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lundi 23 janvier 2023

Fisc, Urssaf, Carpimko : qui vous taxe le plus ?


Vivre en France implique l'acceptation d'une fiscalité débridée assortie de services publics en perdition et de dettes faramineuses. Mais vous allez voir que tout n'est pas si noir.

Première idée à battre en brèche : on entend souvent dire que moins de la moitié des Français paie des impôts. Ca rend amers beaucoup de membres de la classe moyenne. En fait ça ne concerne que l'impôt sur le revenu. Déjà, le "G" de "CSG" signifie "généralisée" : cet impôt touche tous les revenus et tout le monde. Mais la TVA aussi. Or, la CSG et la TVA prélèvent des dizaines de milliards par an.

Maintenant, focalisons-nous sur les 3 grands taxmen des paramédicaux libéraux.

Qui vous taxe le plus ?

  • l'impôt sur le revenu ? 
  • l'Urssaf ?
  • la Carpimko ?

Quel est le total ? Est-il supportable ? Et peut-on réduire la pression ici ou là ?

Voilà des questions intéressantes pour des gens qui ont plus de libertés que les autres. Plus de capacité d'adaptation.

Avant d'aller plus loin, je précise que je suis au courant du fait qu'officiellement, l'Urssaf et la Carpimko ne perçoivent pas des impôts, mais des cotisations sociales : l'impôt a une fonction redistributive, alors que les charges sociales sont du revenu différé ; une sorte d'avance sur les prestations qu'on percevra plus tard.


Mais ça, c'est de l'angélisme bien-pensant. Dans les faits, l'Urssaf et la Carpimko redistribuent les revenus :

  • de ceux qui n'ont pas droit aux prestations familiales (enfants, APL) vers ceux qui y ont droit
  • des actifs vers les boomers qui ont beaucoup moins cotisé qu'eux
  • de ceux qui n'utilisent pas le FIF-PL vers ceux qui s'en servent
  • de ceux qui se fichent des URPS vers ceux qui sont heureux de leur existence (il doit bien en exister un ou deux)
  • des campagnards qui paient la CSG sans trouver de médecin traitant vers ceux qui habitent dans l'archipel des grandes villes.

Alors quels sont les résultats du tiercé ?

J'ai passé à la moulinette de Libre Office 3 revenus : 30 000 €, 45 000 et 60 000 €. Pour rappel, le revenu est le bénéfice : recette - dépenses pro. La Carpimko et l'Urssaf font partie de ces dépenses pro. Donc quand elles augmentent, vous devez travailler davantage pour obtenir le même bénéfice. Elles agissent en amont du bénéfice en vous contraignant à augmenter votre recette (donc à faire des heures), alors que l'impôt sur le revenu agit en aval en prenant une partie du net.

Autre précision : j'ai pris l'impôt sur le revenu des célibataires, sans revenus annexes ni niches fiscales.

Voici ce que ça donne en régime de croisière, donc en gagnant la même chose tous les ans :

J'ai bien évidemment utilisé les barèmes officiels de 2023. Si vous voulez voir le détail de mes calculs, le tableau complet se trouve sur le groupe Facebook des Clés de la Réussite (cliquez ici).

La première chose qui saute aux yeux est l'inversion des proportions : quand on gagne 30 000 €, la Carpimko prend beaucoup plus que l'impôt sur le revenu, même quand on est célibataire. Ca s'équilibre à 45 000 €, puis ça s'inverse à 60 000 où l'impôt devient démentiel.

L'impôt sur le revenu a un taux progressif : sa ponction passe de 9 à 19 % du revenu.

La Carpimko a un taux dégressif qui compense partiellement : elle passe de 22 à 15 % ! On en parle peu, mais c'est une caisse qui nous encourage à travailler dur. Elle taxe fortement les bas revenus pour leur assurer un socle de retraite et de protection contre la maladie, l'invalidité et le décès.

Entre les deux : l'Urssaf, qui a un taux à peu près constant : elle vous prend 13 à 15 % de votre revenu.

