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lundi 9 septembre 2024

Couverture sociale des paramédicaux libéraux : 1) le risque Maladie



Quand j'ai ouvert ce blog en 2008, j'ai commencé par un état des lieux de notre protection obligatoire : maladie, maternité, allocations familiales, retraite. L'idée, c'était de commencer par regarder ce qu'on nous forçait à payer ; et quels droits ça nous donnait.

Il est temps de mettre tout ça à jour ! Commençons par la maladie.

Combien paie-t-on ?


Pour s'assurer contre son risque de maladie, l'orthophoniste doit cotiser à l'Urssaf et à la Carpimko. Il y a cinq cotisations obligatoires pour cela. 

La CSG (contribution sociale généralisée)

C'est une invention de Michel Rocard. Son taux était de 1,1 % en 1991. Aujourd'hui, il est de 9,2 % sur [Bénéfice + assurances Madelin + PER + cotisations sociales].

Seulement 6,8 de ces 9,2 % sont déductibles de l'impôt sur le revenu. On paie donc un impôt sur les cotisations sociales déjà payées, sans pouvoir le déduire complètement.. 

Le pire est peut-être à venir : l'un des trois blocs politiques souhaite rendre le taux de CSG progressif, pour mieux décourager le travail que la ponction soit équitable et solidaire. Notez que seule une partie des 9,2 % part à l'Assurance Maladie : 5,95 %. Voir ici pour le reste.

La CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale)

Cette taxe sert plus à payer les soins de vos parents que les vôtres : elle éponge les anciens déficits de la sécu. 

Son taux est de 0,5% de [Bénéfice + assurances Madelin + PER + cotisations sociales].

Initialement, elle était vouée à disparaître en 2024. Mais en France, un impôt est généralement aussi immortel que Connor MacLeod.


La cotisation à l'Assurance Maladie 

On aurait pu penser que cette cotisation aurait été la seule à concerner la maladie, vu son nom. Mais dans un pays où on ne simplifie jamais les choses, c'eût été étonnant. Plus amusant encore : notre principale cotisation n'est pas celle-ci !

Son taux fait le grand écart : il va de 0 à 9,75 % de [Bénéfice + assurances Madelin + PER]. Voir ici pour le détail. 

Dans les faits, une orthophoniste ne paie généralement que 0,1 % : la CPAM règle le reste à sa place sur les revenus conventionnés.

C'est une superbe niche sociale (équivalent des niches fiscales en matière d'Urssaf). Une sorte de compensation du fait que nous acceptions d'avoir des tarifs décrochés de l'inflation. En général, nous prenons conscience de cette niche le jour où nous percevons des revenus non conventionnés : rétrocession d'une collaboratrice libérale, honoraires de formation ou autres prestations extérieures... Ca fait exploser le montant de la cotisation à l'Assurance Maladie.


La cotisation aux indemnités journalières

C'est la petite dernière des 7 cotisations Urssaf. Les syndicats des professions libérales avaient revendiqué son instauration. Voir des représentants de libéraux réclamer de nouvelles charges sociales avait de quoi surprendre, mais c'est passé comme une lettre à la poste. L’État français nous a accordé ce privilège, dans sa grande mansuétude.

Le taux est de 0,3 % de [Bénéfice + assurances Madelin + PER]. C'est peu. Mais comme pour la CSG, on peut s'attendre à ce qu'on nous dise que ce n'est pas assez. Nos représentants ont peut-être mis le doigt dans un engrenage.

Le régime invalidité-décès de la Carpimko

Le R de "Carpimko" signifie"retraite", bien sûr. Mais le P veut dire "prévoyance". Cette année, elle nous prélève 1022 € pour trois risques : l'incapacité de travail, l'invalidité et le décès. 

Chaque année, les augmentations de cette cotisation sont faramineuses parce que ce régime est déficitaire. +18 % en 2024, après +11 en 2023 et +12 en 2022. La Carpimko explique cela par notre vieillissement et par des "changements de comportements".



Quels droits ?

Après la douloureuse, voyons les droits.

Les soins


Grâce au conventionnement, nous bénéficions de la couverture maladie des salariés concernant les soins.

Mieux encore : nous pouvons déduire de notre revenu imposable notre complémentaire santé et notre prévoyance facultative, dans le cadre de la loi Madelin.
 

Incapacité de travail du 4ème au 90ème jour


Elle correspond à 1/730ème du revenu d’activité annuel moyen (RAAM), calculé sur la moyenne des revenus cotisés des trois années civiles précédant la date de l’arrêt de travail. 

Par exemple, si vous avez un RAAM de 30 000 €, vous toucherez 41 €. Attention, on parle de bénéfice : recette - dépenses pro.

Plafond : la moyenne des revenus pris en compte est plafonnée à trois fois le montant du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), soit 3 x 46 368 € bruts en 2024. L'écrasante majorité des auxiliaires médicaux libéraux se trouve sous ce plafond.

Pour bénéficier de ces indemnités, il faut justifier d’au moins 12 mois d’affiliation continue dans votre activité.

Incapacité de travail entre le 91ème jour et la fin de la 3ème année


Là c'est la Carpimko qui gère. En 2024, l'indemnité journalière est de 55,44 € par jour, quel que soit votre revenu.
 
Il y a des majorations possibles, notamment pour enfants à charge. Elles vont fortement baisser en 2025 pour tenter de sauver le régime invalidité-décès sans asphyxier les cotisants. 
 
A partir du premier jour de la 4ème année suivant l’incapacité de travail médicalement reconnue, on bascule dans l'invalidité : 20 160 € bruts par an si l'invalidité est totale.
 
Je vous laisse regarder le détail ici. Vous y trouverez aussi les explications pour faire vos démarches.



En résumé

  • Nous avons la protection de M. Toulemonde en ce qui concerne les soins, en bénéficiant d'une niche sociale enviable.
  • Concernant les indemnités journalières, nous avons intérêt à prendre une prévoyance facultative et/ou à épargner pour avoir la protection de M. Toulemonde.
  • Le régime invalidité décès de la Carpimko ne va pas bien. Donc son coût continuera à augmenter pendant que les prestations se dégraderont. L'argent magique n'existe pas, quoi qu'en disent ceux qui aiment les taxes (enfin surtout les taxes des autres). On peut dire qu'on va tenter de plumer les collègues qui travaillent plus que nous. C'est ce que la Carpimko a annoncé pour la retraite. Mais elle risque de décourager ces cibles faciles ; et donc de créer des armes dissuasives contre le soin de la population, au nom de la solidarité.

vendredi 19 juillet 2024

Le jour de libération fiscale des orthophonistes

Mercredi 17/07/24, c'était le jour de libération fiscale des Français : le 1er jour de l'année où ils travaillaient pour eux, après 7 mois et demi passés à travailler pour les impôts et les charges sociales.


Vous trouverez la méthodologie ici.

