ABONNEZ-VOUS A MA NEWSLETTER : CLIQUEZ ICI
Chaque semaine, vous recevrez des infos, des bons plans, des astuces, des liens vers des discussions utiles et intéressantes...
Affichage des articles dont le libellé est syndicat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est syndicat. Afficher tous les articles

lundi 15 avril 2024

Combien gagne une orthophoniste libérale ? Mise à jour


Estimer le revenu d'une profession n'est pas chose simple quand on n'a pas accès aux chiffres nationaux du fisc. Mais on peut quand même tenter d'approcher la réponse à quelques questions, ne serait-ce que pour renseigner les jeunes qui envisagent ce métier :

  • Quelle est notre recette moyenne (le chiffre d'affaire : honoraires + primes) ?
  • Quel est notre revenu (le bénéfice : recette - dépenses pro) ?
  • Est-ce qu'on a enfin digéré 2020, annus horribilis ?
  • Sommes-nous très groupés autour des chiffres moyens, ou très répartis ?
  • Quel est le temps de travail moyen ? 
  • Sommes-nous mieux lotis que les autres paramédicaux conventionnés ?

Les données les plus fouillées ont toujours été celles de la FNAGA relayées par l'AGAO, l'association de gestion la plus utilisée par les orthophonistes. Les dernières concernent 2021: on n'a pas encore 2022 (et encore moins 2023 qui n'a pas encore été déclarée)

La FNO vient de publier des chiffres sur 2022, mais ils proviennent de la base de données de "l'Assurance maladie SNDS". Or l'Assurance maladie ne connaît pas nos revenus issus des centres qui nous paient directement (IME, SESSAD, CMPP et certains EHPAD). La double prise en charge reste décidément une plaie : elle va jusqu'à fausser les statistiques.

Voici donc les derniers chiffres communiqués par l'AGAO et la FNAGA pour les orthophonistes (merci à Florence de me les avoir transmis) :

 

Petit bémol : ces données incluent les orthophonistes en exercice mixte (libéral + salarié), qui font forcément baisser les moyennes puisque leur salaire n'est par inclus dans le tableau. La FNO nous dit qu'ils sont 9 % des orthophonistes libéraux (cf l'Orthophoniste n°437, p.10). Les 91 % restants ont donc une moyenne plus haute, mais on ne la connaît pas.

Est-ce que la baisse de 2020 est oubliée ?

Quasiment. Voici le tableau de 2019 :

 

Comme vous le voyez, les chiffres de 2021 s'approchent de ceux de 2019.

Mieux : il est fort probable que nos recettes aient dépassé celles de 2019 sur la période récente grâce aux revalorisations de tarifs négociées par la FNO dans les avenants 19 et 20


Sommes-nous une profession homogène ?

Pas du tout.


 L'AGAO nous répartit en quatre tranches :


En luttant contre les dépenses pro (cf cet article) et en optimisant son lieu d'installation, il reste possible d'atteindre un revenu net de 60 000 € par an, soit 5 000 € par mois. Certains membres de la tranche 4 le font. C'est quand même très appréciable en France pour un bac +3 à 5.

Ça représente combien d'heures de travail par semaine ?

Regardons déjà combien d'actes hebdomadaires cela représente.

Les relevés d'activité de la sécu nous disent que nous tournons autour de 1 AMO 13 par acte, soit 33,80 € en métropole. Voici ce que ça donne avec 46 semaines de travail (5 semaines de vacances + quelques jours fériés hors vacances) :

La FNO dit qu'en 2022, nous avons tourné à 35 actes moyens par semaine (mais elle pense que nous prenons dix semaines de vacances). Elle donne aussi le nombre d'actes moyen de chaque mois de l'année. On y voit le gros impact des vacances scolaires sur notre activité.

 

35 actes de 30 minutes, ça fait un mi-temps en fait ?

La FNO dit que nous travaillons moins que les autres paramédicaux, mais elle ne va pas jusqu'à écrire que nous sommes à mi-temps. Ce serait royal, avec les deux mois et demi de vacances qu'elle nous prête.

Elle affirme que nous avons dix heures de travail non rémunéré par semaine. Il y a effectivement de quoi faire :

  • préparation des séances
  • contacts avec les autres intervenants
  • rédaction de comptes rendus et de notes d'évolution
  • comptabilité
  • paperasse : sécu, facturation des centres qui paient directement, gestion des impayés...
  • entretien du cabinet.


