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mercredi 14 octobre 2020

Faut-il "faire des frais" ?

 


Les commerciaux, qu'ils soient dans la finance ou dans la vente de matériel, aiment nous dire qu'il faut "faire des frais".

Évidemment, les frais professionnels ont un énorme avantage : ils sont déductibles.

Et comme le ras-le-bol fiscal est particulièrement répandu dans ce pays, les commerciaux espèrent nous mettre dans leur poche avec leur argument-massue.  

Acheter quelque chose en abaissant son impôt, son URSSAF et sa CARPIMKO, c'est tout de même tentant.

Imaginons que vous ayez un bénéfice de 30 000 € et que vous soyez dans la tranche marginale d'imposition à 30 %.

Si vous achetez un objet déductible à 100 €, vous obtenez une baisse des taxes suivantes :

  • Impôt sur le revenu : -30 €
  • Régime de base de la CARPIMKO : - 10,10 €
  • Régime complémentaire de la CARPIMKO : -3 €
  • Régime des praticiens conventionnés de la CARPIMKO : -0,16 €
  • CSG-CRDS : -9,70 €
  • Assurance maladie : -0,10 € si vous n'avez que du revenu conventionné
  • CURPS : -0,10 €

TOTAL : -53,16 €

Remarque : on pourrait affiner le calcul sur les années N+1 et N+2 : la baisse des charges sociales fera un peu remonter l'impôt sur le revenu. Mais sur l'année considérée, on est bien à -53,16 €.

Ce que vous avez acheté 100 € vous coûte donc 100 - 53,16 = 46,84 €.

Vous achetez quelque chose et vous baissez vos taxes de la moitié du prix !

Tentant, non ?

Vous pouvez souligner, voire exagérer votre ras-le-bol fiscal devant les commerciaux : ça leur donne l'occasion de compatir et de mettre la déduction en avant. Vous vous retrouvez ensemble face au percepteur. Embrassons-nous Folleville (euh... sauf en 2020), et défiscalisons la main dans la main !

Et là, c'est le drame, vous leur sortez le contre-argument :

"46,84 €, c'est bien. Mais c'est quand même 46,84 € que je n'aurai pas pour moi, pour ma famille, pour nos loisirs !"

Effectivement.

Faire des frais pour baisser ses impôts et ses charges sociales, c'est quand même réduire son train de vie perso, quelle que soit votre tranche d'imposition. Parce que vous ne serez jamais à 100 % de taxes.

Voilà pourquoi la phrase "Il faut faire des frais" est un sophisme. Un sophisme qui a la vie dure, mais un sophisme tout de même.

Alors bien sûr, je ne dis pas qu'il ne faut rien acheter pour le cabinet : il faut savoir investir dans le matériel et dans soi-même (en formations, en lectures, en congrès). Il faut fabriquer son bonheur professionnel. 

C'est une notion très variable selon les gens : certains collègues ressentent le besoin permanent de changer de matériel de rééducation, d'autres préfèrent le fabriquer, d'autres encore se sentent bien dans la routine.

Simplement, l'argument de la défiscalisation n'en est pas un. Nous travaillons pour gagner notre vie, donc le but reste d'avoir un revenu, in fine. Or, les frais pro rongent ce revenu.

Il reste deux arguments pour les frais pro, qu'on lit parfois sur les groupes Facebook. Analysons-les.

Faire des frais, ça peut permettre de descendre d'une tranche d'imposition.

Si vous êtes au début de la tranche à 30 %, vous pouvez effectivement descendre dans la tranche à 11 % grâce à des frais pro. Parce que vous abaissez votre bénéfice imposable.

Ma réponse : "Et alors ?"

Quand vous êtes au début de la tranche à 30 %, la majeure partie de vos revenus sont dans la tranche à 0 et dans la tranche à 11 %. Vous n'avez qu'une partie minime de vos revenus qui sont soumis aux 30 %. C'est le principe des tranches marginales.

La preuve : si vous gagnez 30 000 € et que vous êtes dans la tranche à 30 %, vous ne payez pas 9 000 € d'impôt sur le revenu. Vous en payez beaucoup moins que ça. Le fisc vous donne d'ailleurs votre taux moyen réel sur la page du prélèvement à la source, sur son site.

