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mercredi 2 octobre 2024

Avantage social vieillesse de la Carpimko = peanuts ?


L'avantage social vieillesse (ASV) est notre troisième régime de retraite : il a été inventé après le régime de base et le régime complémentaire. On nous parle d' "avantage" parce que la sécu y cotise aussi pour nous.
 

Elle y cotise même plus que nous :

  • elle paie 2/3 de la cotisation forfaitaire à l'ASV (657 € pour tous cette année)
  • elle paie 60 % de la cotisation proportionnelle (0,4 % des revenus conventionnés).
C'est très gentil. Encore un avantage conventionnel, à côté de la grosse réduction d'Urssaf sur les revenus conventionnés.


Mais ne nous emballons pas. Voici ce que ça représente dans la pension des retraités actuels :
 

source : Carpimko


 

Prenons le cas des ex-orthophonistes :  

  • 1 684 € d'ASV sur 12 263 € de pension annuelle brute
  • en net par mois : 134 € sur 975 €
  • l'ASV ne représente donc que 14 % du total.

 

Vous allez rire : ce sera encore moins pour vous.


Les retraités actuels bénéficient d'un ASV 1ère génération, celui d'avant la réforme cataclysmique de 2008 qui a divisé la valeur du point par deux. Il faut dire que ce régime filait tout droit vers la faillite. Il n'avait plus que quelques mois de réserve.
 
Vous, vous aurez accumulé bien plus de points post-2008, voire uniquement ça. Des mini-points. Mais bon, comme toujours, la génération des baby-boomers conserve ses privilèges grâce à son poids politique. Et puis la clause du grand-père fait toujours mieux avaler une réforme impopulaire.

Quoi qu'il en soit, pour vous l'ASV sera probablement anecdotique.
 

Fun fact

Au passage, vous aurez remarqué que la pension moyenne des ex-orthophonistes libérales se situe sous le minimum vieillesse (qu'on appelle "ASPA" actuellement) : 975 € contre 1012. C'est dû aux carrières hachées. On peut donc espérer que nos anciennes collègues ont aussi une pension d'autres emplois salariés, en plus de leurs maigres 975 €.

Mais revenons à l'ASV.
 

Chez les médecins, c'est un autre monde :

 
source : CARMF


33 % pour eux, 14 pour nous. Une fois de plus, c'est une leçon de modestie pour les paramédicaux. La sécu cofinance bien plus la retraite des médecins que la nôtre. 
 
Notre ASV est plus symbolique qu'autre chose : c'est un régime-nain appelé à rabougrir encore plus.
 
Nous n'irions pas pleurer si la Carpimko l'éteignait progressivement. Mais méfiance : les autorités de tutelles seraient capables de continuer à percevoir la cotisation pour financer autre chose. Elles l'ont déjà fait pour la vignette automobile.



En fait, notre véritable avantage conventionnel reste dans l'Urssaf : 0,1 % de cotisation à l'assurance maladie sur les revenus conventionnés, contre 9,7 sur les revenus non conventionnés. Là, on peut parler de niche sociale. Le reste n'est (quasiment) que littérature.

lundi 1 juillet 2024

Avis Carpimko : que veulent dire les "points" ?

Dans l'article précédent, je vous ai fait un tuto pour comprendre votre avis de Carpimko. Suite à cela, un collègue m'a demandé :

"La semaine dernière, tu expliquais clairement l'avis d'appel des cotisations de la Carpimko et ça y est, j'ai enfin compris ce drôle de papier que j'imprimais tous les ans et parcourais vaguement depuis quelques années !!

En revanche, je ne comprends toujours pas les "points" qui sont indiqués sur ce même document. Est-ce qu'il te serait possible de faire un petit "point" dessus[...] :) ?"

Effectivement, il y a des indications de points :

Fun fact : elles sont grisées comme si rien n'était sûr.

Je ne vais pas vous faire fumer le cerveau, mais expliquons rapidement les choses.

Déjà, il y a une logique : nous payons 6 cotisations retraite. Chacune nous attribue des points. Plus on travaille, plus on accumule de points, mais c'est plus une courbe logarithmique que linéaire (comme les cotisations).

Le jour où vous prendrez votre retraite, la Carpimko regardera combien de points vous avez cumulé en tout et elle traduira ça en euros bruts. Ensuite elle prélèvera les cotisations sociales pour calculer votre pension nette.

Evidemment, pour faire compliqué, les points de chaque régime n'ont pas le même montant. Prenez votre avis 2024 et multipliez vos points par leur valeur pour savoir combien d'euros vous avez cumulé en un an :
  • Régime de base : 1 point = 0,6399 € cette année. Donc si un retraité a cumulé 10 000 points pendant sa carrière, le régime de base lui verse 10 000 x 0,6399 = 6399 € bruts par an.
  • Régime complémentaire : 1 point = 20,88 €. Donc évidemment, on nous donne beaucoup moins de points que dans le régime de base.
  • ASV : 1 point = 1,47 € s'il a été acquis avant la catastrophe de 2008 (effondrement de ce régime).
Prenons maintenant ligne par ligne :
  • Régime de base, tranche 1 : vous cumulez 525 points à partir de 46 368 euros de revenu (BNC + Madelin + PER). Donc si vous gagnez par exemple la moitié, vous cumulez 525 / 2 = 263 points. Plus ça va, moins vous cumulez de points, à revenu constant. C'est une réforme des retraite annuelle, rampante, incidieuse.
  • Régime de base, tranche 2 : très anecdotique. 25 points maxi pour un revenu de 231 840 € (vous avez bien lu). En fait cette tranche est plus de l'argent perdu qu'autre chose.
  • Régime complémentaire, cotisation forfaitaire (2176 € pour tous) : 8 points.
  • Régime complémentaire, cotisation proportionnelle aux revenus : 22 points maxi, si vous atteignez 203 446 € de revenu.
  • ASV, cotisation forfaitaire (219 € pour tous) : 24,5 points. C'était quasiment le double avant 2008, avec une cotisation trois fois moins chère ! Comment avoir confiance après ça ?
  • ASV, cotisation proportionnelle aux revenus : (Revenu x 0,4%) / (219 x 3) x 24,5.
Je vous mets un tableau sur le groupe des Clés pour transformer les points de vos avis en euros nets et pour projeter ça sur 43 ans. Attention, les points ne sont que des promesses de retraite. Depuis l'effondrement de l'ASV en 2008, puis la crise grecque de 2011, je me dis que tout est possible. Un Etat qui fait n'importe quoi ne peut pas affirmer que ses points de retraites sont solides comme le roc.