Bien sûr, la ponction totale augmente si on additionne les trois taxmen. C'est vrai en valeur absolue, mais aussi en proportion du revenu :

  • ils prennent 45 % d'un revenu de 30 000 €
  • 48 % si vous passez à 45 000 €
  • 49 % si vous passez à 60 000 €.

 

Mais on aurait pu s'attendre à pire.

Passer de 45 à 49 %, c'est finalement assez supportable quand on double son revenu. La dégressivité de la Carpimko agit puissamment dans le bon sens.

Tout ceci bat en brèche une idée largement répandue : il n'est pas inutile de travailler davantage. Il n'y a pas un moment où la France vous punit en vous prenant le fruit de vos efforts.

On peut même dire qu'il est utile de travailler suffisamment pour dégager des revenus qui correspondent à nos besoins et à nos envies. Le système nous le permet. C'est une excellente nouvelle, d'autant que la demande est infinie quasiment partout.

On peut chercher à réduire son activité pour des motifs personnels et familiaux : frais de garde, volonté de voir grandir ses enfants au lieu des enfants des autres, prévention du burn-out... Mais on ne peut pas le faire en utilisant l'argument de la fiscalité démentielle.

 

Mieux : il y a des portes de sortie dans la fiscalité !

Vous aurez du mal à abaisser artificiellement la pression de l'Urssaf et de la Carpimko. Mais l'impôt sur le revenu français est mité, à défaut d'être miteux : on ne le paie que si on le veut vraiment.

L'Etat cherche à flécher vos investissements dans des domaines où ça l'intéresse, un peu comme la sécu cherche à vous faire aller dans des CPTS grâce au FAMI. A vous de voir si la carotte mérite de vous faire aller dans le sens qu'on vous propose. 

Pour apprendre à réduire la partie jaune du graphique, vous avez ma formation en ligne sur la défiscalisation. Tous les détails sont ici :

 
En résumé, non seulement la progressivité globale des 3 taxmen s'avère supportable, mais en plus vous pouvez taper sur la part qui croît le plus : l'impôt sur le revenu. Le système nous incite vraiment à travailler, alors qu'en général on pense le contraire.

Quel beau pays nous avons là, finalement !


 

jeudi 8 décembre 2022

Ma lettre au Père Noël

 

Depuis quelques années j'écris ma lettre au Père Noël. Mes parents n'ont pas voulu que j'y croie quand j'en avais l'âge. Alors je me rattrape :


Cher Père Noël,

Les auxiliaires médicaux ont été bien sages, cette année encore.

Nous n'avons pas fait grève. Nous n'avons pas jeté de soupe à la tomate sur la Joconde, ni même sur les tableaux flous du musée d'Orsay. Nous n'avons pas bloqué les péages d'autoroutes. Nous n'avons pas envoyé de tweets hystériques (pléonasme) ou de cartes postales à notre jeune président, ni à ses séides.

Mieux : nous avons accepté des points non négociables... dans des négociations. La prime à la télétransmission inclut maintenant la réunionite, par exemple. Et puis nos lettres-clés restent gelées, bien sûr.

Pourtant, je dois t'avertir, cher Père Noël : tu n'es plus seul sur ton marché. Fais bien attention à toi.

M. Fatome, le chef de la sécu, a voulu te concurrencer cette année. Pour les orthophonistes, il a ENFIN augmenté la séance de langage écrit dont le tarif avait perdu 43 % de pouvoir d'achat depuis les années 80 (voir ici). Il a aussi rendu les tarifs des séances de groupes moins risibles, mais pas ceux des domiciles. Et puis dans sa grande bonté, il a étendu le mini-forfait FOH de 50 € aux enfants ayant eu un AVC.

En même temps, il ne prenait pas un gros risque avec cette dernière mesure. Sur le coup, il voulait la limiter à la rééducation de blondinets chaussant du 47 et demi, sous réserve qu'ils aient une fossette au menton. Mais la FNO s'est montrée ferme, pour le plus grand bien des collègues qui soignent les petites brunes chaussant du 35.

