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lundi 7 janvier 2019

Comment ventiler ses dépenses dans la 2035 ?



La déclaration 2035, c'est simple.

Si, si. Essayez de remplir la liasse fiscale d'une SCI assujettie à l'impôt sur les sociétés. Et on en reparle.

Commençons par dédramatiser la situation : 

LA VÉRITÉ N'EXISTE PAS




S'il y a une chose que j'ai comprise en deux décennies d'exercice libéral, c'est bien celle-ci. Une association de gestion vous dit une chose. Vous en faites part sur un forum. Et quelqu'un vous répond que sa propre AGA lui soutient une autre version. C'est ce qui s'est passé il y a deux ans avec les chèques vacances, par exemple : une partie des associations continuaient à dire que nous n'y avions pas droit, alors que d'autres affirmaient l'inverse.

Il en est de même avec les ventilations des dépenses. Certains points figurent clairement dans les textes officiels (ex : les montants de déductibilité des repas). D'autres sont sujets à interprétation, d'où les discours variables des AGA.

Il faut tout de même respecter quelques principes fondamentaux.




Pour qu’une dépense soit déductible de l’impôt sur le revenu, il faut qu’elle respecte plusieurs conditions :
  • Elle doit être nécessitée par l’exercice de la profession.
  • Le paiement doit être effectué durant l’année d’imposition.
  • Il faut déduire le montant réellement payé (et non un devis, par exemple).
  • Un justificatif doit pouvoir être fourni.
Certaines dépenses de plus de 500 € hors taxes (600 € TTC) doivent être « amorties », donc déduites sur plusieurs années. Nous y reviendrons une autre fois. Mais les autres doivent être déduites d’un coup, en les ventilant du mieux possible dans les différentes rubriques comptables.

Et si elles concernent à la fois le cabinet et votre usage privé, il faut leur appliquer une quote-part.

Voici une liste  des rubriques de la 2035 et de ce que l'on peut y loger :

Achats : ce sont les fournitures et les produits revendus aux patients. Cette ligne concerne donc peu les auxiliaires médicaux.

Salaires nets et avantages en nature : il faut y noter les salaires versés après déduction des charges sociales. Celui que l’on peut verser à son conjoint entre aussi dans cette rubrique, s’il fait l’objet de versements de charges sociales. On note aussi ici les indemnités versées au personnel, les avantages en espèces (ex : ticket repas) et les aides payées au titre du chèque emploi service universel.



Charges sociales sur salaires : part patronale et part ouvrière des charges sociales liées aux salaires de la précédente rubrique.

Taxe sur la valeur ajoutée : les auxiliaires médicaux conventionnés tiennent une comptabilité hors taxe. Cette ligne ne nous concerne donc pas.

Contribution économique territoriale : on note ici la cotisation foncière des entreprises (CFE) et une éventuelle CVAE, pour ceux qui la paient.

Autres impôts : taxe sur les salaires, contribution à la formation professionnelle (payée à l’URSSAF), taxe foncière (si vous êtes propriétaire du cabinet et s'il est inscrit au registre des immobilisations), taxe d’enlèvement des ordures ménagères, malus d’une voiture (inscrite au registre des immobilisations), droits d’enregistrement et frais de timbre. Mais on ne peut pas déduire l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation, les pénalités de retard, ni les amendes pénales.



CSG déductible : on ne peut porter ici que la fraction déductible de la CSG-CRDS payée à l’URSSAF (6,8 / 9,7 concernant les revenus du travail). L’autre partie est perdue, considérée par le fisc comme une dépense personnelle.

Loyer et charges locatives : il ne faut pas y mettre les dépôts de garantie, qui ne sont pas déductibles. En revanche, il faut y inscrire la taxe foncière qu’un orthophoniste locataire rembourse à son propriétaire, si le bail le prévoit. Attention, si votre local vous sert aussi de logement, il faut appliquer une quote-part pour ne déduire que la partie professionnelle.

Location de matériel et de mobilier dont redevances de collaboration : attention de ne pas noter ici le leasing d’une voiture, qui entre dans « frais de véhicule ». Les collaborateurs doivent noter le total de leurs rétrocessions à part dans la case BW de la déclaration 2035, puis les incorporer avec les locations de matériel et de mobilier dans la case BG.

Entretien et réparations : ce sont les dépenses visant à maintenir en bon état les locaux, le matériel (sauf les véhicules) et les meubles. Les frais liés à un agrandissement ou à un réaménagement ne sont pas à noter ici : il faut les inscrire au registre des immobilisations et les amortir sur plusieurs années.


Personnel intérimaire : sommes versées aux entreprises de travail temporaire.