vendredi 28 juin 2024

Comprendre son avis Carpimko

 
 
 

"Je n’y comprends rien comme d’habitude, à part que je vais payer plus."

 
Cette phrase d'une collègue m'a marqué cette semaine. Elle évoquait son avis de Carpimko. Alors je me suis dit que j'allais faire un tuto pour traduire cet avis en français courant. Merci à la collègue qui m'a confié son avis 2024 : je n'ai pas le mien parce que je pense remplir ma déclaration ce soir.

Vous pouvez stocker ce tuto pour l'an prochain. Et si vous comprenez déjà tout à votre avis de Carpimko, vous pouvez passer sans hésiter à la section suivante de ce mail.

Commençons par une vue d'ensemble :


On voit qu'il y a 4 régimes :
  • Régime de base : 2 cotisations en haut, 2 cotisations plus bas parce que c'est le seul régime qui pratique des acomptes (ce qu'ils appellent "régime de base provisionnel) et des régularisations, comme à l'Urssaf et avec l'impôt sur le revenu.
  • Régime complémentaire : 2 cotisations.
  • Avantage social vieillesse : idem
  • Régime invalidité décès : 1 seule cotisation, qui a pris +19 % sans coup férir cette année.
Donc 4 régimes, 7 cotisations, 16 lignes.


Trop tard, je continue.
 
C'est parti pour le "ligne par ligne", ou au moins "paragraphe par paragraphe" :


 
Ici la Carpimko estime que la collègue va gagner 40 964 € cette année (bénéfice + assurances Madelin + PER), comme l'an dernier. Le régime de base va lui prendre
8,23 % + 1,87 % de ce revenu, donc 3 371 + 766 €
.


 
Rien à voir avec le régime de base, mais ça fait mal quand même. Pour ce régime, la Carpimko annonce d'abord qu'elle prend 2 176 € à la collègue. C'est le même prix pour tous. Ensuite elle prend 3 % de tout ce qui dépasse 25 246 € dans le revenu 2023.
Pour la collègue : (40964 - 25246) x 3 % = 471 €.



 
Là c'est moins cher. Ce régime est réservé aux revenus conventionnés parce que la sécu y cotise plus que nous. Mais les montants sont si bas que ça aboutit à des clopinettes à 67 ans, contrairement à ce qui se passe à la CARMF pour nos seigneurs et maîtres les médecins. Facture : 219 € pour tous, puis 0,16 % du revenu de 2022 (44 €).



 
Simple, basique : 1 022 € pour tous. Le cap des 1000 € a été irrémédiablement franchi cette année avec la hausse de 19 %.



 
On pourrait s'arrêter là. Mais ce serait trop simple, on risquerait d'avoir compris ! En fait les histoires d'acomptes et de régularisation viennent compliquer les choses.



 
Cette partie n'a rien à voir avec les autres. Elle mériterait d'être encadrée, imprimée en vers, entourée d'espaces, enfin à part. Mais là aussi, ce serait trop facile à lire. Allez je vous mets la suite en rouge.
Ces 5 lignes concernent le régime de base de l'an dernier. Maintenant que la Carpimko connaît le revenu de la collègue, elle constate qu'en fait il manquait 881 €. Elle a plus travaillé en 2023 qu'en 2022, donc on vient lui rechercher 10,1 % du surplus
(8,23 % + 1,87 %).
 



Ici on additionne le total de 2024 (calculé plus haut) avec la régularisation 2023 :
8069 + 881 = 8 950 €. Il manque "s'il vous plaît".



 
Ici, on rappelle à la collègue qu'elle a déjà payé 3 275 € depuis janvier 2024. Donc elle doit encore 8 950 - 3 275 = 5 675 €, qui vont être étalés jusqu'en novembre sur l'échéancier du haut de la page 2.

Ensuite on lui annonce l'échéancier de 2025 qui sera forcément faux :
  • la Carpimko aggravera son barème en janvier ;
  • la collègue ne gagne pas exactement la même chose tous les ans.
Et puis la Carpimko finit en menaçant notre collègue : pénalité si elle paie par chèque, autres pénalités si elle règle en retard. Là on est loin du pays des Bisounours solidaires et bienveillants. Cependant, on ne la menace pas de lui envoyer les huissiers au cas où elle chercherait à résilier (c'est juste évident : on est en France).

Voilà. J'espère ne pas vous avoir endormi(e). Sinon je vous envoie Minouche.
 
 
Je ne vous dirai pas "en fait c'est simple, vous voyez bien". Ce système est le résultat de strates qui sont venues s'ajouter les unes aux autres entre la fin de la guerre et les années 80. Puis chaque chaque décennie a vu au moins une réforme de telle ou telle strate. Aujourd'hui, la Carpimko n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était quand elle m'a embrigadé (en 1992).