L'économiste Milton Friedman proposait même une nouvelle fête nationale  : "Le Jour de l'Indépendance personnelle : le jour de l'année où nous cesserions de travailler pour payer les dépenses du gouvernement et où nous commencerions à payer pour les biens que nous choisissons (individuellement ou à plusieurs) à la lumière de nos besoins et de nos désirs."

Bien entendu, depuis son invention en 1948, ce concept est critiqué par ceux qui aiment les impôts (des autres). Et il ne met pas en regard les services publics offerts par toutes ces taxes.

Il n'en demeure pas moins que ce jour est facile à comparer avec celui des autres pays comparables : 5/07 pour l'Allemagne, 3/07 pour l'Italie, 8/06 pour l'Espagne (voir ici). Il est aussi intéressant de le suivre sur la tendance longue : par exemple, dans la France de 2017, c'était le 31 juillet. Donc la ponction baisse.

Qu'en est-il pour les paramédicaux libéraux ?

Nous payons beaucoup moins de charges sociales que les salariés, en proportion. Alors a priori nous étions déjà libres avant-hier. Peut-être même en juin ? Vérifions !

Prenons les dernières statistiques de l'AGAO concernant les orthophonistes libérales :
  • recette moyenne : 57 115 €
  • charges du cabinet : 17 335 €
  • total avant les ponctions de l'Etat : 39 780 €
Mettons ça dans le simulateur de l'Urssaf :


Sur les 39 780 €, il ne reste que 27 102 € pour soi. Le pays a pris 12 678 €. Pour mieux comparer, il faut encore ajouter 1900 € de TVA, comme pour les salariés. On arrive à 14 578 €, soit 37 %.


En moyenne, nous sommes donc libres le 12 mai.



Deux mois avant les salariés !

Nous avons l'impression de payer énormément de charges sociales et d'impôts parce que nous les voyons sortir de nos comptes bancaires. Les salariés ne les voient que s'ils lisent leur fiche de paie. Simplement, ils ont l'impression qu'ils sont mal payés alors que leur entreprise paie plus de deux fois leur salaire.

Notre bonus de deux mois tient surtout à l'absence de charges sociales patronales, qui sont en fait quand même des cotisations qu'on prend au salarié. Bien entendu, la contrepartie est une protection sociale anémique pour nous : quasiment pas de chômage, IJ ridicules en cas de maladie et de grossesse, retraite en berne (surtout pour les carrières amorcées après 2008), pas de protection contre les maladies professionnelles dans le forfait de base, etc.

Mais ces deux mois de liberté nous permettent de fabriquer notre protection par nous-mêmes par l'épargne, hors des fourches caudines de Papa Etat. En fait les salariés sont surprotégés, donc moins libres. Un peu comme un ado qui n'a jamais le droit de sortir parce que sa mère veut contrôler sa vie. Il ne lui arrive rien, mais sa vie est terne.

A nous le vent du grand large, la responsabilité, l'autoprotection, l'auto-cotisation patronale !


Bon, du calme. C'est quand même le 12 mai, pas le 12 mars.

Il ne reste plus qu'à payer la taxe foncière, la taxe sur les carburants, la taxe de séjour, les taxes écologiques sur l'électricité... Mais les salariés aussi. Et nous ne sommes pas tous propriétaires, ni possesseurs d'un véhicule, ni touristes. Entrer dans ces considérations introduirait trop de paramètres personnels.

vendredi 22 décembre 2023

Ma lettre au Père Noël


Cela fait maintenant quatre ans que j'envoie ma lettre au Père Noël dans ma newsletter (cliquez ici pour vous abonner). Cette année je la mets ici aussi, pour les non-abonnés.

Mes parents, très cartésiens, n'ont jamais voulu que je croie à ce brave Finlandais quand j'étais petit. Alors maintenant que je suis moins petit, je me rattrape. J'espère que vous partagez une partie de ce qui y est écrit :


Cher Père Noël,

Les auxiliaires médicaux ont été bien sages, cette année encore.
Nous avons subi les énièmes hausses délirantes de la Carpimko sans broncher :

  • +11 % sur le régime invalidité décès
  • + 5 % sur la cotisation forfaitaire du régime complémentaire
  • +7 % sur le seuil du bonheur et encore +5 % pour l'an prochain : à 46 368 euros, ce seuil merveilleux devient de plus en plus hors d'atteinte pour les orthophonistes et les orthoptistes...
Et tout ça en attribuant moins de points de retraite, à revenu constant. Or, notre revenu tend même à baisser puisque les dépenses du cabinet évoluent beaucoup plus vite que nos tarifs.

Tu sais tout ça, cher Père Noël. Tu as vu à quel point nous étions stoïques. Mais tu ignores peut-être que la Carpimko nous concocte une nouvelle réforme du régime complémentaire qui visera à décourager le travail, en s'en prenant massivement à ceux qui ont le malheur de soigner beaucoup de patients. Les balles dans le pied, c'est très français.

Là aussi, nous avons été très sages : quand ça s'est su, nous n'avons pas bronché.

C'est peut-être pour ça que ton concurrent, le bon Dr Braun, nous a concédé gentiment des hausses tarifaires qui paraissaient impossibles en 2022. Qui aurait parié là-dessus ?

Ce bon Dr Braun a été éjecté de son poste. Son successeur, M. Rousseau, vient aussi de claquer la porte. Et notre nouvelle ministre, Mme Firmin-Le Bodo, est ciblée par une enquête judiciaire pour une histoire de cadeaux d'Urgo. Pourtant tout le monde le sait : les cadeaux, ce n'est pas Urgo qui les distribue. Et d'ailleurs, que ferions-nous d'un stock de pansements et de traitements contre les durillons ?

Les cadeaux doivent rester ton monopole, cher Père Noël. Nous sommes tous derrière toi. D'autant que les ministres de la Santé ont manifestement d'autres chats à fouetter et jouent un peu trop au jeu de la chaise musicale. C'est pitoyable, on se croirait sous la IVe République.

Cher Père Noël, je sais que ton usine de cadeaux peine encore face à l'inflation dopée par le méchant Vladimir. Les médecins négocient encore leur convention, alors je sais que tu les combleras bien plus que nous, comme toujours. Déjà le mois dernier, le C a pris 6 %. L'AMO, lui, prendra 4 % le 26 janvier après un blocage administratif de six mois.
Déjà en 2017, la consultation des généralistes avait pris 9 % alors que nous avions accepté gentiment le gel de l'AMO, de l'AMK, de l'AMI et de l'AMY.