Petit outillage : il faut inscrire ici le matériel dont la valeur n’excède pas 500 € HT (600 € TTC), y compris les logiciels. Concernant les meubles, on ne peut pas déduire dans cette rubrique l’équipement d’origine du cabinet, ni un renouvellement global. Il faut alors passer par le registre des immobilisations, même en dessous de 600 € TTC. 

Chauffage, eau, gaz, électricité : comme pour les loyers, si le local sert aussi de logement, il faut appliquer une quote-part.



Honoraires ne constituant pas des rétrocessions : il faut inscrire ici les honoraires correspondant à des prestations, telles que l’adhésion à une association de gestion (certaines AGA mettent plutôt ça dans Entretien et réparations) ou les honoraires d’un comptable. Ces sommes, dès qu’elles dépassent 1 200 € par an et par bénéficiaire, doivent être notées dans la déclaration DAS2, au même titre que les honoraires rétrocédés. Voir ici : https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/R14651

Primes d’assurances : il s’agit notamment de l’assurance responsabilité civile professionnelle et de celle du cabinet. Si l’on est propriétaire et que le local est inscrit au registre des immobilisations, l’assurance des murs doit aussi être inscrite ici. Comme toujours, en cas d’usage mixte du local, il faut déduire la seule partie professionnelle. Attention, il ne faut pas porter ici les assurances Madelin, qui sont des charges sociales facultatives, ni l’assurance des véhicules, qui entrent dans la rubrique « frais de véhicules ».

Frais de véhicule : on met ici le total des frais réels, ou les frais kilométriques issus du barème officiel (voir ici).



Autres frais de déplacement : ce sont les frais de voyages professionnels, hors frais de véhicule : transport en train, péages, parking, taxi, métro, hôtel... 

Charges sociales personnelles obligatoires : il s’agit des cotisations à la CARPIMKO et à l’URSSAF, dont on aura ôté la CSG-CRDS, la contribution aux URPS et la CFP. La CSG-CRDS déductible dispose de sa propre rubrique, comme on l’a vu. La contribution aux URPS doit être reportée dans « cotisations syndicales et professionnelles ». La contribution à la formation professionnelle entre dans « autres impôts ».


Charges sociales personnelles facultatives : on place ici les cotisations déductibles dans le cadre de la loi Madelin : contrats retraite, prévoyance, complémentaire santé.

Frais de réception, de représentation, de congrès et de repas : comme toujours, ces frais ne sont déductibles que s’ils présentent un rapport direct avec la profession. La loi permet d’y inclure les frais de repas pris au restaurant durant des formations ou des congrès, ou pris à domicile pour un « repas d’affaires ». En revanche, les frais de repas, de transport et de séjour du conjoint ne sont pas déductibles. Concernant les frais de repas pris au cabinet, ils sont très réglementés. Il faut absolument qu’ils ne soient pas le résultat de convenances personnelles : l’éloignement entre le cabinet et le domicile doit être réel, sans pour autant être démesuré. Il faut aussi pouvoir produire tous les justificatifs, comme pour toute dépense professionnelle. Si ces deux conditions sont réunies, on peut déduire la partie de la dépense de repas située entre 4,80 et 18,60 € (montants de 2018 pour la déclaration 2019). Exemples :
         Pour un repas à 8 €, la déduction sera de 8 - 4,80 = 3,20 €.
         Pour un repas à 20 €, le plafond sera retenu et la déduction sera de 18,60 – 4,80 = 13,80 €.

Fournitures de bureau, frais de documentation, de correspondance et de téléphone : les fournitures de bureau, comme le petit outillage, ne peuvent être déduites que si elles restent sous la barre de 500 € HT (600 € TTC). La documentation n’est déductible que si elle présente un rapport avec la profession, mais la jurisprudence admet aussi de noter dans cette rubrique les revues généralistes ou enfantines déposées dans la salle d’attente. Concernant la téléphonie, cela englobe aussi l’accès internet et un éventuel fax. Comme toujours, si l’usage est mixte, il faut appliquer une quote-part pour ne pas déduire l’utilisation personnelle.



Frais d’acte et de contentieux : on enregistre dans cette rubrique les frais de greffe (ex : constitution d’une SCM) et d’enregistrement d’actes notariés liés à la profession (ex : achat d’une place de parking), lorsqu’ils ne sont pas effectués lors de l’installation. On y entre aussi les éventuels frais de contentieux professionnels.

Cotisations syndicales et professionnelles : il s’agit des cotisations à la FNO ou à la FOF, mais aussi à des associations comme Orthophonistes du Monde ou ORA. On y loge également la partie de la cotisation URSSAF qui sert à financer les URPS (qui sont des sortes d'associations professionnelles obligatoires inventées par Roselyne Bachelot avant qu'elle quitte le navire).