N'oublions pas non plus que les actes les mieux payés durent plus de 30 minutes, qu'il s'agisse des séances de neurologie (45 minutes sauf si le patient s'avère trop fatigable) ou des bilans.

En résumé : on ne connaît pas notre temps de travail moyen. Personnellement, j'ai culminé à 53 heures par semaine quand j'avais 90 à 95 actes prévus par semaine. Ca donne un ordre d'idée, mais c'est juste un exemple.

Comment nous situons-nous par rapport aux autres paramédicaux conventionnés ?

Dans son dernier bulletin, la Carpimko nous explique que nous sommes avant-derniers à présent, en matière de bénéfice : les orthoptistes nous ont dépassés.

Vous remarquerez que notre BNC 2021 ne coïncide pas parfaitement avec celui de l'AGAO
cité plus haut, mais qu'il en est assez proche.
 

Conclusion joyeuse

Bien sûr, tout irait mieux si nos tarifs avaient suivi l'inflation. Dans les années 70, ils augmentaient une ou deux fois pas an pour suivre l'inflation. Mais ils ont commencé à geler en 1983 avec le tournant de la rigueur du président Mitterrand. L'inflation a pu caracoler en tête, malgré quelques soubresauts de plus en plus espacés.

Il faut donc recevoir de plus en plus de patients pour maintenir un revenu constant. Cela peut pousser certains collègues vers le burn-out.

Ce n'est même pas une question de politique politicienne : tous les gouvernements nous ont laissés décrocher depuis 1983. La baisse du pouvoir d'achat, aggravée par l'appétit gargantuesque de la Carpimko, fait maintenant partie de notre identité professionnelle collective. Il en est de même pour les salaires de début de carrière des fonctionnaires... mais ensuite ils ont de l'avancement.


CELA DIT

Nous avons de beaux restes, après quarante ans de déclin :

  • un bénéfice moyen supérieur au revenu médian du pays
  • un revenu confortable dès le début de carrière, sans forcément avoir besoin de se tuer au travail
  • la possibilité de pousser vers les 5000 € par mois : aucun quota (nombre d'actes maximal) n'a été imposé par la sécu, même si c'était dans l'air dans les années 90 ; ce fut une grande victoire syndicale.
  • le libre choix de nos méthodes et de notre organisation.

Pourvu que ça dure ! Et merci à la FNO d'appuyer sur la pédale de frein depuis quarante ans pour ralentir notre décrochage de l'inflation.

vendredi 22 décembre 2023

Ma lettre au Père Noël


Cela fait maintenant quatre ans que j'envoie ma lettre au Père Noël dans ma newsletter (cliquez ici pour vous abonner). Cette année je la mets ici aussi, pour les non-abonnés.

Mes parents, très cartésiens, n'ont jamais voulu que je croie à ce brave Finlandais quand j'étais petit. Alors maintenant que je suis moins petit, je me rattrape. J'espère que vous partagez une partie de ce qui y est écrit :


Cher Père Noël,

Les auxiliaires médicaux ont été bien sages, cette année encore.
Nous avons subi les énièmes hausses délirantes de la Carpimko sans broncher :

  • +11 % sur le régime invalidité décès
  • + 5 % sur la cotisation forfaitaire du régime complémentaire
  • +7 % sur le seuil du bonheur et encore +5 % pour l'an prochain : à 46 368 euros, ce seuil merveilleux devient de plus en plus hors d'atteinte pour les orthophonistes et les orthoptistes...
Et tout ça en attribuant moins de points de retraite, à revenu constant. Or, notre revenu tend même à baisser puisque les dépenses du cabinet évoluent beaucoup plus vite que nos tarifs.

Tu sais tout ça, cher Père Noël. Tu as vu à quel point nous étions stoïques. Mais tu ignores peut-être que la Carpimko nous concocte une nouvelle réforme du régime complémentaire qui visera à décourager le travail, en s'en prenant massivement à ceux qui ont le malheur de soigner beaucoup de patients. Les balles dans le pied, c'est très français.

Là aussi, nous avons été très sages : quand ça s'est su, nous n'avons pas bronché.

C'est peut-être pour ça que ton concurrent, le bon Dr Braun, nous a concédé gentiment des hausses tarifaires qui paraissaient impossibles en 2022. Qui aurait parié là-dessus ?