On se retrouve avec une usine à gaz, comme à l'Urssaf et avec l'impôt sur le revenu. Je n'ai pas mis mon nez là-dedans par masochisme, mais dans l'état d'esprit de celui qui attaque un Sudoku. A la base je voulais comprendre pour coder mon appli Carpimko pour iPhone et Android (qui n'est plus mise à jour parce que des simulateurs officiels existent).


Pourquoi s'embêter avec ça ?


Question judicieuse, je me remercie de l'avoir posée (quel melon hein) : après tout, il faut payer, on n'a aucun levier contre ça. Alors pourquoi dépenser de l'énergie mentale pour chercher à comprendre ?

Déjà, je détesterais qu'on me prenne l'équivalent d'une Dacia Sandero par an sans que je sache pourquoi.


Je veux bien offrir cette merveilleuse voiture roumaine à nos anciens, mais en comprenant la mécanique, ne serait-ce que pour savoir combien on va me ponctionner si je travaille plus ou si je réduis mon activité.

Pour bien piloter sa barque, il faut aussi savoir à quel moment tombera la sanction si on décide de soigner plus de gens ou de fabriquer des revenus pro annexes. Comme on l'a vu, les quatre régimes ne se comportent pas de la même manière sur ce plan. Le plus dangereux est le régime de base, piloté par la Cnavpl dont la Carpimko est membre. Notez en passant que c'est ce régime qui finance les vieux notaires, entre autres métiers à la pyramide des âges dégradée.

Restent trois questions :
  • Est-ce que ça augmentera même si je gagne exactement la même chose que l'an dernier ? 👉 Oui, parce que les cotisations indépendantes des revenus augmentent chaque année de manière démentielle et parce qu'une grosse du régime complémentaire a été annoncée. Il faut bien financer les nouvelles dépenses que la Carpimko a mises en place cette année.
  • Faut-il faire confiance aux camarades syndicalistes qui cogèrent la Carpimko ? 👉 Oui, si on a les mêmes opinions pro-retraite par répartition qu'elles. Pour les connaître, je vous renvoie à la newsletter de jeudi dernier.
  • Que peut-on faire si on n'a pas les mêmes opinions qu'elles ? 👉 Pas grand-chose : on ne peut pas faire changer d'avis des militants. S'ils militent, c'est parce qu'ils sont sûrs d'être dans la vrai. Et quand en plus il y ajoutent des arguments moralisateurs, vous savez que c'est fichu d'avance. S'ajoute à cela le rôle des autorités de tutelles qui pensent la même chose.
Il ne nous reste que la compréhension du système, le droit de vote et l'auto-assurance. La Carpimko ne rafle pas encore toutes nos capacités d'épargne, même si elle tend à le faire. La réforme Delevoye, qui allait transformer les caisses de retraite des indépendants en Gargantua, est morte du Covid. C'était tout ce qu'elle méritait.


On peut donc encore forger un second pilier, comme disent les Suisses. C'est pour ça que je parle inlassablement du vaste éventail de solutions (immo, prévoyance, livrets, assurance vie, PEA, défiscalisation...) depuis l'ouverture de mon blog en 2008. Il faut aussi comprendre ce système-là quand on se défie du système des collègues bienveillantes qui veulent faire notre bien à notre place. Mais qui font surtout le bien des retraités actuels qui ont moins cotisé que nous.

 

vendredi 22 décembre 2023

Ma lettre au Père Noël


Cela fait maintenant quatre ans que j'envoie ma lettre au Père Noël dans ma newsletter (cliquez ici pour vous abonner). Cette année je la mets ici aussi, pour les non-abonnés.

Mes parents, très cartésiens, n'ont jamais voulu que je croie à ce brave Finlandais quand j'étais petit. Alors maintenant que je suis moins petit, je me rattrape. J'espère que vous partagez une partie de ce qui y est écrit :


Cher Père Noël,

Les auxiliaires médicaux ont été bien sages, cette année encore.
Nous avons subi les énièmes hausses délirantes de la Carpimko sans broncher :

  • +11 % sur le régime invalidité décès
  • + 5 % sur la cotisation forfaitaire du régime complémentaire
  • +7 % sur le seuil du bonheur et encore +5 % pour l'an prochain : à 46 368 euros, ce seuil merveilleux devient de plus en plus hors d'atteinte pour les orthophonistes et les orthoptistes...
Et tout ça en attribuant moins de points de retraite, à revenu constant. Or, notre revenu tend même à baisser puisque les dépenses du cabinet évoluent beaucoup plus vite que nos tarifs.

Tu sais tout ça, cher Père Noël. Tu as vu à quel point nous étions stoïques. Mais tu ignores peut-être que la Carpimko nous concocte une nouvelle réforme du régime complémentaire qui visera à décourager le travail, en s'en prenant massivement à ceux qui ont le malheur de soigner beaucoup de patients. Les balles dans le pied, c'est très français.

Là aussi, nous avons été très sages : quand ça s'est su, nous n'avons pas bronché.

C'est peut-être pour ça que ton concurrent, le bon Dr Braun, nous a concédé gentiment des hausses tarifaires qui paraissaient impossibles en 2022. Qui aurait parié là-dessus ?

Ce bon Dr Braun a été éjecté de son poste. Son successeur, M. Rousseau, vient aussi de claquer la porte. Et notre nouvelle ministre, Mme Firmin-Le Bodo, est ciblée par une enquête judiciaire pour une histoire de cadeaux d'Urgo. Pourtant tout le monde le sait : les cadeaux, ce n'est pas Urgo qui les distribue. Et d'ailleurs, que ferions-nous d'un stock de pansements et de traitements contre les durillons ?