Autres frais divers de gestion : on y trouve, pêle-mêle :

  • les frais d'inscription à l'association des chèques vacances (ANCV) ; je consacrerai prochainement un article à ce sujet, si la loi de finances 2019 nous permet de continuer à en bénéficier
  • les cadeaux professionnels
  • l’achat de cartes de crédit
  • les pourboires
  • l’achat et le blanchissage de vêtements de travail, s’ils sont réellement nécessités par l’exercice de la profession (ex : une blouse blanche), ce qui s’avère assez rare en orthophonie
  • les annonces dans la presse locale (attention de ne pas tomber dans la publicité)
  • les frais de déménagement du cabinet
  • la formation professionnelle du titulaire, de son conjoint-collaborateur et de ses éventuels salariés
  • les frais d’études universitaires si on a perçu un revenu non commercial dans la même année. 
Frais financiers : on déduit dans cette rubrique les intérêts des emprunts contractés pour les dépenses d’installation (y compris le local s’il est inscrit au registre des immobilisations), pour un droit de présentation ou pour l’acquisition de parts dans une SCM ou une SCP. On y note aussi les frais de banque et les agios et intérêts de découverts bancaires, s’ils ne font pas dû à une convenance personnelle (ex : vider artificiellement le compte professionnel pour placer des sommes à titre privé).

Pertes diverses : on entre ici tout ce qui n’entre pas dans les rubriques précédentes, comme par exemple le vol de matériel professionnel. Mais l’indemnité versée par l’assurance doit être entrée dans les recettes. Les vols d’espèces au cabinet ne sont pas déductibles, en revanche.

Frais d’établissement : ce sont les dépenses effectuées lors de l’installation du professionnel. On y trouve les frais d’acquisition des éléments affectés à l’exercice du métier (commissions, frais notariés), les frais de « premier établissement » (frais de prospection, de recherche, d’étude) et les frais de constitution d’une société. Les frais de premier établissement peuvent être étalés sur un à cinq ans, sur simple demande au fisc. Si des frais d’établissement sont constatés avant le début de l’activité, ils créent un « déficit catégoriel » que l’on impute sur le revenu global.

Dotation aux amortissements : l'amortissement de l'année, concernant les biens immobilisés (ex : un ordinateur qui dépasse 500 € hors taxes). Ce montant est calculé dans la page 2 de la 2035.

OUF ! Nous voici enfin en bas de la liste. Et si vous voulez encore plus de détails, je ne peux que vous conseiller ce PDF


jeudi 8 novembre 2018

URSSAF : notre amie, vraiment ?

Régulièrement, les chaînes de télévision nous montrent des reportages sur les inspecteurs de l'URSSAF. Certains d'entre eux sont d'ailleurs devenus des personnages récurrents. Ils ont sûrement des contacts avec les journalistes, ce sont de bons clients.

Ces fonctionnaires zélés débarquent à l'improviste chez des restaurateurs ou sur des chantiers. Immanquablement, ils découvrent des employés non déclarés. Parfois, si le journaliste a de la chance, il nous montre des migrants exploités.

Tout cela donne une image de sérieux et d'efficacité à l'URSSAF. Après tout, le travail dissimulé est une plaie, un danger pour l'équilibre de notre précieux modèle social. En tant que paramédicaux, cela ne peut que nous plaire, puisque nous vivons de ce système.

Le Président va plus loin : il dit que l'URSSAF est notre amie. Cette phrase en a fait sourire plus d'un. Vous aussi, probablement.



Notre amie, vraiment ?

Oui. J'aime tellement l'URSSAF que je lui ai dédié une application pour iPhone et Android. Et je vais vous montrer tout le bien qu'il faut penser de cette administration, grâce aux aventures palpitantes que j'ai vécues cette année. D'ailleurs, je ne suis pas un cas isolé.

L'année 2018 s'annonçait pourtant faste.

Pensez donc : c'était l'année blanche (voir ici pour mon article sur le prélèvement à la source) ! Le cadeau fiscal n'était pas celui que nous avions espéré, mais il y en avait un quand même.


Du côté des charges sociales, c'était la routine. La CARPIMKO augmentait ses tarifs comme d'habitude, sans tenir compte du blocage de nos lettres-clés. Bien entendu, elle n'en profitait pas pour nous attribuer plus de points de retraite. En somme : business as usual.

L'URSSAF, elle, avait trouvé une petite martingale pour nous soutirer un peu plus d'argent : elle avait décidé de nous prélever deux fois la contribution à la formation professionnelle (CFP). Vous savez, c'est la taxe qui finance le FIF-PL. Vous la payez tous, même si vous n'utilisez pas cet organisme pour vous former. C'est comme la redevance audiovisuelle : vous n'aimez pas les chaînes d'Etat ? Vous trouvez que France Télévisions et Radio France sont des repaires de gens étranges qui pensent tous la même chose ? Pas grave. Vous financez quand même ce microcosme.