Mais les médecins méritent amplement ce traitement de faveur : ils ont fait 10 ans d'études et des gardes de 24h sans dormir. Je n'aurai donc pas l'outrecuidance d'exiger les 2 % qui nous manquent par rapport à eux, cher Père Noël. A tout seigneur tout honneur. Cette année, je ne te demanderai que quelques cadeaux qui ne te coûteront pas cher :
  • L'interdiction claire, écrite dans la loi, des "petits bilans" pour l'Education nationale et les MDPH.
  • La disparition de tous les mini-forfaits, y compris le FAMI, qui nous ont instillé une charge mentale complètement inutile avec leurs conditions ubuesques et néanmoins mouvantes qu'il faut apprendre par cœur ; cet argent pourrait être reporté sur la lettre-clé, ou à la rigueur sur des hausses de cotations si tu y tiens (mais tu sais que je suis pour la cotation unique, cher Père Noël).
  • La disparition du principe de l'extrapolation des indus, qui fait de nous des margoulins compulsifs officiellement reconnus.
  • La fin de la double prise en charge : que la sécu récupère directement l'argent auprès des CMPP, des IME, des EHPAD et autres SESSAD. Ca ne devrait pas être notre affaire, d'autant que certains parents nous cachent le fait que leur enfant est suivi dans l'un de ces centres problématiques.
  • La disparition du FIF-PL et des URPS, ainsi que des cotisations Urssaf afférentes.
  • Peut-être le plus dur : l'arrivée à la tête de la Carpimko de gens épris de liberté, qui ne croiraient plus à la pyramide de Ponzi de 1945 et qui arrêteraient de siphonner nos capacités d'épargne au nom de la solidarité avec les boomers. Qu'ils comprennent enfin que nous sommes des indépendants ! Nous ne sommes pas de petites choses fragiles dont Papa-Etat doit s'occuper parce qu'elles ne savent pas ce qui est bon pour elles-mêmes.
En fait (ou plutôt "en vrai", comme on dit en 2023) je ne te demande pas grand-chose, cher Père Noël : même pas une nouvelle négociation conventionnelle, parce que je sais qu'on est probablement reparti pour cinq ans de vide, comme d'habitude.

Je te demande juste un peu de dé-soviétisation de nos métiers. Je place tous mes espoirs en toi et te remercie à l'avance.

Bon courage pour dimanche soir !


Ton Guillaume qui t'aime tendrement.

mardi 14 novembre 2023

Faut-il laisser 50 % sur le compte pro ?

La règle des 50 % est un conseil qu'on donne souvent aux orthophonistes libéraux débutants : "Ne prends que 50 % de tes honoraires pour toi. Le reste va payer le cabinet, l'Urssaf et la Carpimko. Si tu ne fais pas ça, tu seras mal quand tu recevras les régularisations".

Version alternative, qui veut dire la même chose : "Verse-toi un salaire qui sera la moitié de ta recette".

A première vue, c'est du bon sens. 

D'ailleurs, si ce n'était pas le cas, ce conseil n'aurait pas tant de succès.

En début de carrière, l'Urssaf et la Carpimko ne savent pas combien vous gagnez mais ils vous taxent quand même. Ils estiment donc votre revenu au doigt mouillé : 19% du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), soit 8 358 € en 2023 (regardez ici si vous me lisez après 2023). 

Il faut bien mettre un chiffre... mais évidemment, c'est beaucoup trop bas pour nous, qui sommes attendus comme le Messie dans la plupart des régions à l'heure actuelle. Il est plus probable d'atteindre d'emblée 30 000 à 50 000 € de bénéfice en année pleine que de plafonner à 8 358. C'est l'un des bonheurs de l'exercice libéral.

Conséquence : quand les taxmen s'aperçoivent de leur sous-estimation flagrante, ils récupèrent leur dû. Ils prennent tout ce qu'ils n'ont pas pris auparavant. C'est ça, une régularisation.


Soit dit en passant, on peut aussi avoir des régularisations dans le bon sens : par exemple après un accouchement ou une maladie qui a fait chuter l'activité. Mais elles augmentent le bénéfice quand elles tombent, donc elles génèrent des régularisations dans le mauvais sens l'année d'après.

Tout ça tangue beaucoup parce que l'Urssaf ajuste la cotisation provisionnelle de l'année en cours, en plus de la régularisation de la cotisation de l'année d'avant. Le régime de base de la Carpimko et le fisc fonctionnent aussi comme ça, ce qui ne fait qu'empirer le tangage.

Prévoir 50 % pour tout le pro permet de se rassurer.

On sait qu'en gros, on aura de quoi payer ce qu'on doit. On laisse sur le compte pro l'argent qui n'est pas vraiment à soi, mais à l'Etat français.


On peut optimiser un peu en se démensualisant et en plaçant l'argent qui n'est pas à soi sur le livret A ou le LDDS, voire sur le livret d'épargne populaire si on y a droit ; puis en le récupérant in extremis, juste avant que l'Urssaf et la Carpimko viennent se servir. Avec la remontée des taux liée à l'inflation, ça a du sens.

Mais alors, pourquoi avoir écrit "à première vue" ?

Parce que si la moitié des honoraires part dans le cabinet, on commence à gagner sa vie le 1er juillet de chaque année. C'est déjà une idée sinistre.

Puis on paie :

  • l'impôt sur le revenu
  • le logement : loyer ou remboursement, factures d'énergie, internet, éventuelle taxe foncière
  • les assurances

Le "reste à vivre", comme disent les économistes, n'intervient qu'ensuite. En gros, vous travaillez pour ça en novembre et décembre. Ajoutez octobre si vous menez bien votre barque. Et même là-dessus, vous payez encore la TVA, voire l'énorme taxe sur les carburants.

N'oublions pas non plus qu'il y a généralement une partie de ce reste à vivre qui nous sert à épargner comme un adulte responsable...

Que faire quand le bon sens est en fait une idée sinistre ?

Nous exerçons un métier où les dépenses augmentent beaucoup plus vite que les tarifs. Quelques exemples, rien que cette année :

  • +11 % sur le régime invalidité décès de la Carpimko
  • +5 % sur la cotisation forfaitaire du régime complémentaire de la Carpimko, qui se rapproche dangereusement des 2 000 € dans un silence assourdissant
  • +7 % sur les valeurs locatives qui sous-tendent la taxe foncière et la CFE ; sans parler des hausses de pourcentages de taxation des collectivités locales
  •  +7 % sur l'ILAT qui sert à calculer les loyers des baux professionnels

En fait nous travaillons de plus en plus pour les autres.

Si vous admettez la règle des 50 % de dépenses pro, il est clair qu'un jour ce sera 60%. Votre reste à vivre ne sera qu'une peau de chagrin. Comment continuer à travailler avec le sourire, dans ces conditions ?

Il faut donc absolument viser 30 % de dépenses pro.

Même si vous n'atteignez que 35 %, la différence sera significative. Vous ne travaillerez plus pour rien la moitié de l'année.

Bien sûr, c'est plus facile à Marly-Gomont que sur les Champs-Elysées.

Mais de toute manière, comme le martèle Mapie Jaujay dans son podcast, l'exercice de l'orthophonie à Paris n'est plus vraiment rentable. L'AMO est un T-shirt à taille unique. Il offre donc de belles opportunités dans les vastes zones où le marché immobilier est détendu. Tout y est moins cher et on vous subventionne pour y aller : énorme avantage fiscal des ZRR, primes de la sécu, mairies qui pratiquent des loyers faibles... En plus on y vit tellement mieux ! Et si le prix de l'essence vous effraie, passez à l'électrique, dont les prix s'écroulent sur la Centrale. Pur bonheur en perspective.