Les cadeaux doivent rester ton monopole, cher Père Noël. Nous sommes tous derrière toi. D'autant que les ministres de la Santé ont manifestement d'autres chats à fouetter et jouent un peu trop au jeu de la chaise musicale. C'est pitoyable, on se croirait sous la IVe République.

Cher Père Noël, je sais que ton usine de cadeaux peine encore face à l'inflation dopée par le méchant Vladimir. Les médecins négocient encore leur convention, alors je sais que tu les combleras bien plus que nous, comme toujours. Déjà le mois dernier, le C a pris 6 %. L'AMO, lui, prendra 4 % le 26 janvier après un blocage administratif de six mois.
Déjà en 2017, la consultation des généralistes avait pris 9 % alors que nous avions accepté gentiment le gel de l'AMO, de l'AMK, de l'AMI et de l'AMY.

Mais les médecins méritent amplement ce traitement de faveur : ils ont fait 10 ans d'études et des gardes de 24h sans dormir. Je n'aurai donc pas l'outrecuidance d'exiger les 2 % qui nous manquent par rapport à eux, cher Père Noël. A tout seigneur tout honneur. Cette année, je ne te demanderai que quelques cadeaux qui ne te coûteront pas cher :
  • L'interdiction claire, écrite dans la loi, des "petits bilans" pour l'Education nationale et les MDPH.
  • La disparition de tous les mini-forfaits, y compris le FAMI, qui nous ont instillé une charge mentale complètement inutile avec leurs conditions ubuesques et néanmoins mouvantes qu'il faut apprendre par cœur ; cet argent pourrait être reporté sur la lettre-clé, ou à la rigueur sur des hausses de cotations si tu y tiens (mais tu sais que je suis pour la cotation unique, cher Père Noël).
  • La disparition du principe de l'extrapolation des indus, qui fait de nous des margoulins compulsifs officiellement reconnus.
  • La fin de la double prise en charge : que la sécu récupère directement l'argent auprès des CMPP, des IME, des EHPAD et autres SESSAD. Ca ne devrait pas être notre affaire, d'autant que certains parents nous cachent le fait que leur enfant est suivi dans l'un de ces centres problématiques.
  • La disparition du FIF-PL et des URPS, ainsi que des cotisations Urssaf afférentes.
  • Peut-être le plus dur : l'arrivée à la tête de la Carpimko de gens épris de liberté, qui ne croiraient plus à la pyramide de Ponzi de 1945 et qui arrêteraient de siphonner nos capacités d'épargne au nom de la solidarité avec les boomers. Qu'ils comprennent enfin que nous sommes des indépendants ! Nous ne sommes pas de petites choses fragiles dont Papa-Etat doit s'occuper parce qu'elles ne savent pas ce qui est bon pour elles-mêmes.
En fait (ou plutôt "en vrai", comme on dit en 2023) je ne te demande pas grand-chose, cher Père Noël : même pas une nouvelle négociation conventionnelle, parce que je sais qu'on est probablement reparti pour cinq ans de vide, comme d'habitude.

Je te demande juste un peu de dé-soviétisation de nos métiers. Je place tous mes espoirs en toi et te remercie à l'avance.

Bon courage pour dimanche soir !


Ton Guillaume qui t'aime tendrement.

mardi 19 décembre 2023

PER : la solution pour tuer l'impôt ?

 

En cette fin d'année, il peut être tentant de faire un gros apport ponctuel sur son plan d'épargne retraite (PER) pour réduire son impôt sur le revenu.

Rappelons d'emblée que ça ne fera pas du tout baisser vos charges sociales. C'est purement fiscal.

Quelle sera la baisse d'impôt ?

Tout dépend de votre tranche marginale d'imposition. Si vous êtes dans la tranche à 30 % comme beaucoup de paramédicaux, un apport de 1000 € avant le 31 décembre fera baisser votre impôt de 300 €. Le fisc ne l'apprendra qu'en juin de l'année suivante, mais il régularisera dans le bon sens.

Vous trouverez votre taux à la fin de votre avis d'imposition :

Si vous êtes dans la tranche à 11 %, c'est évidemment beaucoup moins intéressant. Il y a des solutions de défiscalisation plus puissantes dans ce cas : Sofica, FIP, FCPI, SCPI Malraux... Et pour l'épargne de long terme il y a le PEA et l'assurance vie, la tontine, les contrats de capitalisation...

2035 ou 2042 ?

Si vous avez vraiment fait une excellente année et que le PER vous attire, vous pouvez dépasser le plafond annuel en utilisant les plafonds non utilisés pendant les années précédentes. Vous trouverez l'info sur la dernière page de votre avis d'imposition :

Pour ce faire, il faut déduire le PER sur la déclaration perso (la 2042), au lieu de la 2035. Mais si vous n'avez pas d'anciens plafonds à utiliser, il vaut mieux passer par la 2035 :

  • Votre revenu pro sera plus bas et ça peut vous donner accès à certaines prestations sociales.
  • Les plafonds annuels sont plus hauts quand on passe par la 2035. Ce sont les plafonds de l'ancien Madelin retraite, alors que sur la 2042 ce sont ceux de l'ancien PERP (voir cet article). Le PER de Bruno le Maire a remplacé ces deux dispositifs à la fois.

Le triple effet Kiss Cool du PER

Non seulement cet apport fera baisser votre douloureuse l'an prochain, mais en plus cet argent pourra être libéré avant la retraite si vous achetez votre résidence principale ! Jamais le Madelin retraite n'a permis ça.