L'Etat français lui-même, qui essaie de te concurrencer depuis la fin des Trente Glorieuses, nous a gâtés cette année : nous seulement il a quasiment supprimé la taxe d'habitation, baissé l'essence et mis EDF dans la mouise pour notre plus grand bien, mais en plus il a supprimé la redevance télé, sans pour autant fermer le service public audiovisuel, alors que ça aurait été la conséquence logique ! Un sacré tour de force. Elise Lucet va pouvoir continuer à démontrer à quel point les auxiliaires médicaux sont des gens malhonnêtes (voir ici).

Malgré tout, ces Pères Noël de substitution ont trouvé leurs limites : les primes et les boucliers en tous genres vont soigneusement éviter les classes moyennes à partir du 1er janvier. Il faut cibler les plus nécessiteux, c'est bien normal. Alors pour nous, il ne restera qu'un Père Noël. Le vrai, le seul, l'unique. Toi.

Les médecins voudraient que ce soit tous les jours Noël : ils revendiquent une augmentation de 100%. Mais nous, les modestes auxiliaires, nous savons bien que tes lutins risquent de manquer d'électricité et que tu es victime de la hausse délirante du gaz due au comportement peu amène du méchant Vladimir.

Ton usine de cadeaux ne peut donc plus satisfaire tout le monde. Déjà en 2017, la consultation des généralistes avait pris 9 % alors que nous avions accepté le gel de l'AMO, de l'AMK, de l'AMI et de l'AMY.

Alors cette année, pour permettre ton développement durable et pour laisser une chance aux médecins de prendre une fois de plus ce que nous leur laissons (ils méritent amplement notre solidarité admirative, après tant d'années d'études), je ne te demanderai que trois cadeaux :

1) Une réforme des retraites qui laisse vivre la CARPIMKO. Tu sais, Père Noël, elle s'en prend déjà assez comme ça aux actifs. Inutile d'en rajouter.

2) Une négociation conventionnelle par an. Le faux Père Noël étatique a imposé des négociations annuelles aux entreprises moyennes et importantes, mais il a demandé au faux Père Noël Sécu de ne faire ça qu'une fois tous les 5 ans.

3) Nous rendre plus agiles en réduisant les normes, les lois et les nomenclatures qui nous transforment en vigies administratives et nous détournent du soin.

Tu vois, Père Noël, je ne te demande pas grand-chose. Juste de quoi nous permettre d'être résilients, agiles et focalisés sur nos patients.

 
Ton Guillaume qui t'attendra avec confiance dans la nuit du 24.
 
 

lundi 28 novembre 2022

Payez-vous encore des allocs ?


Certains auxiliaires médicaux libéraux paient une cotisation aux allocations familiales. C'est l'URSSAF qui la prélève.

Les pouvoirs publics ont longtemps joué avec cette charge sociale. Un coup ils lui ôtaient 0,15 %, un coup ils exonéraient les médecins mais pas nous, un coup ils en mettaient une partie dans la CSG, un coup ils exonéraient ceux qui exerçaient en zone très sous-dotée, avant d'arrêter de le faire...

Et finalement, en 2017, le président actuel a décidé de transférer ce qui restait vers la CSG pour beaucoup d'entre nous. Mais pas pour tous ! Certains ont continué à payer des allocs à part, en plus de la CSG augmentée.

En fait, la politique familiale française est devenue un impôt progressif : les gens aisés, qui font peu d'enfants, paient pour les gens moins favorisés qui fabriquent nos futurs compatriotes et pour ceux qui peinent à se loger.


Alors payez-vous encore des allocs, ou faites-vous partie des heureux exonérés ?

Le moyen le plus simple de le savoir est d'aller sur le site de l'URSSAF : onglet compte / situation de compte / échéancier.