La CFP a doublé il y a quelques années, pour atteindre une centaine d'euros. En 2018, c'est le jackpot pour le FIF-PL : l'URSSAF vous aura soutiré 98 € en février et 99€ en novembre ! Regardez bien les petits astérisques en bas de votre appel de cotisations de décembre 2017. C'est toujours comme ça : le diable se niche dans les notes de bas de page.

Vous vous dites que c'est l'année blanche, que ces 99 € supplémentaires ne sont même pas déductibles, qu'ils auraient pu attendre 2019 pour nous pomper la CFP deux fois ? Je suis d'accord avec vous.



Mais allons, ne chipotons pas sur 99 € non déductibles. C'est cadeau pour ceux qui utilisent le FIF-PL. Il faut bien participer à ce système qui transforme les indépendants en usagers de dispositifs étatiques. Nous sommes en France.

Et surtout, ce n'était rien à côté de ce qui s'est passé ensuite.

Rupture de contrat

Pendant les deux premiers trimestres de 2018, j'étais guilleret, malgré cette triste histoire de CFP : je continuais à bénéficier d'une remise de 5,25 % sur ma cotisation aux allocations familiales, grâce à la localisation du cabinet dans un désert orthophonique. C'était la 5ème et dernière année du contrat incitatif, dont j'espérais profiter jusqu'au bout. J'avais signé. Je m'étais engagé à rester à cet endroit pendant cette période, en contrepartie de ces -5,25 % de charges.

J'interromps ce récit palpitant pour vous donner un aperçu de notre désert, où un bureau se libérera l'an prochain :






Un contrat est normalement un accord entre deux parties qui s'engagent à le respecter. En théorie.

En juin, l'URSSAF et les caisses ont mis ce contrat par terre, de manière unilatérale et sans réaction syndicale visible. L'URSSAF s'est assise sur son appel de cotisation de décembre 2017. Elle l'a remplacé par un nouvel avis : de 5908 €, je suis passé à 8888€ pour 2018. Il ne restait plus que 6 mois pour payer la différence, donc les prélèvements ont subitement doublé. Imaginez les réactions syndicales si on infligeait pareil traitement à un fonctionnaire de l'URSSAF ! Avec les travailleurs indépendants, tout est possible.

Ce doublement des prélèvements était en fait le résultat de plusieurs mesures, appliquées de manière rétroactives au 1er janvier 2018 :
  • hausse de 1,7 % de la CSG, comme c'est le cas pour tout le monde en France
  • baisse de 2,15 % de la cotisation aux allocations familiales, pour compenser
  • pour ceux qui ont signé le contrat incitatif : remplacement de la réduction de 5,25 % par la promesse d'une prime forfaitaire de 1000 €, versée par la CPAM en 2019 à une date inconnue.
Evidemment, ceux qui travaillent beaucoup sont perdants, comme toujours. Mais il y a un double effet Kiss Cool : la prime de 1000 € sera versée au titre de 2018, mais après l'année blanche, donc elle sera imposable ! Qui s'en soucie ? Qui trouve anormal qu'on change un contrat en cours de route et qu'on nous surtaxe en pleine année blanche, donc sans possibilité de déduire tout ça fiscalement ? Personne.

Cafouillages en série



Après ce coup de massue non déductible, l'URSSAF aurait pu rentrer dans le rang et attendre 2019 pour faire parler d'elle. Mais chez eux, c'est comme aux Galeries Lafayette : à chaque instant, il s'y passe quelque chose.

Vous connaissez la fameuse régularisation qui fait peur. Celle du mois de novembre. En général, nous sommes prévenus 10 ou 15 jours avant. C'est déjà court.

J'écris ces lignes le 8 novembre, donc après le prélèvement du 4ème trimestre. Je n'ai toujours aucune nouvelle de ma régularisation. Pas de courrier, pas de mail, pas de signaux de fumée, pas d'avis sur le site internet de l'URSSAF depuis le funeste coup de bambou de juin.

Pour certains, c'est pire, comme nous l'explique le SML dans son communiqué du 30 octobre : il semble que les recettes aient été confondues avec les bénéfices. Amusant, non ?

http://www.lesml.org/fr/13-communique-de-presse-du-sml.php

Ne sachant rien, j'ai calculé moi-même ma régularisation et j'ai provisionné le compte bancaire où l'URSSAF prélève sa dîme depuis 1664.

Quelle ne fut pas ma frayeur avant-hier en découvrant ceci sur leur site :

Malédiction, j'étais en retard ! Je voyais déjà venir les pénalités. Pénalités non déductibles, puisque nous étions encore en année blanche ! Tous les frais contraints sont une double peine en 2018.