Mais le déménagement n'est pas la seule manière de viser les 30 %. Je vous renvoie à cet article où j'ai détaillé huit stratégies qui m'ont permis de descendre si bas :
https://orthogestion.blogspot.com/2018/08/orthophonie-comment-passer-de-50-30-de.html

L'idée, c'est de sortir de la rat race.

On peut travailler davantage pour descendre à 30 % de dépenses professionnelles. C'est l'une des stratégies : paradoxalement, travailler davantage, ce n'est pas une entrée dans la rat race. C'est une sortie. Vos charges fixes pèsent de moins en moins. Vous devenez plus rentable, donc vous améliorez votre reste à vivre. 

Vous pouvez même dépasser le seuil du bonheur, au-delà duquel la Carpimko prend 5% au lieu de 13.

Bien sûr, le fisc va chercher à en profiter. Mais vous pouvez défiscaliser. Les niches fiscales ne manquent pas pour les classes moyennes : FIP, SOFICA, SCPI défiscalisantes, FCPI, dispositif IR-PME, PER, déficit foncier... Il est beaucoup plus facile de faire baisser l'impôt sur le revenu que les charges sociales.

Cette stratégie n'est pas forcément facile à appliquer quand on a de jeunes enfants et que le conjoint n'est pas disponible. Mais il y en a d'autres : se former en DPC, s'associer, lutter contre l'absentéisme (certains vont jusqu'au surbooking), fabriquer son matériel de rééducation au lieu de l'acheter...

Il faut aussi s'ôter de la tête l'idée qu'il faut "faire des frais" pour payer moins de taxes. Il faut se tranformer en cost-killer : réduire les frais tant que possible, pour augmenter son bénéfice et donc son reste à vivre ; puis éventuellement défiscaliser, tout en épargnant intelligemment.

Nous travaillons pour les autres : toute notre activité est tournée vers eux. Mais de là à en faire un sacerdoce, il y a une marge.


Travailler pour soi seulement en novembre et en décembre, c'est se faire moine ou nonne. Or, nous ne sommes pas entrés dans les ordres après nos études. Il faut donc tout faire pour ne pas avoir besoin de la règle des 50 % !

vendredi 25 août 2023

URSSAF vs CARPIMKO vs Fisc en 2023 : partie 2


B. Le Maire avec H. Morin,
l'homme qui a bien connu le Débarquement de juin 44

Dans l'article précédent, j'ai montré que l'Urssaf était relativement linéaire : son taux de taxation fluctue peu quand on travaille plus. La Carpimko, elle, privilégie ceux qui travaillent beaucoup.

Cette semaine, regardons l'influence du 3ème taxman : Bruno Le Maire.

Avec l'impôt sur le revenu, Bercy contre-balance évidemment l'influence de la Carpimko. On sait que c'est un impôt à taux progressif, alors que la Carpimko a un taux dégressif.

Mais lequel l'emporte ?

C'est une question importante, parce qu'il faut savoir si ça vaut la peine de travailler davantage. Beaucoup de Français de la classe moyenne pensent qu'à un moment on bosse pour l'Etat. Mieux vaut en faire moins. L'impôt sur le revenu, théoriquement juste, a réussi à installer cette idée sinistre qui finit par nuire au pays.

Alors reprenons le tableau de la semaine dernière et regardons ce qu'il en est vraiment pour les auxiliaires médicaux en 2023. J'ai pris le cas extrême : celui d'un célibataire (la famille est une niche fiscale). Je vous montre les tableaux puis je vous les résume en quelques mots.



Pression des 3 taxmen sur le revenu moyen des orthophonistes


Pression des 3 taxmen sur 2 fois le revenu moyen des orthophonistes

En résumé, voici ce qui se passe si vous doublez vos revenus : 

  • L'Urssaf passe de 14 à 16 %.
  • La Carpimko passe de 23 à 16 %.
  • L'impôt sur le revenu passe de 7 à 18 %
  • La confiscation totale passe de 43 à 50 %. 

Ouf, l'honneur du pays est sauf : il s'en prend quand même plus à ceux qui travaillent plus.




De notre point de vue, c'est moins reluisant : le fisc compense largement la dégressivité de la Carpimko. Globalement, le système nous décourage de soigner plus de gens.

Heureusement, ce n'est qu'une apparence. L'impôt sur le revenu est aussi troué qu'un emmental. Il y a cinq cents niches fiscales ! Il est beaucoup plus difficile de faire baisser les charges sociales que l'impôt.

J'ai utilisé plusieurs de ces niches au fil du temps : 

  • Deux enfants
  • Madelin
  • Plan épargne retraite
  • Déficit foncier
  • Sofica
  • Crédit d'impôt formation
  • Dons

D'autres utilisent le Pinel, les FCPI, les FIP, la loi Malraux, la loi sur les monuments historiques... Il y a aussi le livret A, le LEP, le PEL, le PEA et l'assurance vie, mais ces niches-là n'abaissent pas l'impôt. Elles l'empêchent jusque de croître. 

 J'ai expliqué tout ça dans La défiscalisation pour tous :





L'emmental de Bruno Le Maire aboutit à une conclusion heureuse : en France, on ne paie l'impôt plein pot que si on le souhaite

Corollaire : la dégressivité de la Carpimko peut finalement reprendre le dessus et nous inciter à travailler davantage. D'autant qu'en travaillant moins, on n'a pas la surface financière qui donne accès aux niches fiscales efficaces.

Et on ne le répétera jamais assez : s'il est relativement facile d'utiliser les niches fiscales, il est quasiment impossible de faire baisser l'Urssaf et la Carpimko. Or, si vous travaillez moins, vous allez payer bien plus de charges sociales que d'impôts. Vous manquerez donc de moyens d'action. Le système vous coincera.

Si nous travaillons plus, le système fiscal mité nous transforme en adultes responsables, et non en victimes du découragement organisé. A nous de nous adapter en utilisant les leviers qu'on met à notre disposition.

La difficulté survient quand on est contraint de travailler moins pour des raisons familiales. Là, on peut se sentir cerné (et surtout cernée, les choses étant ce qu'elles sont) entre le matraquage de la Carpimko et l'absence de niche sociale.

jeudi 24 août 2023

URSSAF vs CARPIMKO vs Fisc en 2023 : partie 1

 

Quel est le plus vorace parmi nos trois taxmen ? Lequel encourage le plus le travail ? Lequel est le plus juste ? Comment évoluent-ils ?

J'ai donc lancé mon fidèle tableur pour calculer la ponction de l'Urssaf et de la Carpimko sur une orthophoniste au revenu moyen de 2022 ; puis sur une collègue qui gagne deux fois le revenu moyen (il y en a). 

Cette première partie s'intéresse aux charges sociales. Dans la seconde partie, j'inclurai l'impôt sur le revenu dans l'équation.