Ce bon Dr Braun a été éjecté de son poste. Son successeur, M. Rousseau, vient aussi de claquer la porte. Et notre nouvelle ministre, Mme Firmin-Le Bodo, est ciblée par une enquête judiciaire pour une histoire de cadeaux d'Urgo. Pourtant tout le monde le sait : les cadeaux, ce n'est pas Urgo qui les distribue. Et d'ailleurs, que ferions-nous d'un stock de pansements et de traitements contre les durillons ?

Les cadeaux doivent rester ton monopole, cher Père Noël. Nous sommes tous derrière toi. D'autant que les ministres de la Santé ont manifestement d'autres chats à fouetter et jouent un peu trop au jeu de la chaise musicale. C'est pitoyable, on se croirait sous la IVe République.

Cher Père Noël, je sais que ton usine de cadeaux peine encore face à l'inflation dopée par le méchant Vladimir. Les médecins négocient encore leur convention, alors je sais que tu les combleras bien plus que nous, comme toujours. Déjà le mois dernier, le C a pris 6 %. L'AMO, lui, prendra 4 % le 26 janvier après un blocage administratif de six mois.
Déjà en 2017, la consultation des généralistes avait pris 9 % alors que nous avions accepté gentiment le gel de l'AMO, de l'AMK, de l'AMI et de l'AMY.

Mais les médecins méritent amplement ce traitement de faveur : ils ont fait 10 ans d'études et des gardes de 24h sans dormir. Je n'aurai donc pas l'outrecuidance d'exiger les 2 % qui nous manquent par rapport à eux, cher Père Noël. A tout seigneur tout honneur. Cette année, je ne te demanderai que quelques cadeaux qui ne te coûteront pas cher :
  • L'interdiction claire, écrite dans la loi, des "petits bilans" pour l'Education nationale et les MDPH.
  • La disparition de tous les mini-forfaits, y compris le FAMI, qui nous ont instillé une charge mentale complètement inutile avec leurs conditions ubuesques et néanmoins mouvantes qu'il faut apprendre par cœur ; cet argent pourrait être reporté sur la lettre-clé, ou à la rigueur sur des hausses de cotations si tu y tiens (mais tu sais que je suis pour la cotation unique, cher Père Noël).
  • La disparition du principe de l'extrapolation des indus, qui fait de nous des margoulins compulsifs officiellement reconnus.
  • La fin de la double prise en charge : que la sécu récupère directement l'argent auprès des CMPP, des IME, des EHPAD et autres SESSAD. Ca ne devrait pas être notre affaire, d'autant que certains parents nous cachent le fait que leur enfant est suivi dans l'un de ces centres problématiques.
  • La disparition du FIF-PL et des URPS, ainsi que des cotisations Urssaf afférentes.
  • Peut-être le plus dur : l'arrivée à la tête de la Carpimko de gens épris de liberté, qui ne croiraient plus à la pyramide de Ponzi de 1945 et qui arrêteraient de siphonner nos capacités d'épargne au nom de la solidarité avec les boomers. Qu'ils comprennent enfin que nous sommes des indépendants ! Nous ne sommes pas de petites choses fragiles dont Papa-Etat doit s'occuper parce qu'elles ne savent pas ce qui est bon pour elles-mêmes.
En fait (ou plutôt "en vrai", comme on dit en 2023) je ne te demande pas grand-chose, cher Père Noël : même pas une nouvelle négociation conventionnelle, parce que je sais qu'on est probablement reparti pour cinq ans de vide, comme d'habitude.

Je te demande juste un peu de dé-soviétisation de nos métiers. Je place tous mes espoirs en toi et te remercie à l'avance.

Bon courage pour dimanche soir !


Ton Guillaume qui t'aime tendrement.

lundi 26 juin 2023

AMO à 2,60 € : comme la Manche à 20°C


La FNO et l'UNCAM ont signé leur 20ème avenant à la convention des orthophonistes libéraux. Vous trouverez le texte officiel ici :

https://www.fno.fr/wp-content/uploads/2023/06/scan20230622151913.pdf 

La mesure phare est bien entendu le passage de l'AMO à 2,60 €, et même 2,72 dans les départements d'Outre-Mer.