Regardez la ligne AF sur votre dernière échéance : vous saurez si vous payez des allocs actuellement.

Si vous voulez une vue globale sur ce que vous payez cette année, vous pouvez aller dans compte / tableau de bord / accéder au tableau de bord, puis afficher la "notification 3 en 1". 

Sur la page 4, vous trouverez le détail de votre ponction Urssaf pour l'année en cours. Là aussi, c'est la première ligne qui vous dira si vous faites partie des généreux donateurs.


Comment prévoir ?

Pour prévoir, il faut comprendre. Alors voici la situation en 2022 :

  • Vous ne payez rien si votre revenu (bénéfice + PER + assurances Madelin) est inférieur à 45 250 €.
  • Vous payez plein pot (3,1 %) si votre revenu dépasse 57 590 €.
  • Entre les deux, votre taux de ponction progresse doucement de 0 à 3,1%.  

Première constatation : beaucoup d'auxiliaires médicaux échappent à la cotisation aux allocs. Notez que les médecins de secteur 1 y échappent plus que nous (voir ici), mais ça a toujours été l'un de leurs privilèges. Les syndicats d'auxiliaires médicaux n'ont jamais réussi à s'attaquer à cette inégalité de traitement. Le Conseil d'Etat a retoqué leur tentative de recours il y a une trentaine d'années.

Deuxième évidence : la progressivité de la cotisation aux allocs est pire que celle de l'impôt sur le revenu. Quand vous entrez dans la zone de revenus taxée, vous payez dès le premier euro gagné ! Il y a donc une inégalité devant les charges sociales, qui n'inquiète personne. Mais qui cherche à comprendre les barèmes de charges sociales, à part quelques masochistes ?

Troisième constat : la zone intermédiaire (entre 45 250 et 57 590 €) n'est pas simple à calculer, puisque le taux de la ponction varie.

Je me suis donc amusé à fabriquer un petit tableau qui calcule votre taux exact si vous êtes dans la zone intermédiaire. Si vous êtes en régime Micro-BNC, ce tableau vous concerne si votre recette se situe entre 68 561 et 72 600 €.

Vous trouverez ce tableau dans les fichiers du groupe des Clés de la Réussite (ici).

 

Et en 2023 ?

Les bornes à 45 250 et de 57 590 € sont indexées sur un indice artificiel : le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS). J'ai noté sa valeur de 2022 dans le tableau.

Le Bulletin officiel de la sécurité sociale a indiqué le 10 octobre 2022 que ce PASS allait augmenter de 6,9 % au 1er janvier 2023. Donc les deux bornes vont se relever d'autant : elles devraient se situer autour de 48 372 et 61 564 €, respectivement.

De nouveaux auxiliaires médicaux vont donc arrêter de cotiser aux allocations familiales. Ils continueront un peu à le faire dans leur CSG, mais ce sera tout.


Le sweet spot va bondir

Le sweet spot des auxiliaires médicaux, c'est la gamme de revenus qui subit le moins de charges sociales.

Ca commence quand la Carpimko vous laisse quasiment tranquille (revenu > 41 136 € actuellement, le seuil du bonheur). Ca se termine quand l'Urssaf commence à vous faire payer des allocations familiales (45 250 €). C'est donc étroit.

L'entrée et la sortie du sweet spot sont indexées sur le PASS. Donc l'an prochain, pour être moins taxé, il faudra se situer entre 43 974 et 48 372 € de revenu (bénéfice + PER + Madelin). J'ai appliqué bêtement +6,9 % mais nous connaîtrons les valeurs exactes vers la mi-décembre.

Autrement dit, le sweet spot devient de plus en plus inaccessible pour les auxiliaires médicaux aux lettres-clés gelées ; en tout cas pour ceux qui gagnent le moins : les orthophonistes, les orthoptistes et les kinés qui ne prennent qu'un patient à la fois.

Mais au moins, concernant les allocations familiales, une chose est acquise : ce seront de plus en plus les gens aisés qui financeront les autres.