Rappelons aussi que vous pourrez reprendre votre argent sous forme de capital, et pas forcément sous la forme d'une rente viagère. La rente obligatoire était l'énorme inconvénient du Madelin. Vous ne pouviez y échapper qu'en ayant un mini-contrat, avec quasiment pas d'argent dessus. Mais à quoi bon...

Mieux encore : en cas de gros pépin (ex : une invalidité) avant la retraite, vous pouvez récupérer l'argent du PER sans subir la fiscalité habituelle ! Le PER est une prévoyance qui s'ignore (voir cet article).

Est-ce la panacée ?

La panacée n'existe pas, en matière d'impôt. En général, quand vous avez une niche fiscale, il y a un loup quelque part.


  • L'argent va dans une autre poche que la vôtre parce qu'on vous fait acheter un bien surestimé (ex : certains biens immobiliers Pinel ou Bouvard-Censi).
  • L'argent part dans des montages fiscaux complexes que le fisc aime démonter s'il le peut (ex : le Girardin industriel).
  • On vous fait prendre des risques que vous n'auriez pas pris autrement, avec des contrats gavés de frais (ex : les FCPI).
  • L'Etat vous attire artificiellement vers des placements au rendement atone (ex : les groupements forestiers).

Alors où est le loup dans le cas du PER ?

Il  est dans la récupération de l'avantage fiscal.

Reprenons l'exemple des 1000 € apportés cette année et des 300 € d'impôt gagnés. Si vous récupérez vos 1000 € en 2050 et que vous êtes toujours dans la tranche à 30 %, le fisc vous reprendra 300 € ! Et si vous avez perçu des intérêts, il les taxera aussi.

Pire : si vous atteignez la tranche à 41 % en 2050, l'Etat vous reprendra 410 € au lieu de 300.

En fait l'Etat vous attend au tournant. Le seul moyen de sortir gagnant d'un PER, c'est de descendre d'une tranche ou deux lors de son départ en retraite. Si vous descendez dans la tranche à 11 %, le fisc ne vous reprendra que 110 € en 2050, au lieu de 300.

Le PER est un pari sur l'appauvrissement qui vous guette pendant vos vieux jours. Les assureurs mettent en avant le fait qu'il est fort probable que cela vous arrive.

Mais si vous êtes actuellement dans la tranche à 11 % grâce à vos enfants et à un conjoint qui gagne mal sa vie, il est tout à fait possible que vous finissiez à 30 % à 70 ans. Dans ce cas de figure, l'Etat sera le gagnant du pari-PER.

Et en cas de stagnation ?

 
Si vous ne changez pas de tranche, le fisc reprendra ce qu'il vous aura donné.

Il y a deux manières de voir ça.

Manière optimiste : pendant ce temps, vous aurez pu épargner une partie de vos impôts, au lieu de les voir partir dans le tonneau des Danaïdes. Et 300 € de 2023 ne sont pas 300 € de 2060.

Manière pessimiste : c'est un coup d'épée dans l'eau. Et puis on n'a aucune idée du barème d'imposition de 2060 ou 2080. Le barème actuel n'a d'ailleurs rien à voir avec celui du début des années 2000. Les politiques sont joueurs.

Que faire ?


 Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine, donc je ne peux que vous décrire mon angle de vue. Un CGP pourrait analyser vos besoins et vos stratégies, puis vous conseiller plus précisément.

Je fais des apports ponctuels sur mon PER parce que je suis dans un cas de figure qui s'y prête :

  • J'ai 53 ans. Je commence à avoir une idée de ma situation et de celle de l'Etat pour le jour de mes 67 ans. Dans les années 90, j'excluais totalement l'idée d'un Madelin retraite.
  • Je suis dans la tranche à 41 %. Je peux miser sur une stagnation de mon imposition, ou plus probablement une descente dans la tranche à 30.
  • Je ne mise pas sur ce seul cheval pour réduire ma facture fiscale, ni pour bâtir une vraie retraite à côté de celle de la Carpimko.

Miser, d'accord, mais sur quels fonds du PER ?

Ici encore, il n'y a pas de réponse universelle. Si vous avez beaucoup de temps devant vous et que votre estomac est bien accroché, les actions offrent traditionnellement un meilleur rendement que le reste. 

Dans un PER, les actions sont généralement incluses dans des SICAV ou des fonds communs de placement. Plus rarement, les PER donnent accès à des ETF (appelés aussi "trackers") : des fonds qui se contentent de suivre un indice boursier. 

Quand je n'y connaissais rien, je n'utilisais qu'un ETF, qui était basé sur l'indice mondial : le MSCI World. Sur le long terme, les bourses montent parce que l'économie se développe. Donc je pensais que j'allais suivre, et c'est ce qui s'est passé. J'ai mis ce type d'ETF dans mon PEA, puis dans mon PER.

Mais si vous voulez sécuriser votre capital en renonçant au rendement des actions, vous pouvez miser sur le fonds en euros de votre PER.

Entre les deux, il y a le risque mesuré : les SICAV obligataires et les fonds immobiliers (qui font grise mine cette année), si votre PER en propose. C'est le cas de Linxea Spirit, par exemple.

Ca devient compliqué...

Oui. M'enfin ce n'est pas non plus réservé aux Polytechniciens.

Comme toujours en matière d'épargne, il y a trois méthodes :

  • Se méfier de tout de tout le monde tout en rejetant le système, donc ne rien faire ; puis découvrir à 67 ans que la Carpimko n'est qu'une peau de chagrin.
  • Préparer l'avenir en refusant de s'en occuper, donc déléguer à des conseillers qui vivront sur les frais... et le rendement.
  • Apprendre, ne serait-ce que pour comprendre les propositions des conseillers (exemple pris au hasard : apprendre avec ma formation sur le PER).

jeudi 24 août 2023

URSSAF vs CARPIMKO vs Fisc en 2023 : partie 1

 

Quel est le plus vorace parmi nos trois taxmen ? Lequel encourage le plus le travail ? Lequel est le plus juste ? Comment évoluent-ils ?