Une augmentation de l'AMO, c'est comme une baignade dans une eau à 20°C sur la Côte d'Albâtre : quelque chose qu'on espère avec ardeur, mais qu'on ne voit quasiment jamais.

Alors oui, +4% sur notre lettre-clé, un an seulement après le saupoudrage de l'avenant 19, c'est une divine surprise. Vous pouvez voir ou revoir la vidéo short de Mme Degiovani :

Passé le moment d'émotion, on a vite vu fuser les commentaires. Examinons le verre à moitié vide, le verre à moitié plein, puis les questions que tout ceci soulève.

Le verre à moitié vide

L'AMO avait déjà pris 4% en 2012. Depuis lors, l'inflation a été de 13 % et nous devrions en être à 2,84 € d'après l'Insee :



Plus amusant encore, revenons à la première année de décrochage de l'AMO, 1983 :

Bien entendu, cela n'inclut pas les petites hausses de cotations et les mini-forfaits. J'ai tenté d'approcher la vérité de notre décrochage dans cet article :

https://orthogestion.blogspot.com/2021/10/pouvoir-dachat-des-orthophonistes-ou-en.html

En fait, le plus piteux, c'est le fait que nous soyons heureux d'obtenir 4% quand l'inflation est à 6, tout en sachant qu'on n'obtiendra probablement rien avant la vraie négociation conventionnelle de 2027. On voit à quel point nous avons intégré le décrochage dans notre identité professionnelle, pendant que le pouvoir d'achat global des Français progressait (source : Insee).

Allons, l'heure n'est pas à la déprime, passons au verre à moitié plein !

Mettons-nous dans la peau d'une jeune orthophoniste qui savoure déjà la beauté de l'exercice libéral :

  • 1er train de hausses de l'avenant 19 en 2022
  • 2ème train le 1er juillet 2023
  • Avenant 20 en janvier 2024 alors qu'on pensait que plus rien ne se passerait pendant 5 ans.
  • Aucune contrepartie ! Pas besoin de dormir dans les locaux de la CPTS un week-end sur deux, ni de se promener avec un T-shirt "I love my CPAM".

Il y a de quoi s'inscrire à la "team ravies de la crèche", comme on peut le lire chez les Paramedicools :


Retour à l'hiver 2024 : ça fera combien ?

Si on prend la recette brute moyenne des orthophonistes avant le covid, ça donnera ceci (source : AGAO) :
57 259 x 2,60 / 2,50 = 59 549 €
Gain : 2 290 €
Arrondissons à 2000, parce que dans cette recette il n'y a pas que de l'AMO : il y a les petits forfaits, et peut-être aussi des indemnités de déplacements.

Calculons le net, maintenant. Je vous ai expliqué récemment que le revenu moyen des orthophonistes aboutissait généralement à un taux marginal de 53% quand on cumulait l'impôt sur le revenu, l'Urssaf et la Carpimko.
2000 - 53 % = 940 €, soit 78 € nets par mois.

Les questions


 
Cette hausse inattendue a vraiment un côté étrange :

  • Pourquoi diable l'Etat (dont la sécu n'est plus qu'une annexe) nous accorde-t-il ce qu'il nous refusait depuis tout ce temps ? On ne voit pas le gain politique, à quatre ans des élections.
  • Pourquoi avons-nous obtenu plus que les autres auxiliaires médicaux ? On ne va pas s'en plaindre, mais il est toujours intéressant de comprendre.
  • La mobilisation des syndicats a-t-elle vraiment été un élément déclencheur, ou est-ce une décision purement politique liée à une crainte de voir les paramédicaux fuir face à l'inflation ?
  • Mme Degiovani présente ses nouveaux dossiers prioritaires. On sent que l'AMO est à nouveau gelé pour un bout de temps, puisqu'il n'y figure pas. Mais la FNO a-t-elle d'ores et déjà grillé ses cartouches pour 2027 ?
  • La réapparition de tarifs avec des centimes va-t-elle pousser massivement les orthophonistes vers le tiers-payant total ?

Certaines questions resteront probablement sans réponse, au moins pour les orthophonistes de base comme votre serviteur.

Alors savourons. 