Haletant, transpirant, le cœur à 140, j'ai cliqué sur "Payer", pour voir. Résultat :

Le néant, comme pour la régularisation. C'était juste pour me faire angoisser une minute.


Alors, l'URSSAF est-elle vraiment notre amie ?

Oui. Définitivement oui.

Explication bien-pensante : sans l'URSSAF, nos patients ne seraient plus remboursés, donc une bonne partie d'entre eux renonceraient aux soins et nous n'aurions plus qu'à fermer.

Mais il y a mieux. Avec l'URSSAF, il y a toujours du suspense, des surprises, des rebondissements. Côtoyer ces amis, c'est vivre dans un roman de Stephen King. Les salariés n'ont pas ce privilège, accordé uniquement aux indépendants et aux employeurs.

Rien n'est jamais sûr, avec l'URSSAF. Essayez de changer de département, vous aurez des chances de passer plusieurs mois sur des montagnes russes. Et ça, ça n'a pas de prix.

En un mot : avec notre amie l'URSSAF, la vie prend tout son sel.

jeudi 11 octobre 2018

Comment préparer son avenir quand on exerce en libéral ?


Dans mon article précédent, je vous ai expliqué pourquoi il me paraissait nécessaire de préparer nos vieux jours. La CARPIMKO ne nous donne qu'un petit socle, pour autant qu'elle survive à la grande réforme des retraites qu'on nous annonce pour 2019. Il est donc indispensable de compléter cette petite protection sociale par soi-même.

C'est plus facile pour nous, les libéraux : nous travaillons autant que nous le voulons et nous avons une demande de soins quasiment infinie dans la plupart des endroits de France. Quand on y pense, c'est vraiment une situation enviable, d'autant que la sécu et les mutuelles rendent nos patients solvables.
Nous pouvons aussi réduire notre taux de charges professionnelles (voir cet article) pour dégager une capacité d'épargne. Beaucoup se contentent de 50 % de leur recette. D'autres gardent 70 % de chaque acte pour eux.

Nous pouvons aussi réduire nos dépenses privées

Quelques exemples :
  • changer très régulièrement de compagnie d'assurance, parce qu'elles aiment nous attirer avec un prix bas et nous matraquer par la suite ;
  • prendre une banque en ligne ;
  • ne plus avoir de téléviseur pour échapper à la redevance télé qui ne finance que les chaînes d'Etat ;
  • arrêter de fumer ;
  • profiter des achats groupés pour réduire les notes de gaz et d'électricité ;
  • prendre un forfait de téléphonie promotionnel : SFR et Bouygues proposent périodiquement des forfaits illimités à 5 € à vie, avec 20 ou 30 Go d'internet ;
  • faire la chasse aux abonnements superflus, notamment en musique et en vidéo ;
  • faire les courses au drive pour ne pas être tenté dans le magasin ;
  • ne pas se promener sans but sur les sites d'e-commerce ;
  • lire des ebooks, plutôt que des livres papier ;
  • ne pas participer à la course à la nouveauté : mon iPhone 5S de 2013 fonctionne encore très bien avec iOS 12. Et ma chaîne hi-fi de 1993 donne toujours un aussi bon son. C'est juste mon téléphone qui lui dit ce qu'elle doit jouer.
Les plus radicaux se mettent au frugalisme dans une tiny house, c'est très à la mode en ce moment.


En augmentant vos revenus et en réduisant vos dépenses, vous pourrez créer la cagnotte de la liberté dont je parlais dans cet article : combien de séances un orthophoniste doit-il pratiquer par semaine ?

Mais une fois qu'on a dit ça, on se retrouve comme Christopher McCandless devant une rivière torrentueuse en Alaska (si vous n'avez pas encore vu Into the Wild, je vous le recommande chaudement).


Faut-il prendre le risque de se jeter à l'eau ? Comment faire pour rejoindre l'autre rive sans encombre ? Y a-t-il un passage plus facile quelque part ? Comment s'y prendre quand on a d'autres priorités dans la vie et qu'on n'a reçu aucune formation financière ?

Aujourd'hui, j'entre donc dans le concret : après le "pourquoi", il est temps de s'intéresser au "comment". Et puisque nous n'avons pas tous le même goût pour l'économie, je vous indiquerai les solutions les moins chronophages... et les autres.