Voici les résultats, en partant du principe qu'elles ne perçoivent que des revenus conventionnés :


Les 14 ponctions sociales sur le revenu moyen des orthophonistes (source : FNAGA)



Ponctions à 2 fois le revenu moyen des orthophonistes, avec un peu plus de Madelin et de PER comme c'est généralement le cas


D'emblée on peut répondre à la première question, celle de la voracité. 


Rare image de la Carpimko en pleine action...

Si vous êtes au revenu moyen, la Carpimko vous en prend 23 % et l'Urssaf 14. C'est surtout dû aux taxes forfaitaires, indépendantes du revenu. Avant de gagner votre vie, vous devez d'ores et déjà 3017 € incompressibles à votre caisse de retraite et de prévoyance. L'Urssaf, elle, n'a que 110 € forfaitaires.

Notons que ce décalage sinistre s'aggrave tous les ans : la Carpimko augmente sans cesse ses taxes forfaitaires sans tenir compte de l'inflation ; et encore moins de l'évolution de nos tarifs, bien sûr.

 



 

En revanche, si vous gagnez deux fois le revenu moyen, les deux organismes s'équilibrent. Chacun vous prend autour de 16 %. C'est dû à trois éléments : L'Urssaf se met à vous faire payer des allocations familiales, qui sont devenues une sorte d'impôt progressif sous la présidence Hollande.

Les 3017 € incompressibles de la Carpimko pèsent beaucoup moins en proportion, puisqu'ils ne bougent pas quand on double son revenu.

Le régime de base de la Carpimko ne prend que 1,87 % de tout ce qui dépasse 43 992 € de revenu (le seuil du bonheur), alors qu'il prend 10,1% de tout ce qui est en-dessous. 

En résumé : la Carpimko est très vorace sur le revenu moyen. Mais si vous décidez de travailler davantage, elle deviendra plus magnanime, passant de 23 à 16 %. L'Urssaf, elle, est plus linéaire. Quand vous doublez votre revenu, elle passe de 14 à 16 % à cause des allocations familiales.

Attention, néanmoins : la Carpimko réhausse le seuil du bonheur chaque année. Un jour, plus personne ne pourra l'atteindre. C'est d'ailleurs un moyen masqué de nous attribuer moins de points de retraite. Chaque point nous coûte plus cher chaque année.

Qui nous encourage à travailler ?



Pour le plaisir, j'ai aussi regardé à 3 fois le revenu moyen, même si quasiment aucun orthophoniste n'y parvient.

Dans ce cas de figure, l'Urssaf continue à prendre 16 %. Mais la Carpimko descend à 12 ! La pression de la caisse de retraite est donc quasiment divisée par deux, par rapport à celle qui s'exerce sur la collègue qui gagne juste 27 550 euros.

C'est vraiment surprenant quand on s'en aperçoit, parce que les prélèvements à taux dégressif sont rares en France.

Rassurez-vous, seul le taux baisse : la Carpimko vous prendra toujours plus d'argent si vous travaillez plus. Mais elle vous incite clairement à travailler davantage, parce qu'une fois que vous franchirez le seuil du bonheur (43 992 euros) elle vous laissera beaucoup plus libre de fabriquer votre retraite et votre prévoyance par vous-même.

Quel est l'organisme le plus juste ?




Bien sûr, cette question n'a pas de réponse absolue. Tout dépend de vos convictions politico-philosophiques. Amusons-nous à sortir des arguments et à les démolir immédiatement. J'adore ce type d'exercice parce que c'est un vaccin contre les deux extrémismes.

L'Urssaf est beaucoup plus juste avec son taux quasiment fixe.
MAIS la TVA et la flat tax sont injustes parce qu'elles ont le même taux pour tout le monde. Il faut prendre plus à ceux qui travaillent plus, en valeur absolue ET en pourcentage.

La Carpimko a un système dégressif scandaleux et elle fait reposer la retraite des gros travailleurs sur la retraite par capitalisation, qui est aussi un principe détestable.
MAIS elle nous laisse un espace de liberté dont l'Urssaf nous prive.

L'Urssaf est injuste parce qu'elle nous force à payer les URPS, qui sont des sortes de syndicats corporatistes et obligatoires dont personne n'a jamais demandé la création.
MAIS les URPS paient la liste d'attente commune et elles servent de courroie de transmission avec les ARS.




L'Urssaf est injuste parce que les allocations familiales sont devenues un impôt doublement progressif : plus on travaille, plus on y cotise, mais moins on reçoit.
MAIS c'est ça, le système équitable et solidaire : prendre davantage à ceux qui travaillent beaucoup, pour donner plus aux autres. La redistribution est la base du contrat social. Sans ça, on aurait encore plus d'émeutes.

L'Urssaf est injuste parce qu'elle nous force à cotiser au FIF-PL, même si nous nous formons autrement.
MAIS personne ne nous interdit de récupérer notre mise en faisant au moins une formation FIF-PL par an.

La Carpimko est injuste parce qu'elle augmente ses ponctions forfaitaires tous les ans de manière sidérante : +11 % cette année sur le régime invalidité-décès, par exemple !
MAIS elle a des contraintes budgétaires. Puisque ses dépenses augmentent et que personne n'envisage de limiter son périmètre, il faut bien qu'elle puise dans nos poches. Les collectivités locales ont la même attitude avec la taxe foncière, après tout.

L'Urssaf est injuste parce que l'assiette de la CSG et de la CRDS inclut les cotisations sociales : on paie des charges sur des charges !

MAIS c'est pour nous aligner sur les salariés, qui paient la CSG sur le salaire brut. Et puis c'est la même chose avec la TVA sur la TICPE (taxe sur l'essence), dont personne ne conteste le principe.




La Carpimko est plus juste parce que chaque cotisation attribue des droits. Et plus on cotise, plus on a de droits. A l'Urssaf, on peut payer des allocations familiales sans avoir droit à quoi que ce soit. Et pourquoi paie-t-on son URPS plus cher parce qu'on travaille plus ? Est-on averti de ses actions indispensables avant les autres ? Tout ça est révoltant.

MAIS l'Urssaf a une politique redistributive (avec cet adjectif magique vous faites immédiatement passer les récalcitrants pour de sombres égoïstes). Fermez le ban.

Voilà pour ces quelques réflexions sur l'Urssaf et la Carpimko, assorties de réponses de Normand. En même temps c'est cohérent, venant d'un pur Normand.




Chacun a son opinion sur ces deux organismes. Certains considèrent qu'il faudrait aggraver la pression sur les autres pour alléger la leur. 

D'autres trouvent que tout est normal et que ce système, bien que perfectible, est foncièrement juste parce qu'issu des conceptions du Conseil national de la Résistance. C'est l'opinion mainstream. Le CNR, c'est un peu comme la Justice. On n'a pas le droit de contester ses décisions.