Tout ce qui dépasse zéro est une bonne nouvelle, surtout quand il ne faut pas renoncer à une liberté !




mardi 26 juillet 2022

Fin partielle de la DAP : les questions que cela soulève

 

Un petit choc de simplification a eu lieu dimanche dernier, le 24/07/22. La demande d'accord préalable n'est plus nécessaire à la suite d'un bilan orthophonique initial !

La DAP, anciennement DEP, était une source de mystère jusqu'alors. Une fois que vous aviez terminé votre bilan, vous deviez l'envoyer à la sécu. Dans les nombreux départements arriérés où elle n'était pas dématérialisée (exemple pris au hasard : la Seine-Maritime), vous deviez deviner à quelle vitesse la Poste allait la faire transiter : vous n'aviez pas le droit de rééduquer le patient pendant quinze jours,  à partir de la date de réception de la DAP.

La FNO se félicite de cette nouvelle "très attendue par l'ensemble de la profession" dans ce communiqué :
https://www.fno.fr/vous-etes/vie-professionnelle/la-dap-initiale-cest-termine/

Vous trouverez l'extrait du Journal officiel de dimanche ici :
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046083024

Une liberté accordée sans renforcement des contrôles ni garde-fous, c'est rarissime en France. A tel point que c'est étonnant. Mais savourons l'instant. La FNO, qui ne voit pas le mal partout, dit que c'est simplement une marque de confiance de la CNAM envers nous. Gageons que les autres auxiliaires médicaux ne vont pas tarder à s'en émouvoir.

 

Cas du bilan de renouvellement

Vous l'avez compris : si la DAP et le délai de quinze jours sont supprimés suite au bilan initial, ils perdurent suite à un bilan de renouvellement. La FNO et les caisses ne disent pas pourquoi.

Si vous êtes dans un département vintage, vous allez pouvoir continuer à jouer à Mme Irma avec la Poste, d'autant qu'elle va supprimer son timbre rouge :

https://www.francetvinfo.fr/societe/debats/timbre-marianne/la-poste-annonce-la-suppression-du-timbre-rouge-au-1er-janvier-2023_5269738.html


Cas du premier renouvellement sans bilan

Reste la question du premier renouvellement, par exemple au bout de 30 séances de rééducation du langage écrit.

Là, c'est flou. 


La FNO dit que la décision des caisse supprime la DAP "pour toutes les prescriptions initiales". Le texte officiel dit aussi : "En cas de bilan pour le renouvellement des séances, l'orthophoniste établit une demande d'accord préalable."

Jusque là, tout va bien : on peut en déduire qu'au premier renouvellement (sans bilan), la DAP est aussi supprimée.

Mais plus bas, le texte officiel comporte ce titre de rubrique :
"Rééducation individuelle ou nécessitant des techniques de groupe (accord préalable pour les renouvellements)".

Il faudra donc une clarification sur ce point. Dans le doute, on peut encore envoyer une DAP et attendre quinze jours après sa réception... Ce n'est pas grave, puisque nous faisons ça depuis longtemps. Notez qu'il fut un temps où il fallait attendre dix jours après l'envoi, et non quinze jours après la réception. C'était à l'époque des petites DEP au format A5. 


Est-ce dangereux ?


 
On peut se poser la question, puisqu'un accord donné est une forme d'engagement de paiement de la part des caisses.

A la fin de son communiqué, la FNO cherche à nous rassurer :

"La DAP sert à demander à la Caisse son accord pour le paiement de nos actes en série mais elle n'engage pas la Caisse pour le paiement intégral des actes puisqu’elle peut à tout moment réévaluer sa prise en charge."

Ce à quoi Patrick Pérignon (ex-vice président de la FNO) objecte :

"La caisse peut effectivement notifier un refus en cours de série, mais dans ce cas elle paie/rembourse les actes jusque la notification de refus.
La suppression de la DAP supprime-t-elle de fait cette possibilité qu'avait la caisse de rejeter la DAP ? La caisse peut-elle continuer à dire "stop" en cours de série ? Personnellement je pense que oui.
Par ailleurs, combien d'orthophonistes ont eu un rejet de DAP en cours de série d'actes? A comparer au nombre d'orthophonistes qui se sont référés à la DAP pour contester une demande d'indu, ou un non paiement/remboursement d'actes et ont obtenu gain de cause."

Dangereux ou pas, c'est fait, de toute manière. Que nous nous réjouissions ou pas, cela n'a pas d'importance. Le cadre légal a changé. On n'y peut rien, donc il faut s'y adapter.


