous mettre dans leur poche avec leur argument-massue.  

Acheter quelque chose en abaissant son impôt, son URSSAF et sa CARPIMKO, c'est tout de même tentant.

Imaginons que vous ayez un bénéfice de 30 000 € et que vous soyez dans la tranche marginale d'imposition à 30 %.

Si vous achetez un objet déductible à 100 €, vous obtenez une baisse des taxes suivantes :

  • Impôt sur le revenu : -30 €
  • Régime de base de la CARPIMKO : - 10,10 €
  • Régime complémentaire de la CARPIMKO : -3 €
  • Régime des praticiens conventionnés de la CARPIMKO : -0,16 €
  • CSG-CRDS : -9,70 €
  • Assurance maladie : -0,10 € si vous n'avez que du revenu conventionné
  • CURPS : -0,10 €

TOTAL : -53,16 €

Remarque : on pourrait affiner le calcul sur les années N+1 et N+2 : la baisse des charges sociales fera un peu remonter l'impôt sur le revenu. Mais sur l'année considérée, on est bien à -53,16 €.

Ce que vous avez acheté 100 € vous coûte donc 100 - 53,16 = 46,84 €.

Vous achetez quelque chose et vous baissez vos taxes de la moitié du prix !

Tentant, non ?

Vous pouvez souligner, voire exagérer votre ras-le-bol fiscal devant les commerciaux : ça leur donne l'occasion de compatir et de mettre la déduction en avant. Vous vous retrouvez ensemble face au percepteur. Embrassons-nous Folleville (euh... sauf en 2020), et défiscalisons la main dans la main !

Et là, c'est le drame, vous leur sortez le contre-argument :

"46,84 €, c'est bien. Mais c'est quand même 46,84 € que je n'aurai pas pour moi, pour ma famille, pour nos loisirs !"

Effectivement.

Faire des frais pour baisser ses impôts et ses charges sociales, c'est quand même réduire son train de vie perso, quelle que soit votre tranche d'imposition. Parce que vous ne serez jamais à 100 % de taxes.

Voilà pourquoi la phrase "Il faut faire des frais" est un sophisme. Un sophisme qui a la vie dure, mais un sophisme tout de même.

Alors bien sûr, je ne dis pas qu'il ne faut rien acheter pour le cabinet : il faut savoir investir dans le matériel et dans soi-même (en formations, en lectures, en congrès). Il faut fabriquer son bonheur professionnel. 

C'est une notion très variable selon les gens : certains collègues ressentent le besoin permanent de changer de matériel de rééducation, d'autres préfèrent le fabriquer, d'autres encore se sentent bien dans la routine.

Simplement, l'argument de la défiscalisation n'en est pas un. Nous travaillons pour gagner notre vie, donc le but reste d'avoir un revenu, in fine. Or, les frais pro rongent ce revenu.

Il reste deux arguments pour les frais pro, qu'on lit parfois sur les groupes Facebook. Analysons-les.

Faire des frais, ça peut permettre de descendre d'une tranche d'imposition.

Si vous êtes au début de la tranche à 30 %, vous pouvez effectivement descendre dans la tranche à 11 % grâce à des frais pro. Parce que vous abaissez votre bénéfice imposable.

Ma réponse : "Et alors ?"

Quand vous êtes au début de la tranche à 30 %, la majeure partie de vos revenus sont dans la tranche à 0 et dans la tranche à 11 %. Vous n'avez qu'une partie minime de vos revenus qui sont soumis aux 30 %. C'est le principe des tranches marginales.

La preuve : si vous gagnez 30 000 € et que vous êtes dans la tranche à 30 %, vous ne payez pas 9 000 € d'impôt sur le revenu. Vous en payez beaucoup moins que ça. Le fisc vous donne d'ailleurs votre taux moyen réel sur la page du prélèvement à la source, sur son site.

Donc si vous êtes au début d'une tranche et que vos frais vous ramènent dans la tranche du dessous, vous gagnez une misère en impôts. Et de toute manière, si vous faites quelques actes de plus, patatras, vous remontez dans la tranche du dessus.

Second argument, plus solide :

Faire des frais, ça peut permettre de bénéficier de prestations sociales.

En effet, la plupart des prestations sociales et des aides en tous genres sont soumises à conditions. Faire des frais, cela peut vous ramener sous un plafond qui vous aurait exclu(e) du dispositif d'aide.

Ce système généreux, solidaire et équitable a des effets pervers : il nous incite à gagner moins.

Mais si vous êtes à la limite, ça peut être un calcul à faire. C'est le seul cas où je trouve utile de faire des frais pour faire des frais.