J'ai donc lancé mon fidèle tableur pour calculer la ponction de l'Urssaf et de la Carpimko sur une orthophoniste au revenu moyen de 2022 ; puis sur une collègue qui gagne deux fois le revenu moyen (il y en a). 

Cette première partie s'intéresse aux charges sociales. Dans la seconde partie, j'inclurai l'impôt sur le revenu dans l'équation.

Voici les résultats, en partant du principe qu'elles ne perçoivent que des revenus conventionnés :


Les 14 ponctions sociales sur le revenu moyen des orthophonistes (source : FNAGA)



Ponctions à 2 fois le revenu moyen des orthophonistes, avec un peu plus de Madelin et de PER comme c'est généralement le cas


D'emblée on peut répondre à la première question, celle de la voracité. 


Rare image de la Carpimko en pleine action...

Si vous êtes au revenu moyen, la Carpimko vous en prend 23 % et l'Urssaf 14. C'est surtout dû aux taxes forfaitaires, indépendantes du revenu. Avant de gagner votre vie, vous devez d'ores et déjà 3017 € incompressibles à votre caisse de retraite et de prévoyance. L'Urssaf, elle, n'a que 110 € forfaitaires.

Notons que ce décalage sinistre s'aggrave tous les ans : la Carpimko augmente sans cesse ses taxes forfaitaires sans tenir compte de l'inflation ; et encore moins de l'évolution de nos tarifs, bien sûr.

 



 

En revanche, si vous gagnez deux fois le revenu moyen, les deux organismes s'équilibrent. Chacun vous prend autour de 16 %. C'est dû à trois éléments : L'Urssaf se met à vous faire payer des allocations familiales, qui sont devenues une sorte d'impôt progressif sous la présidence Hollande.

Les 3017 € incompressibles de la Carpimko pèsent beaucoup moins en proportion, puisqu'ils ne bougent pas quand on double son revenu.

Le régime de base de la Carpimko ne prend que 1,87 % de tout ce qui dépasse 43 992 € de revenu (le seuil du bonheur), alors qu'il prend 10,1% de tout ce qui est en-dessous. 

En résumé : la Carpimko est très vorace sur le revenu moyen. Mais si vous décidez de travailler davantage, elle deviendra plus magnanime, passant de 23 à 16 %. L'Urssaf, elle, est plus linéaire. Quand vous doublez votre revenu, elle passe de 14 à 16 % à cause des allocations familiales.

Attention, néanmoins : la Carpimko réhausse le seuil du bonheur chaque année. Un jour, plus personne ne pourra l'atteindre. C'est d'ailleurs un moyen masqué de nous attribuer moins de points de retraite. Chaque point nous coûte plus cher chaque année.

Qui nous encourage à travailler ?



Pour le plaisir, j'ai aussi regardé à 3 fois le revenu moyen, même si quasiment aucun orthophoniste n'y parvient.

Dans ce cas de figure, l'Urssaf continue à prendre 16 %. Mais la Carpimko descend à 12 ! La pression de la caisse de retraite est donc quasiment divisée par deux, par rapport à celle qui s'exerce sur la collègue qui gagne juste 27 550 euros.

C'est vraiment surprenant quand on s'en aperçoit, parce que les prélèvements à taux dégressif sont rares en France.

Rassurez-vous, seul le taux baisse : la Carpimko vous prendra toujours plus d'argent si vous travaillez plus. Mais elle vous incite clairement à travailler davantage, parce qu'une fois que vous franchirez le seuil du bonheur (43 992 euros) elle vous laissera beaucoup plus libre de fabriquer votre retraite et votre prévoyance par vous-même.

Quel est l'organisme le plus juste ?




Bien sûr, cette question n'a pas de réponse absolue. Tout dépend de vos convictions politico-philosophiques. Amusons-nous à sortir des arguments et à les démolir immédiatement. J'adore ce type d'exercice parce que c'est un vaccin contre les deux extrémismes.

L'Urssaf est beaucoup plus juste avec son taux quasiment fixe.
MAIS la TVA et la flat tax sont injustes parce qu'elles ont le même taux pour tout le monde. Il faut prendre plus à ceux qui travaillent plus, en valeur absolue ET en pourcentage.

La Carpimko a un système dégressif scandaleux et elle fait reposer la retraite des gros travailleurs sur la retraite par capitalisation, qui est aussi un principe détestable.
MAIS elle nous laisse un espace de liberté dont l'Urssaf nous prive.

L'Urssaf est injuste parce qu'elle nous force à payer les URPS, qui sont des sortes de syndicats corporatistes et obligatoires dont personne n'a jamais demandé la création.
MAIS les URPS paient la liste d'attente commune et elles servent de courroie de transmission avec les ARS.




L'Urssaf est injuste parce que les allocations familiales sont devenues un impôt doublement progressif : plus on travaille, plus on y cotise, mais moins on reçoit.
MAIS c'est ça, le système équitable et solidaire : prendre davantage à ceux qui travaillent beaucoup, pour donner plus aux autres. La redistribution est la base du contrat social. Sans ça, on aurait encore plus d'émeutes.

L'Urssaf est injuste parce qu'elle nous force à cotiser au FIF-PL, même si nous nous formons autrement.
MAIS personne ne nous interdit de récupérer notre mise en faisant au moins une formation FIF-PL par an.