Faut-il arrêter la DAP initiale dès aujourd'hui ?

La FNO, optimiste, dit que oui, puisque c'est paru au JO. Elle a eu une confirmation des caisses hier (25/07/22).

Personnellement, je vais attendre au moins la rentrée. Je doute que tout le monde soit au courant dans les 102 CPAM de France et de Navarre. Sans parler des caisses exotiques : MSA, SNCF, Armée, EDF...

Et puis jouer à Mme Irma, c'est tellement plaisant !


lundi 2 mai 2022

CARPIMKO : mon amie de 30 ans - On fait le bilan !

 


C'est souvent en regardant les évolutions sur le long terme qu'on identifie les tendances de fond.

En début d'année, quand la CARPIMKO publie son barème, je vous fais souvent part du pourcentage de hausse que cela représente. Mais je le fais d'une année sur l'autre. Aujourd'hui, je vais le faire sur 30 ans grâce à un papier que j'ai retrouvé dans mes archives.

Pour mémoire, la CARPIMKO nous prélève 7 cotisations :

  • 2 pour le régime de base, qui sont les mêmes pour toutes les professions libérales sauf les avocats
  • 2 pour le régime complémentaire, en forte hausse tous les ans
  • 2 pour le régime des praticiens conventionnés
  • 1 pour le régime invalidité-décès, en forte hausse cette année

Voici l'état des lieux que m'avait envoyé la CARPIMKO en 1992 :


A l'époque, le système nous poussait clairement à travailler : quel que soit notre revenu, le total était de 16 220 F, soit 2 473 €, ou 3 697 € actuels (source : https://www.insee.fr/fr/information/2417794).

Nous pouvions cotiser davantage si nous le souhaitions, en optant pour les "classes" C à F. Mais c'était facultatif. 

Je m'étais bien gardé de faire confiance à la CARPIMKO en lui donnant volontairement une partie de mes revenus. Le livre blanc de Michel Rocard (voir ici) était paru l'année précédente. 

 

 

M. Rocard montrait bien que le système de retraite par répartition allait au-devant de grands dangers à cause de l'évolution démographique du pays et de son apathie économique.

Malheureusement, quelques mois plus tard, le facultatif est devenu obligatoire. Puis chaque régime a été réformé, au fur et à mesure ; avec à chaque fois une aggravation des conditions pour les cotisants. Mais l'honneur était sauf : on ne baissait pas les pensions des retraités. La solidarité intergénérationnelle fonctionne à sens unique.

Où en sommes-nous, 30 ans plus tard ?

J'ai voulu le savoir précisément.

Puisque la cotisation est maintenant liée aux revenus, j'ai cherché à savoir quelle évolution nous subissions à 30 000, 45 000 et 60 000 € de bénéfice :


Comme vous le voyez dans la ligne rouge, l'augmentation va de +63 % à +129 %, même en tenant compte de l'inflation !

Chaque hausse annuelle reste peu lisible : elle est noyée dans le système des régularisations. Et surtout, aucun syndicat ne s'en plaint, puisque ces corporations participent à la gestion de la CARPIMKO.

Mais sur 30 ans, la dérive est bien lisible. En comparaison, l'URSSAF s'est mieux tenue : la hausse d'une cotisation a généralement été compensée par la baisse d'une autre. A la CARPIMKO, on sait augmenter 3 ou 4 cotisations à la fois, sans la moindre contrepartie ; et tous les ans.


Mais c'est pour notre bien, non ?

Si. En théorie.

Le principe de la retraite par répartition paraît cohérent, équitable et solidaire : les jeunes paient pour les aînés. Puis à leur tour, ces jeunes devenus vieux sont financés par leurs enfants. Et ainsi de suite.

Le problème, c'est que c'est une pyramide de Ponzi légale : si vous avez 25 ans, vous savez combien de baby boomers vous devez financer. Mais une bonne partie de ceux qui devront financer VOTRE retraite ne sont même pas nés. Et on ne sait pas quelles conditions économiques ils rencontreront d'ici là. Les auxiliaires médicaux seront-ils encore conventionnés ? Tant de choses peuvent se passer.

Il n'y a donc pas beaucoup plus de sécurité dans notre système que dans la retraite par capitalisation (l'épargne).