Mais d'abord, un peu de géométrie :


C'est bien connu, surtout ici en Normandie : on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Ce triangle en est l'illustration. Tous les placements peinent à se positionner en plein centre pour cumuler sécurité, liquidité et rendement. Vous pouvez néanmoins vous y mettre en vous diversifiant. C'est ce que cherchent beaucoup de Français avec leurs deux placements fétiches :
  • L'immobilier locatif : rentable si l'emplacement et le locataire sont bien choisis, moins volatil que la bourse, mais impossible à vendre du jour au lendemain, surtout si le locataire s'accroche. Ce type de placement se situe donc en bas du triangle.
  • Les fonds en euros des assurances vie : beaucoup de sécurité et de liquidité, mais leur rendement net tourne maintenant entre 1,5 et 3 % seulement. Ces placements sont donc sur l'arête droite du triangle.
Le côté gauche du triangle fait peur aux Français : là, c'est un peu le rendez-vous en terre inconnue.


En 1990, après les vagues de privatisations, le pays comptait 7 millions d'actionnaires individuels. Il n'en reste que 3 millions (voir ici). L'alourdissement impressionnant de la fiscalité du capital et les krachs boursiers sont passés par là. Les actions détenues en direct ou dans des fonds ne représentent plus que 13 % des placements financiers. Pourtant, le patrimoine de la CARPIMKO se compose à 40 % d'actions et 44 % d'obligations, contre 9 % seulement d'immobilier (source : son dernier bulletin, page 7).

Mettons un peu d'ordre, de logique et de perspectives.

Si on regarde les choses froidement, le côté droit du triangle devrait être réservé à l'épargne de précaution (ex : jambe cassée, cabinet inondé) et à la consolidation nécessaire en fin de carrière. A 60 ans, il est temps de penser à rapatrier ses actifs dans des placements sans risques excessifs. Mais à 25 ans, miser sur les fonds en euros des assurances vie pour ses vieux jours est illogique, puisqu'ils ne rapportent plus grand-chose. Un rendement minable impose un effort d'épargne gigantesque.

Pourquoi épargner comme une grand-mère quand on est née dans les années 90 ? Autant se teindre les cheveux en gris-mauve, s'habiller chez Damart, se chausser chez un vendeur de matériel médical et regarder Motus dans un canapé en velours beige (amis des clichés, bonjour) !

Pendant la majeure partie de sa carrière, il faut absolument viser la rentabilité. Deux côtés du triangle y mènent : le bas et le gauche. Commençons par le bas.

Comment préparer son avenir avec l'immobilier ?

Je ne m'étendrai pas ici sur la résidence principale. On peut  la considérer comme un placement pour ses vieux jours puisqu'elle permet d'éviter de payer un loyer quand le crédit est terminé. Mais cet achat dépend de beaucoup de paramètres personnels, dont le besoin de mobilité du conjoint. Elle peut devenir une véritable entrave aux évolutions de carrière d'un salarié.

Considérons donc plutôt l'immobilier locatif. Le principe a de quoi tenter : l'achat est avancé par une banque avec des taux qui restent extrêmement bas à l'heure actuelle. Le remboursement, lui, est co-financé par le locataire et parfois le fisc.

Avant de vous lancer dans un achat d'appartement, il faut évidemment considérer l'emplacement et la demande locative, mais aussi tous les frais (taxe foncière, charges de copropriété non récupérables, assurances, entretien, remboursement du crédit, agence, huissier et avocats si ça se passe mal). Calculez si vous pourrez tenir le coup en cas d'absence de loyer. Quand on entre dans un tunnel, il n'y a pas toujours une sortie tous les 10 mètres. Un achat immobilier (ou un locataire) mal choisi peut vous pourrir la vie, au lieu de l'embellir. Les journaux télévisés aiment parler des infâmes marchands de sommeil, mais ils insistent moins souvent sur ce genre de situation :


A l'inverse, l'immobilier peut devenir un vrai bonheur, avec un rendement infini si c'est une opération blanche. Voici deux vidéos qui expliquent bien ce concept et qui sont très instructives sur les simulations à effectuer avant de se lancer :



Mais même sans atteindre ce nirvana de l'opération blanche, si tout se passe bien vous vous retrouverez à la fin du prêt avec un capital. Il aura été boosté par l'effet de levier du crédit (voir ici pour mon article sur ce concept) et par le co-financement du locataire.

L'Etat peut aussi vous aider. Il a mis en place différents dispositifs fiscaux incitatifs (voir ce site pour tous les détails) :
  • la loi Pinel (et sa variante Pinel Outre-Mer), pour l'immobilier neuf dans les zones à forte demande
  • la loi Malraux, pour des logements à rénover dans des "sites patrimoniaux remarquables"
  • la loi Monuments historiques, créée en 1913 pour aider ceux qui restaurent et louent ce type de bâtiment.
  • les statuts de loueur de meublé professionnel / non professionnel qui fonctionnent dans le neuf et dans l'ancien
  • la loi Bouvard-Censi, dédiée à l'immobilier meublé neuf (ou réhabilité) dans une résidence de services pour étudiants, pour personnes handicapées ou pour seniors, voire un EHPAD. Pour les résidences de tourisme, le dispositif a été modifié (voir ici).
Attention, tout de même : dans certains programmes défiscalisants, l'avantage fiscal est compris dans le prix d'achat. Quand c'est le cas, c'est juste un attrape-nigaud : au lieu d'apporter votre obole à l'Etat français, vous enrichissez un promoteur, mais le résultat est le même pour vous.