La Carpimko est injuste parce qu'elle augmente ses ponctions forfaitaires tous les ans de manière sidérante : +11 % cette année sur le régime invalidité-décès, par exemple !
MAIS elle a des contraintes budgétaires. Puisque ses dépenses augmentent et que personne n'envisage de limiter son périmètre, il faut bien qu'elle puise dans nos poches. Les collectivités locales ont la même attitude avec la taxe foncière, après tout.

L'Urssaf est injuste parce que l'assiette de la CSG et de la CRDS inclut les cotisations sociales : on paie des charges sur des charges !

MAIS c'est pour nous aligner sur les salariés, qui paient la CSG sur le salaire brut. Et puis c'est la même chose avec la TVA sur la TICPE (taxe sur l'essence), dont personne ne conteste le principe.




La Carpimko est plus juste parce que chaque cotisation attribue des droits. Et plus on cotise, plus on a de droits. A l'Urssaf, on peut payer des allocations familiales sans avoir droit à quoi que ce soit. Et pourquoi paie-t-on son URPS plus cher parce qu'on travaille plus ? Est-on averti de ses actions indispensables avant les autres ? Tout ça est révoltant.

MAIS l'Urssaf a une politique redistributive (avec cet adjectif magique vous faites immédiatement passer les récalcitrants pour de sombres égoïstes). Fermez le ban.

Voilà pour ces quelques réflexions sur l'Urssaf et la Carpimko, assorties de réponses de Normand. En même temps c'est cohérent, venant d'un pur Normand.




Chacun a son opinion sur ces deux organismes. Certains considèrent qu'il faudrait aggraver la pression sur les autres pour alléger la leur. 

D'autres trouvent que tout est normal et que ce système, bien que perfectible, est foncièrement juste parce qu'issu des conceptions du Conseil national de la Résistance. C'est l'opinion mainstream. Le CNR, c'est un peu comme la Justice. On n'a pas le droit de contester ses décisions.

Et puis il y en a encore d'autres qui voudraient plus de liberté et de concurrence (si possible européenne), avec une mise à plat complète du système qui date d'une époque où le pays n'avait rien à voir avec ce qu'il est devenu, 80 ans plus tard. Au moins en ce qui concerne les travailleurs indépendants. Des gens libres et responsables d'eux-mêmes. Pourquoi voudrions-nous rapprocher toujours davantage notre système social de celui des salariés ? 

Comme dit Freddie :



Dans la seconde partie, j'inclurai l'impôt sur le revenu et la défiscalisation dans l'équation. Il nous faut une vue d'ensemble du système, pour prendre les meilleures décisions.

lundi 2 mai 2022

CARPIMKO : mon amie de 30 ans - On fait le bilan !

 


C'est souvent en regardant les évolutions sur le long terme qu'on identifie les tendances de fond.

En début d'année, quand la CARPIMKO publie son barème, je vous fais souvent part du pourcentage de hausse que cela représente. Mais je le fais d'une année sur l'autre. Aujourd'hui, je vais le faire sur 30 ans grâce à un papier que j'ai retrouvé dans mes archives.

Pour mémoire, la CARPIMKO nous prélève 7 cotisations :

  • 2 pour le régime de base, qui sont les mêmes pour toutes les professions libérales sauf les avocats
  • 2 pour le régime complémentaire, en forte hausse tous les ans
  • 2 pour le régime des praticiens conventionnés
  • 1 pour le régime invalidité-décès, en forte hausse cette année

Voici l'état des lieux que m'avait envoyé la CARPIMKO en 1992 :


A l'époque, le système nous poussait clairement à travailler : quel que soit notre revenu, le total était de 16 220 F, soit 2 473 €, ou 3 697 € actuels (source : https://www.insee.fr/fr/information/2417794).

Nous pouvions cotiser davantage si nous le souhaitions, en optant pour les "classes" C à F. Mais c'était facultatif. 

Je m'étais bien gardé de faire confiance à la CARPIMKO en lui donnant volontairement une partie de mes revenus. Le livre blanc de Michel Rocard (voir ici) était paru l'année précédente. 

 

 

M. Rocard montrait bien que le système de retraite par répartition allait au-devant de grands dangers à cause de l'évolution démographique du pays et de son apathie économique.

Malheureusement, quelques mois plus tard, le facultatif est devenu obligatoire. Puis chaque régime a été réformé, au fur et à mesure ; avec à chaque fois une aggravation des conditions pour les cotisants. Mais l'honneur était sauf : on ne baissait pas les pensions des retraités. La solidarité intergénérationnelle fonctionne à sens unique.

Où en sommes-nous, 30 ans plus tard ?

J'ai voulu le savoir précisément.

Puisque la cotisation est maintenant liée aux revenus, j'ai cherché à savoir quelle évolution nous subissions à 30 000, 45 000 et 60 000 € de bénéfice :


Comme vous le voyez dans la ligne rouge, l'augmentation va de +63 % à +129 %, même en tenant compte de l'inflation !

Chaque hausse annuelle reste peu lisible : elle est noyée dans le système des régularisations. Et surtout, aucun syndicat ne s'en plaint, puisque ces corporations participent à la gestion de la CARPIMKO.

Mais sur 30 ans, la dérive est bien lisible. En comparaison, l'URSSAF s'est mieux tenue : la hausse d'une cotisation a généralement été compensée par la baisse d'une autre. A la CARPIMKO, on sait augmenter 3 ou 4 cotisations à la fois, sans la moindre contrepartie ; et tous les ans.


Mais c'est pour notre bien, non ?

Si. En théorie.

Le principe de la retraite par répartition paraît cohérent, équitable et solidaire : les jeunes paient pour les aînés. Puis à leur tour, ces jeunes devenus vieux sont financés par leurs enfants. Et ainsi de suite.