De toute manière, les trois branches de la sécu (maladie, famille, retraite) ne sont plus vraiment des régimes assurantiels depuis longtemps... Nous sommes passés d'un système très bismarkien à un système plutôt beveridgien (voir ici).

mercredi 26 octobre 2022

Comment (et pourquoi) dégager 1000 € de capacité d'épargne ?

 


Mille euros disponibles par mois : pourquoi ? comment ? Ça représente quel effort de travail ?

Ce sont des questions complexes parce qu'on n'a pas tous la même fiscalité, ni les mêmes frais de fonctionnement. Cela dit, on peut quand même chercher à avoir des ordres de grandeur. C'est ce que cet article va vous apporter.

 

Mais d'abord, pourquoi chercher à investir 1000 € par mois ?



Nous, les travailleurs indépendants, nous sommes moins bien protégés que les salariés. Nous cotisons moins qu'eux. En retour, notre protection sociale s'avère nettement moins bonne sur plusieurs plans :

  • congé maternité
  • indemnités journalières en cas de maladie
  • chômage (pas trop grave)
  • retraite

A partir de 2850 € nets après impôt, un salarié célibataire travaille plus pour la France que pour lui. Il coûte 6000 € à son entreprise (source : Guillaume Poitrinal, patron de Woodeum, dans l'émission Les Experts de BFM Business). 

Nous en sommes loin, comme le montre le simulateur de l'URSSAF :

J'ai mis 950 € de dépenses pro hors charges sociales parce que c'est ce que je dépense ici, dans une ville moyenne.
 Il y a pire en grande ville, il y a mieux en pleine campagne.

 

Ce tableau est trompeur : on pourrait croire que l'équivalent des 6000 € du salarié est à 5410 € pour nous. Ca ne ferait que 590 € en notre faveur. 

En fait c'est beaucoup mieux parce qu'il ne faut pas tenir compte des 950 € de dépenses liées au cabinet : les dépenses de l'entreprise (loyer, véhicules, factures, etc) n'entrent pas non plus dans le raisonnement de M. Poitrinal concernant les salariés.

Il faut donc comparer les 6000 € de superbrut du salarié avec 5410 - 950 = 4460 €. Notre avantage n'est donc pas de 590 €, mais de 1540 € par mois. C'est énorme !

En résumé : nous sommes nettement moins taxés que les salariés. Nous n'occupons pas une niche fiscale comme celle des journalistes, mais une niche sociale : notre cabinet n'a pas à verser pour nous l'équivalent des charges sociales patronales.

Dans ces conditions, nous pouvons vivre de deux manières :

 

  • Pilule bleue : profiter de notre niche sociale, en atténuant éventuellement le danger grâce à une prévoyance Madelin et à un petit plan épargne retraite (PER) ou une assurance vie investie essentiellement sur des fonds sans risque. Puis dire qu'on ne peut pas épargner davantage sans vivre comme un moine ; et compter sur le conjoint qui ne sera peut-être pas toujours là.
  • Pilule rouge : définir une stratégie pour optimiser notre avantage et créer une auto-protection. Une auto-protection contre les baisses de revenus, qu'elles soient liées aux aléas de la vie, à l'inflation, aux tarifs gelés ou au départ en retraite.

 

1000 € disponibles par mois : un objectif illusoire ?

NON ! Et je vais vous le prouver.

Reprenons le simulateur de l'URSSAF et regardons quel effort de travail doit produire une orthophoniste célibataire sans enfants (c'est encore plus rapide si elle a des enfants) pour augmenter son revenu disponible de 1000 €.

Je ne voudrais pas vous endormir avec une ribambelle de captures d'écran. Alors je synthétise l'essentiel des résultats du simulateur dans ce tableau :

 Le nombre d'actes mensuel correspond à la cotation moyenne des orthophonistes, d'après les relevés d'activité individuels de la sécu : AMO 13. Ca devrait monter encore grâce à l'avenant 19.
Le nombre d'actes par semaine n'est pas une simple division par 4 du nombre mensuel. Je l'ai annualisé, puis divisé par 45 semaines (5 semaines de congés + les jours fériés et quelques ponts).