Comment faire de l'immobilier sans se soucier du quotidien ?

Le locataire qui vous embête avec un robinet qui fuit n'est pas une légende. D'ailleurs, je vis ça en ce moment. Ma locataire a laissé un robinet prendre du jeu. Au lieu de chercher à comprendre et de revisser l'écrou de la tige filetée du dessous, elle a décidé qu'elle n'y connaissait rien. Elle a laissé l'eau s'infiltrer et la rouille s'installer. Maintenant, tout est grippé et elle veut un robinet neuf.

Comment éviter ce genre de petit souci qui transforme un placement en contrainte, alors que nous subissons déjà beaucoup de stress au travail ?

La gestion par une agence est la première idée qui vient à l'esprit. Mais le rendement en prend un  coup, même si elle fait son travail correctement.

L'investissement en loi Bouvard-Censi est aussi un gage de tranquillité, puisque le locataire est la société qui fournit les services. Elle sous-loue les appartements à leurs occupants. En tant que propriétaire, vous n'avez affaire qu'à elle. Votre appartement n'a plus de sous-locataire ? Qu'à cela ne tienne, votre loyer ne change pas.
Mais pour ne s'occuper de rien, il existe une idée plus originale : la SCPI. J'ai consacré plusieurs articles aux Sociétés Civiles de Placement Immobilier (voir ici pour le premier). En résumé, ce sont des regroupements de milliers d'actionnaires qui possèdent des dizaines de biens locatifs en France et/ou à l'étranger. Le risque d'absence de loyer est donc mutualisé et atténué. Vous n'êtes pas en première ligne. Vous l'êtes d'autant moins que vous ne gérez rien : c'est une société de gestion qui le fait pour vous et qui vous reverse les loyers (on parle plutôt de dividendes, mais c'est la même chose).

Les SCPI les plus courantes possèdent des locaux commerciaux et des bureaux. Il existe aussi des SCPI défiscalisantes, basées sur les dispositifs fiscaux que j'ai listés plus haut.

J'ai acheté mes parts de SCPI grâce à un conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Il existe aussi des courtiers en ligne : mes-placements.fr, monfinancier, meilleureSCPI, etc. Les banques en vendent également.

Vous pouvez acheter vos parts à crédit, ou sans. Dans ce dernier cas, vous pouvez les héberger dans un contrat d'assurance vie pour défiscaliser les dividendes. La plupart des bons contrats d'assurance vie proposent des SCPI à l'heure actuelle.

Faut-il fuir la bourse comme la plupart des Français ?


Toutes les études le montrent : sur le long terme, les actions restent un excellent placement, rentable et liquide. C'est un peu moins vrai pour les obligations. La CARPIMKO ne s'y trompe pas, puisqu'elle investit massivement ses réserves en bourse comme nous l'avons vu.

Mais être actionnaire en direct, c'est un travail. Avant d'y investir, il faut bien analyser les sociétés ou les fonds (SICAV, OPCVM, sortes de portefeuilles d'actions et/ou d'obligations gérés par des professionnels). Il faut acheter au bon moment. Il faut ensuite surveiller ce qui s'y passe et voter aux assemblées générales. Enfin, il faut savoir bien vendre, en tenant compte des plus-values et des dividendes perçus. Tout cela s'apprend. Il existe des tas de livres, de revues (ex : Investir, Mieux Vivre votre Argent, le Revenu) et de sites internet sur ce sujet. Ça peut devenir un réel plaisir.

Si vous ne voulez pas y consacrer le temps nécessaire, vous pouvez passer à la partie suivante.