Donc si vous êtes au début d'une tranche et que vos frais vous ramènent dans la tranche du dessous, vous gagnez une misère en impôts. Et de toute manière, si vous faites quelques actes de plus, patatras, vous remontez dans la tranche du dessus.

Second argument, plus solide :

Faire des frais, ça peut permettre de bénéficier de prestations sociales.

En effet, la plupart des prestations sociales et des aides en tous genres sont soumises à conditions. Faire des frais, cela peut vous ramener sous un plafond qui vous aurait exclu(e) du dispositif d'aide.

Ce système généreux, solidaire et équitable a des effets pervers : il nous incite à gagner moins.

Mais si vous êtes à la limite, ça peut être un calcul à faire. C'est le seul cas où je trouve utile de faire des frais pour faire des frais.

jeudi 3 septembre 2020

CARPIMKO : des promesses concrètes

Hier, j'ai reçu un mail qui m'incitait à aller voir les promesses de la CARPIMKO. 

Du coup j'y suis allé. Pour voir. Et ça a donné cette vidéo où je vous montre des chiffres concrets à 62 et à 67 ans. Je vous calcule aussi le net. Parce que la CARPIMKO nous fait miroiter du brut, qui n'est pas le montant qu'elle verse.

 



mardi 25 août 2020

La France a peur

 

Si vous êtes exercez un métier paramédical en libéral, vous avez peut-être encore du mal à vous remettre du confinement. Bien sûr, les infirmiers ont été surchargés. Mais les kinés, les orthoptistes, les podologues et les orthophonistes ont été nombreux à souffrir financièrement de ces deux mois d'arrêt. 

Les petites aides et le télésoin ont apporté un certain réconfort à certains, sans résoudre le problème ; d'autant que la période estivale a rapidement suivi le déconfinement, avec son habituel cortège d'annulations.

Il est intéressant de considérer le comportement du reste de la population pendant cette année sombre pour nos métiers. Cela nous donne une indication sur les problématiques qui seront les nôtres l'an prochain, quand nous aurons retrouvé des revenus classiques.

Je ne vous parlerai pas de sondages. Nous disposons déjà de beaucoup de chiffres réels, émanant de l'INSEE et d'organismes financiers comme la Fédération française de l'assurance.

Le constat est sans équivoque : la France a peur.

Les gens  thésaurisent. Ils n'ont jamais mis autant d'argent de côté. De l'argent qu'ils n'investissent pas, mais qu'ils laissent dormir :

  • 455 milliards d'euros sur les comptes courants, dont 75 milliards de plus sur les trois derniers mois.
  • 500 milliards sur le livret A et le LDDS, dont 22 de plus depuis janvier sur le livret A ; sur 10 ans, l'encours a monté de 40 %.
  • Ajoutez le fonds en euros des assurances-vie et vous arrivez entre 2300 et 2400 milliards, soit en gros le PIB de la France.

Oui, vous avez bien lu : les Français possèdent un an de richesses sur des comptes qui ne rapportent rien ou presque ! Ces montants gigantesques ne sont ni consommés, ni investis. C'est juste du principe de précaution.

 

Tous les déciles de la population ont mis de l'argent de côté en 2020, y compris le premier.

Pourtant, quand vous laissez 100 € sur un compte courant, vous n'avez plus que 99 € de pouvoir d'achat l'année d'après. Donc en fait, vous perdez de l'argent. Vous en perdez aussi avec le livret A. Le fruit de vos efforts s'érode, comme un vulgaire AMO ou AMK.

Sur les fonds en euros des assurances vie, vous êtes quasiment à l'équilibre actuellement : ni perte, ni gain. Vous n'épargnez pas.

Mais les Français ont tellement peur du risque qu'ils préfèrent ces conditions pitoyables. Ils stockent l'argent. Les entreprises le font aussi.

Certains conservent même des billets, comme au XIXe siècle : ils ne font plus confiance à personne. Ni à l'Etat, ni aux banques. Avant la crise des subprimes, 5% de la production de monnaie de la zone euro s'effectuait sous forme de billets physiques. Maintenant, on est entre 10 et 12.

L'or (la relique barbare, comme disait Keynes) a aussi repris son rôle de valeur refuge. L'once flirte avec les 2000 dollars. Il y a 50 ans, quand tout allait bien, c'était 35 dollars...

Mais pourquoi tant de défiance ?

Pourquoi les gens mettent-ils tant d'argent de côté ? Sont-ils tous devenus décroissants ?