Et puis il y en a encore d'autres qui voudraient plus de liberté et de concurrence (si possible européenne), avec une mise à plat complète du système qui date d'une époque où le pays n'avait rien à voir avec ce qu'il est devenu, 80 ans plus tard. Au moins en ce qui concerne les travailleurs indépendants. Des gens libres et responsables d'eux-mêmes. Pourquoi voudrions-nous rapprocher toujours davantage notre système social de celui des salariés ? 

Comme dit Freddie :



Dans la seconde partie, j'inclurai l'impôt sur le revenu et la défiscalisation dans l'équation. Il nous faut une vue d'ensemble du système, pour prendre les meilleures décisions.

vendredi 5 mai 2023

TUTO : la nouvelle déclaration d'Urssaf et de Carpimko

Vous êtes un paramédical libéral et vous avez eu du mal à comprendre le fonctionnement de la déclaration d'Urssaf et de Carpimko sur Net Entreprises ?

Après avoir noué votre cerveau dans tous les sens, vous avez tout de même réussi à dominer les cases A à W et à mémoriser leur fonctionnement ?

Eh bien... on efface tout et on recommence !

La déclaration Dspamc sur Net-Entreprises n'a même pas existé dix ans. J'ai encore sous les yeux un courrier de la FNO qui nous expliquait le fonctionnement de ce nouveau site en 2018.

Dès 2022, les frères Rap'tout nous ont expliqué que dans un esprit de simplification, tout allait se passer désormais sur impot.gouv.fr. Ca ressemblait à une bonne nouvelle.

Mais ces gens sont joueurs. A moins qu'ils manquent légèrement d'empathie ? Je n'ose le croire.

Nous découvrons le pot aux roses en ce doux printemps 2023. Le fisc a "simplifié" la Dspamc en remplaçant toutes les cases que nous avions patiemment apprises par celles-ci :

 
Amusant, non ? Heureusement, Bercy fait bien les choses : ils vous proposent une notice de 17 pages. Le plus cocasse, c'est que cette lecture rédigée dans un sabir confus vous servira... à vous faire taxer. Voilà qui donne envie de s'y plonger.
 
 
Comment s'en sortir sans lire les 17 pages ?




Déjà, il faut faire preuve d'empathie (nous, nous savons le faire) et chercher à comprendre pourquoi ils nous posent toutes ces questions.
 
L'Urssaf et la Carpimko ne peuvent pas se satisfaire de notre déclaration 2035, et encore moins de la déclaration 2042. Par exemple, elles ont besoin de savoir si une partie de nos revenus est non conventionnée : l'Urssaf surtaxe ce type de revenus, alors que la Carpimko les détaxe légèrement.
 
Une fois qu'on capte l'utilité de la chose, on s'énerve déjà un peu moins. Mais quand on regarde le détail, on constate quand même que la plupart de ces cases auraient pu être calculées par le fisc lui-même, sur la base de la 2035 et du relevé SNIR. La FNO dit que notre temps est précieux. Le fisc pense l'inverse : c'est un service public qui estime que la population est à son service. Qui sert qui ? La réponse est limpide, malheureusement.

Mais jetons-nous dans cette mare et voyons si nous arrivons à y nager.



Prenons les cases avec méthode, d'abord pour ceux qui font une 2035 :

Je vous mets ici le résumé de ce que j'ai lu sur le sujet pour l'instant. Par exemple ici, entre autres. J'affinerai si besoin en éditant cet article a posteriori. 
 
Je mets en rouge les cases qui servent le plus.

DSGA, c'est la partie conventionnée de votre bénéfice :
BNC (case CP de la 2035 + DSAS) x recettes conventionnées (case DSAV) / total des recettes (cases AA + AF). Source  : FMF. Ancienne case O.
 
DSAT : recettes (honoraires bruts) versées directement par des IME, CMPP, CAMSP et autres établissements qui nous compliquent la vie avec la double prise en charge. Il faut être conventionné avec eux et appliquer  les tarifs normaux de la sécu, sinon c'est du revenu non conventionné et ça ne va pas dans cette case. C'est l'ancienne case Q, mais en recettes alors qu'à l'époque c'était du bénéfice.

DSFA : revenus exonérés à réintégrer si vous en avez : case CI de la 2035, pour les médecins. Et aussi les exonérations ZRR et ZFU. Ancienne case G. Attention, l'AGAO tient un autre discours. Consultez votre AGA si ça vous concerne...

DSBA : les sommes déjà soumises aux cotisations sociales. Par exemple des droits d'auteur. 
 
DSAS :  IJ CPAM (ancienne case L de Net-Entreprises), pour éviter une double taxation.

DSCS : totalité des recettes brutes : AG dans la 2035. Ancienne case W.
 
DSCA : charges sociales obligatoires : BT dans la 2035. Cette case sert à calculer la CSG, parce que cet impôt taxe les cotisations sociales. Ancienne case J.

DSEA : Madelin + PER : BZ + BU dans la 2035. Ancienne case K.

DSAR : DSEA x recettes conventionnées (DSAV) / total des recettes (DSCS). Ancienne case OF.

Associés-gérants : je laisse courir parce que si vous êtes concerné(e), vous avez sûrement un comptable.

DSAV : recette conventionnée. Ancienne case R pré-remplie par le relevé SNIR. La FNO disait de la corriger si besoin.

DSAW : dépassements d'honoraires. Ancienne case S pré-remplie par le relevé SNIR. La FNO disait aussi de la corriger si besoin.


Passons maintenant au cas des collègues en Micro-BNC :

 
En l'absence de déclaration 2035, la source est dans la 2042 elle-même :

DSGA : 5HP + (5HQ x 0,66). Si vous avez des revenus non conventionnés, il faut les enlever de cette case.
 
DSAT : recettes (honoraires bruts) versées directement par des IME, CMPP, CAMSP et autres établissements qui nous compliquent la vie avec la double prise en charge. Il faut être conventionné avec eux et appliquer  les tarifs normaux de la sécu, sinon c'est du revenu non conventionné et ça ne va pas dans cette case.

DSFA : 5HP (source FMF).

DSBA : les bénéfices (honoraires x 0,66) déjà soumises aux cotisations sociales. Par exemple les droits d'auteur. 
 
DSAS :  0 (source : FMF).

DSCS : 5HP / 0,66 + 5HQ
 
DSCA : Cotisations CARPIMKO + URSSAF -  CURPS - CFP - CSG - CRDS.

DSEA : 0.

DSAR : 0.
 
Associés-gérants : je laisse courir parce que si vous êtes concerné(e), vous avez sûrement un comptable.

DSAV : recette conventionnée. Ancienne case R pré-remplie par le relevé SNIR. La FNO disait de la corriger si besoin.

DSAW : dépassements d'honoraires. Ancienne case S pré-remplie par le relevé SNIR. La FNO disait aussi de la corriger si besoin.

La suite ne concerne pas les lecteurs de ce blog, donc je laisse courir aussi.

 

Ouf ! Vous avez gagné... le droit de rejouer l'an prochain.

Au final, on retrouve la plupart de ses petits quand on est habitué à l'ancienne déclaration.