Sinon, voici les conseils de base que j'ai lus un peu partout :
  • Faites la chasse aux frais. Logez vos titres ou vos OPCVM dans un compte titre, un PEA ou une assurance vie à bas coût. On trouve surtout ça sur le web (ex : Fortuneo, Boursorama, etc.). Le PEA et l'assurance vie permettent de défiscaliser les gains. Mais le compte titre classique donne une liberté totale de manœuvre sur les marchés du monde entier.
  • Ne cherchez pas à faire des coups, vous finirez par perdre comme au casino. Même des gens aguerris comme M. Kerviel s'y sont cassé les dents. Misez plutôt sur le long terme : c'est là où les actions sont imbattables.
  • Ne négligez pas les dividendes versés par certaines entreprises : la plus-value ne fait pas tout.
  • Diversifiez vos investissements. Ne placez pas tout sur une seule entreprise, ni même sur un seul secteur d'activité ou sur un seul pays.
  • Investissez régulièrement pour lisser l'effet de yoyo de la bourse. Vous profiterez des soldes quand ça baissera.
  • Sachez prendre vos bénéfices en vous fixant des objectifs à l'avance. Si vous avez fait +50 % et que le cours plonge ensuite, votre gain sera juste resté virtuel.
Comment bénéficier de l'excellent rendement à long terme des actions quand on n'y connaît rien ?





Vous êtes vaguement tenté par les actions et les obligations, mais vous n'y connaissez rien et vous n'avez aucune envie de passer plusieurs années à apprendre ?

Il y a des solutions à votre disposition.

Vous pouvez décider de déléguer la gestion de votre PEA, de votre compte titre et/ou de votre assurance vie à des professionnels. La plupart des banques proposent des "gestions sous mandat" (voir par exemple ici pour Fortuneo). Vous pouvez même leur dire que vous souhaitez telle ou telle dose de risque, voire que vous acceptez uniquement des entreprises socialement et écologiquement responsables. A eux de se débrouiller au quotidien à votre place. Depuis quelque temps, ils sont concurrencés par les robo-advisors (voir un comparatif ici) : des sites internet basés sur des algorithmes de gestion qui se veulent puissants, intelligents... et moins chers.

Vous pouvez opter pour une tontine au Conservateur), qui est le comble de la gestion déléguée : vous vous engagez à bloquer votre argent pendant 10 à 20 ans. Soit vous y faites un gros versement dès le début, soit vous y investissez régulièrement. La compagnie fait sa sauce, puis elle revient à la fin avec un chèque pour ses clients encore vivants. Évidemment, le gros inconvénient reste l'absence de liquidité. La tontine n'est pas sur le côté gauche du triangle, elle est en bas.

Vous ne voulez pas payer des professionnels, vous voulez de la liquidité, du rendement et ne rien gérer au quotidien ?
 Vous, vous êtes sûrement  un client d'Hassan Céhef.


Oui, c'est possible ! Cela s'appelle l'investissement passif. J'y ai consacré deux articles (voir ici et ici). En résumé, un investisseur passif part du principe qu'il ne fera jamais mieux que l'intelligence collective du marché et qu'il n'a qu'à suivre les indices en achetant des trackers, appelés aussi ETF (Exchange Traded Funds).

ETF, quésaco ?

Ce sont des fonds à frais très réduits qui se contentent de suivre les indices boursiers. On peut les acheter comme on achète une action Total ou LMVH. L'investissement passif le plus simple consiste à acheter un ETF qui réplique l'indice des bourses mondiales, le MSCI World. C'est un peu le CAC 40 de la planète entière. Les bonnes assurances vie proposent généralement un ETF de ce genre. Certains d'entre eux sont même éligibles au PEA (un exemple ici), grâce à un tour de passe-passe néanmoins légal. En fonction de votre peur du risque et du cycle économique, vous pourrez assortir cet ETF d'un zeste de fonds en euros.

Et c'est tout. Vous y mettez de l'argent régulièrement, vous regardez de temps en temps (surtout pas tous les jours), et ça suffit !

Bien sûr, vous pourrez par la suite remplacer votre unique ETF par d'autres, par exemple pour arbitrer entre les différents continents ou pour privilégier certaines thématiques. Il y existe des tas d'indices à suivre. Mais ce n'est pas une obligation.

Petit bémol : dans les périodes où les indices stagnent, ceux qui sont plus sélectifs peuvent gagner davantage. Mais ils peuvent aussi perdre davantage.

Si vous voulez en savoir plus sur l'investissement passif, je vous recommande chaudement les deux livres d'Edouard Petit. Le premier se présente comme une entrée en matière pour les débutants. Le second va plus loin. Cet auteur diffuse aussi un petit guide gratuit, accessible sur son site (je précise que ce ne sont pas des liens affiliés, je n'ai aucun rapport avec cet auteur).



En résumé, tout est entre nos mains, comme toujours

Nous pouvons choisir de faire confiance à la CARPIMKO (ne riez pas). Seconde option, très répandue : prendre une prévoyance Madelin pour les coups durs, un peu d'assurance vie sans risque et éventuellement un studio en ville. Troisième idée : sortir des sentiers battus et mettre en place un plan de bataille plus offensif, une véritable stratégie pour s'affranchir de l'impéritie du système obligatoire français. Il n'y a même plus besoin d'y consacrer du temps ! La vie est belle, décidément.