Le problème, c'est que c'est une pyramide de Ponzi légale : si vous avez 25 ans, vous savez combien de baby boomers vous devez financer. Mais une bonne partie de ceux qui devront financer VOTRE retraite ne sont même pas nés. Et on ne sait pas quelles conditions économiques ils rencontreront d'ici là. Les auxiliaires médicaux seront-ils encore conventionnés ? Tant de choses peuvent se passer.

Il n'y a donc pas beaucoup plus de sécurité dans notre système que dans la retraite par capitalisation (l'épargne).

Bien sûr,  on pourra toujours dire que les régimes par répartition ont la possibilité de s'endetter. Mais c'est immoral. Moi, j'aime mes enfants. Je n'ai pas envie de leur faire supporter mon impéritie.


D'après Patrick Artus, pour chaque euro cotisé depuis le début des années 80, un système de retraite à 100% par capitalisation aurait rapporté 21,90 € contre 1,90 € en répartition.

Cela aurait en outre financé l'économie du pays. Mais les principes généreux agissent comme le soleil sur un pare-brise : ils nous empêchent de voir la réalité. Nos syndicats font partie des gens éblouis par les grands principes.

Alors on n'en sortira pas. Longue vie à la vorace CARPIMKO !

Rendez-vous dans 30 ans...


mardi 25 janvier 2022

CARPIMKO : toujours plus haut, toujours plus fort !

 

 

La CARPIMKO vient de publier son barème de cotisations pour 2022 :
https://www.carpimko.com/je-suis-en-activite/mes-cotisations/mes-cotisations-sadaptent-a-mes-revenus

Ce barème remplace celui de 2021, mais j'en avais fait une capture d'écran en décembre pour pouvoir comparer. Il est toujours intéressant de voir l'évolution de nos taxes, pour comprendre les tendances et pour pouvoir argumenter quand nos représentants affirment que la CARPIMKO est bien gérée.

Voici le résultat du comparatif :


Comme vous le voyez, la CARPIMKO comporte sept charges sociales, dont trois ne bougent pas.

Le régime complémentaire poursuit sa dérive habituelle : qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, il s'octroie grassement plusieurs pourcents d'augmentation. C'est assez aisé quand l'assuré est un client captif.

L'avantage social vieillesse (ASV), qui ne concerne que les revenus conventionnés, évolue plus que nos tarifs. Il faut dire que ce n'est pas très compliqué, puisqu'ils sont gelés. Mais l'ASV reste sous l'inflation, qui tourne autour de 3 % en rythme annuel à l'heure actuelle.

Cette année, le délire touche le régime invalidité-décès : +12,5 % ! Comme ça, sans explication. C'est sidérant. Avons-nous eu plus d'AVC ou de burn-outs, subitement ? Sommes-nous morts massivement ? Nous ne le saurons pas.

 


Au total, le tableau montre qu'à revenu égal, un collègue à 30 000 € voit une hausse globale de 3,2 % de sa cotisation, sans nouveaux droits à la retraite. Il perd 185 € au moment où 2/3 des Français perçoivent 100 € d'indemnité inflation.

La CARPIMKO se sert en silence. Rien ne l'oblige à se justifier, puisque la concurrence n'existe pas. Si nous pouvions choisir entre elle et une autre caisse française, voire européenne, gageons qu'elle communiquerait un peu plus. 

On pourrait aussi imaginer que la CARPIMKO nous laisse le choix de notre niveau de protection, avec une cotisation qui s'ajusterait en conséquence. Ca a existé jusqu'au début des années 90. Puis cette liberté a été supprimée.

 

La CARPIMKO est-elle bien gérée ?

Son bilan, publié tous les ans dans son bulletin, reste solide. En même temps, il est facile de ne pas avoir de souci d'argent quand on se sert à volonté dans le portefeuille des assurés. Nos tarifs sont gelés ? Ce n'est pas le problème de la CARPIMKO. Hop, +12,5 % sur un régime.

Nous n'avons aucun moyen de réagir. Aucun moyen de pression, puisque les syndicats des auxiliaires médicaux participent aux décisions et soutiennent ce système. Aucun d'entre eux ne va sursauter en constatant les hausses de 2022.


Il reste une possibilité : se dire que ça pourrait être pire.

 
Malgré ces entailles dans notre pouvoir d'achat, nous pouvons nous estimer heureux d'avoir échappé aux 28 % de cotisation promis par la réforme Delevoye. C'était un effet collatéral de la crise du coronavirus.

Il est clair qu'après le barnum du printemps prochain, la réforme des retraites fera surface. On le sent dans la communication des candidats. Les pays européens bien gérés, horrifiés par notre comportement de cigale, font pression dans ce sens.
 
Mais la CARPIMKO, qui ne devrait pas être concernée puisqu'elle n'est pas en déficit et ne fait pas appel à la solidarité nationale pour ses fins de mois, se laisse assimiler aux régimes spéciaux sans réagir. C'est comme si un lanceur de couteaux voyait un spectateur se mettre volontairement devant sa cible.
 
Nos syndicats, pris dans les négociations conventionnelles et autres mesures techniques (ex : le nirvana de la fin des ordonnances obligatoires), ne communiquent pas davantage sur cette menace.

Le tableau de 2023 sera donc intéressant : poursuite de la dérive ? Cataclysme des 28 % dans l'indifférence générale, assortie d'une baisse de CSG potentiellement inconstitutionnelle ?

En attendant, réjouissons-nous de la hausse de 2022. L'étau se resserre toujours sur nous, mais doucement. Pour l'instant, nous pouvons encore compenser.