Une chose m'inquiète : c'est la case DSAT, qui demande une recette alors qu'avant on raisonnait sur un bénéfice. Je vérifierai si l'URSSAF applique les bonnes formules quand je recevrai mon avis de ponction au début de l'été.

lundi 23 janvier 2023

Fisc, Urssaf, Carpimko : qui vous taxe le plus ?


Vivre en France implique l'acceptation d'une fiscalité débridée assortie de services publics en perdition et de dettes faramineuses. Mais vous allez voir que tout n'est pas si noir.

Première idée à battre en brèche : on entend souvent dire que moins de la moitié des Français paie des impôts. Ca rend amers beaucoup de membres de la classe moyenne. En fait ça ne concerne que l'impôt sur le revenu. Déjà, le "G" de "CSG" signifie "généralisée" : cet impôt touche tous les revenus et tout le monde. Mais la TVA aussi. Or, la CSG et la TVA prélèvent des dizaines de milliards par an.

Maintenant, focalisons-nous sur les 3 grands taxmen des paramédicaux libéraux.

Qui vous taxe le plus ?

  • l'impôt sur le revenu ? 
  • l'Urssaf ?
  • la Carpimko ?

Quel est le total ? Est-il supportable ? Et peut-on réduire la pression ici ou là ?

Voilà des questions intéressantes pour des gens qui ont plus de libertés que les autres. Plus de capacité d'adaptation.

Avant d'aller plus loin, je précise que je suis au courant du fait qu'officiellement, l'Urssaf et la Carpimko ne perçoivent pas des impôts, mais des cotisations sociales : l'impôt a une fonction redistributive, alors que les charges sociales sont du revenu différé ; une sorte d'avance sur les prestations qu'on percevra plus tard.


Mais ça, c'est de l'angélisme bien-pensant. Dans les faits, l'Urssaf et la Carpimko redistribuent les revenus :

  • de ceux qui n'ont pas droit aux prestations familiales (enfants, APL) vers ceux qui y ont droit
  • des actifs vers les boomers qui ont beaucoup moins cotisé qu'eux
  • de ceux qui n'utilisent pas le FIF-PL vers ceux qui s'en servent
  • de ceux qui se fichent des URPS vers ceux qui sont heureux de leur existence (il doit bien en exister un ou deux)
  • des campagnards qui paient la CSG sans trouver de médecin traitant vers ceux qui habitent dans l'archipel des grandes villes.

Alors quels sont les résultats du tiercé ?

J'ai passé à la moulinette de Libre Office 3 revenus : 30 000 €, 45 000 et 60 000 €. Pour rappel, le revenu est le bénéfice : recette - dépenses pro. La Carpimko et l'Urssaf font partie de ces dépenses pro. Donc quand elles augmentent, vous devez travailler davantage pour obtenir le même bénéfice. Elles agissent en amont du bénéfice en vous contraignant à augmenter votre recette (donc à faire des heures), alors que l'impôt sur le revenu agit en aval en prenant une partie du net.

Autre précision : j'ai pris l'impôt sur le revenu des célibataires, sans revenus annexes ni niches fiscales.

Voici ce que ça donne en régime de croisière, donc en gagnant la même chose tous les ans :

J'ai bien évidemment utilisé les barèmes officiels de 2023. Si vous voulez voir le détail de mes calculs, le tableau complet se trouve sur le groupe Facebook des Clés de la Réussite (cliquez ici).

La première chose qui saute aux yeux est l'inversion des proportions : quand on gagne 30 000 €, la Carpimko prend beaucoup plus que l'impôt sur le revenu, même quand on est célibataire. Ca s'équilibre à 45 000 €, puis ça s'inverse à 60 000 où l'impôt devient démentiel.

L'impôt sur le revenu a un taux progressif : sa ponction passe de 9 à 19 % du revenu.

La Carpimko a un taux dégressif qui compense partiellement : elle passe de 22 à 15 % ! On en parle peu, mais c'est une caisse qui nous encourage à travailler dur. Elle taxe fortement les bas revenus pour leur assurer un socle de retraite et de protection contre la maladie, l'invalidité et le décès.

Entre les deux : l'Urssaf, qui a un taux à peu près constant : elle vous prend 13 à 15 % de votre revenu.

Bien sûr, la ponction totale augmente si on additionne les trois taxmen. C'est vrai en valeur absolue, mais aussi en proportion du revenu :

  • ils prennent 45 % d'un revenu de 30 000 €
  • 48 % si vous passez à 45 000 €
  • 49 % si vous passez à 60 000 €.

 

Mais on aurait pu s'attendre à pire.

Passer de 45 à 49 %, c'est finalement assez supportable quand on double son revenu. La dégressivité de la Carpimko agit puissamment dans le bon sens.

Tout ceci bat en brèche une idée largement répandue : il n'est pas inutile de travailler davantage. Il n'y a pas un moment où la France vous punit en vous prenant le fruit de vos efforts.

On peut même dire qu'il est utile de travailler suffisamment pour dégager des revenus qui correspondent à nos besoins et à nos envies. Le système nous le permet. C'est une excellente nouvelle, d'autant que la demande est infinie quasiment partout.

On peut chercher à réduire son activité pour des motifs personnels et familiaux : frais de garde, volonté de voir grandir ses enfants au lieu des enfants des autres, prévention du burn-out... Mais on ne peut pas le faire en utilisant l'argument de la fiscalité démentielle.

 

Mieux : il y a des portes de sortie dans la fiscalité !

Vous aurez du mal à abaisser artificiellement la pression de l'Urssaf et de la Carpimko. Mais l'impôt sur le revenu français est mité, à défaut d'être miteux : on ne le paie que si on le veut vraiment.

L'Etat cherche à flécher vos investissements dans des domaines où ça l'intéresse, un peu comme la sécu cherche à vous faire aller dans des CPTS grâce au FAMI. A vous de voir si la carotte mérite de vous faire aller dans le sens qu'on vous propose. 

Pour apprendre à réduire la partie jaune du graphique, vous avez ma formation en ligne sur la défiscalisation. Tous les détails sont ici :

 
En résumé, non seulement la progressivité globale des 3 taxmen s'avère supportable, mais en plus vous pouvez taper sur la part qui croît le plus : l'impôt sur le revenu. Le système nous incite vraiment à travailler, alors qu'en général on pense le contraire.

Quel beau pays nous avons là, finalement !


 

mercredi 26 octobre 2022

Comment (et pourquoi) dégager 1000 € de capacité d'épargne ?

 


Mille euros disponibles par mois : pourquoi ? comment ? Ça représente quel effort de travail ?

Ce sont des questions complexes parce qu'on n'a pas tous la même fiscalité, ni les mêmes frais de fonctionnement. Cela dit, on peut quand même chercher à avoir des ordres de grandeur. C'est ce que cet article va vous apporter.

 

Mais d'abord, pourquoi chercher à investir 1000 € par mois ?