Par exemple, pour dégager 1000 € de capacité d'auto-protection quand on gagne à 3000 € après impôts, il faut passer de 46 à 62 actes par semaine ; et donc probablement avec certaines semaines à 70 pour encaisser les semaines de vacances scolaires.

En moyenne, il faut donc 16 patients de plus. Une journée. C'est d'ailleurs exactement ce que j'ai fait quand j'ai réalisé que je fonçais dans le mur avec ma petite assurance vie : je suis passé de 4 à 5 jours de travail par semaine et j'ai dégagé 1000 € par mois que je n'ai pas dépensés, mais que j'ai investis.

Il me reste tout de même deux jours de farniente par semaine. Mes grands-parents n'avaient que le dimanche pour les uns, le lundi pour les autres.

Farniente humide, dimanche dernier


Que faire de ces 1000 € ?

Mille euros nets d'impôt par mois permettent déjà une stratégie significative, loin des mesurettes qui vous attireraient des déconvenues le jour venu.

Votre stratégie évoluera au fil du temps en fonction de vos besoins, de votre appétence au risque et de vos connaissances (tout s'apprend). Vous pouvez faire les choses de manière séquentielle, ou vous transformer en Vishnou en vous diversifiant d'emblée.

A 30 ans, par exemple, vous n'avez pas les études de vos enfants à financer. Et vous n'avez pas encore trop souffert du gel de l'AMO. Mais vous pouvez chercher à acheter une résidence principale pour vous mettre à l'abri d'un loyer à verser pendant vos vieux jours.

A 50 ans, en revanche, vous sentez tout le poids du gel de l'AMO (et de son décrochage avant son gel total). Vous avez peut-être les études des enfants à financer, ou leur installation à aider. Et vous commencez à songer à sécuriser vos avoir pour ne pas partir en retraite pendant un krach financier ou immobilier.

25 ans, 30-50 ans, 50-67 ans, puis retraite : quel besoins, quelles stratégies ? C'est tout l'objet de ma dernière formation en ligne : "Jeux et stratégie" (70 € au lieu de 90 jusqu'au 28/10/22).


Je vous y donne les outils qui permettent d'établir votre diagnostic, puis d'agir en faisant appel aux professionnels quand il le faut. Mais avant cela, il faut découvrir l'énorme éventail des possibilités qui s'offrent à vous.

L'Etat nous traite en adultes partiellement responsables, alors qu'il a infantilisé les salariés en leur confisquant le choix de leur protection sociale. Il est étonnant qu'un salarié à 2850 € accepte de travailler davantage pour l'Etat que pour lui. Bien sûr, on l'endort en lui parlant de salaire différé.

Il ne faudrait pas qu'il se révolte. Mais il y a tellement de redistribution dans les charges sociales (notamment de la part des actifs vers les baby boomers qui se sont voté des privilèges exorbitants) qu'il s'agit bel et bien de dispositifs solidaires proches de l'impôt sur le revenu.

A notre petit niveau, nous le voyons bien quand nous regardons les bilans de la CARPIMKO : une partie importante de nos cotisations sort pour financer les retraités d'autres professions. Les vieux notaires, par exemple.

Quant à l'URSSAF, elle nous prélève des allocations familiales même si nous n'avons ni enfants, ni APL. Elle nous ponctionne aussi une cotisation au chômage (dans la CSG), dont nous n'avons pas besoin. Sans parler de sa CFP qui finance les formations labellisées "FIF-PL", même si nous nous formons avec le DPC et nos lectures. Le concept de salaire différé est donc au minimum un abus de langage ; au pire : une escroquerie intellectuelle.

Profitons donc pleinement de la liberté qu'on nous laisse ! C'est l'un des grands bonheurs de l'exercice libéral. 



mardi 6 septembre 2022

CARPIMKO vs Bercy vs URSSAF

 


Cette semaine, Bruno Le Maire a annoncé que le barème de l'impôt sur le revenu augmenterait d'environ 5% l'an prochain.

https://www.moneyvox.fr/impot/actualites/89791/impot-sur-le-revenu-les-tranches-du-bareme-revalorisees-de-5-une-bonne-nouvelle-pour-vous

Paradoxalement, c'est une hausse qui fait plaisir. Surtout dans les professions aux tarifs généralement gelés, comme les métiers paramédicaux.

En fait, quand les frontières des tranches d'imposition montent alors que votre revenu stagne, votre impôt baisse. Les tranches faiblement taxées prennent plus de place que l'année d'avant.

Jusque là, on peut se dire que c'est une mesure de justice. Quand tout augmente sauf nous, il est équitable que nous payions moins d'impôts.

Quel beau pays nous avons là !


 

Malheureusement, ce n'est pas si simple.

Les paramédicaux français subissent la pression de trois types de taxmen : le fisc, l'URSSAF et la CARPIMKO.

Il est donc intéressant de considérer le bilan global de la ponction, et non juste celui du fisc.

Éliminons l'URSSAF du raisonnement : six de ses sept cotisations sont proportionnelles. La 7ème, c'est la contribution à la formation professionnelle (CFP), qui augmente de deux ou trois euros par an. Donc à revenu égal, la ponction ne change quasiment pas.

 

Comparons plutôt le fisc et la CARPIMKO. 

Là, ça tangue davantage.


Puisque nous n'avons pas encore les chiffres officiels de 2023, j'ai comparé les ponctions de 2021 et de 2022. J'ai juste ajouté 2023 pour le fisc, en grisé, pour vous donner une idée de sa baisse. Mais le barème exact sera dans la loi de finances. Quant à la CARPIMKO, nous ne saurons ce qu'elle nous prendra qu'à la fin janvier.

Cantonnons-nous donc à la transition entre 2021 et 2022, qui a été décidée avant le grand retour de l'inflation. Là j'ai toutes les données. Je les ai rassemblées dans ce tableau :


Un paramédical libéral célibataire qui gagne 30 000 € tous les ans (en travaillant de plus en plus pour compenser la hausse de ses charges) a vu une baisse de 84 € de son impôt sur le revenu cette année.

Problème : la CARPIMKO lui a pris 185 € de plus.

La faiblesse des montants est due à la petite inflation de l'an dernier. Mais le principe est là : la CARPIMKO a évolué 2,2 fois plus vite que le fisc, alors même que son régime de base n'a pas changé. Nous sommes donc dans la situation d'un marin qui a une belle brèche dans sa coque mais qui n'a qu'une petit écope pour résoudre le problème.

Il sera intéressant de refaire ces calculs à la fin janvier, quand nous aurons le barème 2023 de la CARPIMKO.

En attendant, nous pouvons résumer l'évolution de nos trois taxmen :

  • L'URSSAF est neutre, sauf quand nos syndicats nous inventent une nouvelle taxe comme l'an dernier.
  • Le fisc tient compte de l'inflation et allège sa pression sur ceux qui ont des revenus gelés.
  • La CARPIMKO, qui est pourtant celle qui connaît le mieux nos problématiques, nous ponctionne de plus en plus.


 

 Deux lots de consolation non négligeables :

  • Cette hausse est déductible.
  • La CARPIMKO conserve un système dégressif qui encourage au travail, contrairement au fisc qui nous pousse à soigner le moins de patients possible. Actuellement, la pression de la CARPIMKO s'écroule quand on dépasse 41 136 € de bénéfice annuel : le régime de base ne prend que 1,87 % de tout ce qui dépasse cette frontière, contre 10,1 % de tout ce qu'il y a en-dessous. Notez que la frontière, indexée sur le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), va malheureusement évoluer dans le mauvais sens en 2023...