Nous, les travailleurs indépendants, nous sommes moins bien protégés que les salariés. Nous cotisons moins qu'eux. En retour, notre protection sociale s'avère nettement moins bonne sur plusieurs plans :

  • congé maternité
  • indemnités journalières en cas de maladie
  • chômage (pas trop grave)
  • retraite

A partir de 2850 € nets après impôt, un salarié célibataire travaille plus pour la France que pour lui. Il coûte 6000 € à son entreprise (source : Guillaume Poitrinal, patron de Woodeum, dans l'émission Les Experts de BFM Business). 

Nous en sommes loin, comme le montre le simulateur de l'URSSAF :

J'ai mis 950 € de dépenses pro hors charges sociales parce que c'est ce que je dépense ici, dans une ville moyenne.
 Il y a pire en grande ville, il y a mieux en pleine campagne.

 

Ce tableau est trompeur : on pourrait croire que l'équivalent des 6000 € du salarié est à 5410 € pour nous. Ca ne ferait que 590 € en notre faveur. 

En fait c'est beaucoup mieux parce qu'il ne faut pas tenir compte des 950 € de dépenses liées au cabinet : les dépenses de l'entreprise (loyer, véhicules, factures, etc) n'entrent pas non plus dans le raisonnement de M. Poitrinal concernant les salariés.

Il faut donc comparer les 6000 € de superbrut du salarié avec 5410 - 950 = 4460 €. Notre avantage n'est donc pas de 590 €, mais de 1540 € par mois. C'est énorme !

En résumé : nous sommes nettement moins taxés que les salariés. Nous n'occupons pas une niche fiscale comme celle des journalistes, mais une niche sociale : notre cabinet n'a pas à verser pour nous l'équivalent des charges sociales patronales.

Dans ces conditions, nous pouvons vivre de deux manières :

 

  • Pilule bleue : profiter de notre niche sociale, en atténuant éventuellement le danger grâce à une prévoyance Madelin et à un petit plan épargne retraite (PER) ou une assurance vie investie essentiellement sur des fonds sans risque. Puis dire qu'on ne peut pas épargner davantage sans vivre comme un moine ; et compter sur le conjoint qui ne sera peut-être pas toujours là.
  • Pilule rouge : définir une stratégie pour optimiser notre avantage et créer une auto-protection. Une auto-protection contre les baisses de revenus, qu'elles soient liées aux aléas de la vie, à l'inflation, aux tarifs gelés ou au départ en retraite.

 

1000 € disponibles par mois : un objectif illusoire ?

NON ! Et je vais vous le prouver.

Reprenons le simulateur de l'URSSAF et regardons quel effort de travail doit produire une orthophoniste célibataire sans enfants (c'est encore plus rapide si elle a des enfants) pour augmenter son revenu disponible de 1000 €.

Je ne voudrais pas vous endormir avec une ribambelle de captures d'écran. Alors je synthétise l'essentiel des résultats du simulateur dans ce tableau :

 Le nombre d'actes mensuel correspond à la cotation moyenne des orthophonistes, d'après les relevés d'activité individuels de la sécu : AMO 13. Ca devrait monter encore grâce à l'avenant 19.
Le nombre d'actes par semaine n'est pas une simple division par 4 du nombre mensuel. Je l'ai annualisé, puis divisé par 45 semaines (5 semaines de congés + les jours fériés et quelques ponts).

Par exemple, pour dégager 1000 € de capacité d'auto-protection quand on gagne à 3000 € après impôts, il faut passer de 46 à 62 actes par semaine ; et donc probablement avec certaines semaines à 70 pour encaisser les semaines de vacances scolaires.

En moyenne, il faut donc 16 patients de plus. Une journée. C'est d'ailleurs exactement ce que j'ai fait quand j'ai réalisé que je fonçais dans le mur avec ma petite assurance vie : je suis passé de 4 à 5 jours de travail par semaine et j'ai dégagé 1000 € par mois que je n'ai pas dépensés, mais que j'ai investis.

Il me reste tout de même deux jours de farniente par semaine. Mes grands-parents n'avaient que le dimanche pour les uns, le lundi pour les autres.

Farniente humide, dimanche dernier


Que faire de ces 1000 € ?

Mille euros nets d'impôt par mois permettent déjà une stratégie significative, loin des mesurettes qui vous attireraient des déconvenues le jour venu.

Votre stratégie évoluera au fil du temps en fonction de vos besoins, de votre appétence au risque et de vos connaissances (tout s'apprend). Vous pouvez faire les choses de manière séquentielle, ou vous transformer en Vishnou en vous diversifiant d'emblée.

A 30 ans, par exemple, vous n'avez pas les études de vos enfants à financer. Et vous n'avez pas encore trop souffert du gel de l'AMO. Mais vous pouvez chercher à acheter une résidence principale pour vous mettre à l'abri d'un loyer à verser pendant vos vieux jours.

A 50 ans, en revanche, vous sentez tout le poids du gel de l'AMO (et de son décrochage avant son gel total). Vous avez peut-être les études des enfants à financer, ou leur installation à aider. Et vous commencez à songer à sécuriser vos avoir pour ne pas partir en retraite pendant un krach financier ou immobilier.

25 ans, 30-50 ans, 50-67 ans, puis retraite : quel besoins, quelles stratégies ? C'est tout l'objet de ma dernière formation en ligne : "Jeux et stratégie" (70 € au lieu de 90 jusqu'au 28/10/22).


Je vous y donne les outils qui permettent d'établir votre diagnostic, puis d'agir en faisant appel aux professionnels quand il le faut. Mais avant cela, il faut découvrir l'énorme éventail des possibilités qui s'offrent à vous.

L'Etat nous traite en adultes partiellement responsables, alors qu'il a infantilisé les salariés en leur confisquant le choix de leur protection sociale. Il est étonnant qu'un salarié à 2850 € accepte de travailler davantage pour l'Etat que pour lui. Bien sûr, on l'endort en lui parlant de salaire différé.

Il ne faudrait pas qu'il se révolte. Mais il y a tellement de redistribution dans les charges sociales (notamment de la part des actifs vers les baby boomers qui se sont voté des privilèges exorbitants) qu'il s'agit bel et bien de dispositifs solidaires proches de l'impôt sur le revenu.

A notre petit niveau, nous le voyons bien quand nous regardons les bilans de la CARPIMKO : une partie importante de nos cotisations sort pour financer les retraités d'autres professions. Les vieux notaires, par exemple.

Quant à l'URSSAF, elle nous prélève des allocations familiales même si nous n'avons ni enfants, ni APL. Elle nous ponctionne aussi une cotisation au chômage (dans la CSG), dont nous n'avons pas besoin. Sans parler de sa CFP qui finance les formations labellisées "FIF-PL", même si nous nous formons avec le DPC et nos lectures. Le concept de salaire différé est donc au minimum un abus de langage ; au pire : une escroquerie intellectuelle.

Profitons donc pleinement de la liberté qu'on nous laisse ! C'est l'un des grands bonheurs de l'exercice libéral.