Bien sûr,  on pourra toujours dire que les régimes par répartition ont la possibilité de s'endetter. Mais c'est immoral. Moi, j'aime mes enfants. Je n'ai pas envie de leur faire supporter mon impéritie.


D'après Patrick Artus, pour chaque euro cotisé depuis le début des années 80, un système de retraite à 100% par capitalisation aurait rapporté 21,90 € contre 1,90 € en répartition.

Cela aurait en outre financé l'économie du pays. Mais les principes généreux agissent comme le soleil sur un pare-brise : ils nous empêchent de voir la réalité. Nos syndicats font partie des gens éblouis par les grands principes.

Alors on n'en sortira pas. Longue vie à la vorace CARPIMKO !

Rendez-vous dans 30 ans...


lundi 4 avril 2022

Avenant 19 : ça fait combien ?

 

Ce midi, j'ai reçu l'Orthophoniste de mars (oui, nous sommes bien le 4 avril).

L'Orthophoniste, c'est la revue officielle de la FNO. Je la lis depuis les années 80, grâce à mon père. Ce numéro 417 est exceptionnel parce qu'il a été envoyé à toute la profession.

C'est l'occasion d'inciter les non-adhérents à rejoindre le tiers des orthophonistes qui soutiennent la FNO par leur cotisation, en leur présentant plusieurs points importants. Citons notamment :

  • le texte d'orientation qui servira de ligne directrice au prochain bureau fédéral, qui sera élu à Arles en juin ;
  • les propositions de la FNO aux candidats à la présidentielle : des dépenses nouvelles et des questions statutaires, mais pas d'avis sur les recettes permettant de financer tout ça ;
  • des recommandations de bonne pratique sur le langage écrit ;
  • le combat pour les salariés, qui continue encore et encore (c'est que le début, d'accord, d'accord) ;
  • un tour d'horizon sur les écoles d'orthophonie qu'on n'appelle plus comme ça ;
  • une réflexion éthique sur l'accès direct (sans ordonnance) dont l'expérimentation peine à démarrer, faute de décrets ;
  • un article d'Aimé Disant moins politisé que d'ordinaire, peut-être à cause de la diffusion large de ce numéro...
  • ENFIN ET SURTOUT : un dossier sur l'avenant 19.
Tout cela permet à la FNO de montrer qu'elle travaille et qu'elle mérite notre soutien ; au minimum, en adhérant. 
 
 

Au maximum, on peut soutenir la FNO en y militant, d'autant que Madame Dehêtre affirme que ses revendications sont "justes" (page 3). Je ne sais pas ce qu'elle entend par là parce que cet adjectif est polysémique. Quoi qu'il en soit, c'est probablement un sens positif. Il est peu probable que le sens soit le suivant :
Juste : aq. Qui manque d'ampleur.
"C'est un peu juste !". Guillaume Lefebvre, essayant un jeans après s'être gavé de chocolats de Pâques.

 
Chaque mois, j'écris quelques mots sur la couverture de l'Orthophoniste pour pouvoir retrouver facilement telle ou telle référence. Le mois dernier, c'était "démographie". Ce mois-ci, j'ai écrit "avenant 19". C'est quand même le gros changement de 2022-23.
 
Je vous passe les détails, puisque vous allez recevoir l'Orthophoniste de mars. Mais la conclusion (page 25) est une vraie punchline, comme on dit maintenant :

"Les seules revalorisations des actes ciblés par l'avenant 19 équivalent à un AMO à 2,90 €. En conclusion : l'ensemble des revalorisations issues des 3 avenants équivaut à une augmentation de l'AMO à 2,65 €."

Ce n'est pas très clair mais si je comprends bien, une orthophoniste qui ne pratiquerait que les cotations concernées par l'avenant 19 bénéficierait d'ici le 1/07/2023 de l'équivalent d'un passage de l'AMO de 2,50 à 2,90 € (+16%). 

Avec une patientèle classique, elle aurait plutôt l'équivalent d'un passage à 2,65 (+6%). Ce n'est qu'une moyenne, donc certains seront en-dessous et d'autres au-dessus. Les plus chanceux parviendront à une augmentation à deux chiffres. Nous n'avons pas vu ça depuis longtemps !

Malheureusement, il y a un autre chiffre que nous n'avons pas pu depuis longtemps : en zone euro, l'inflation moyenne est actuellement de 7,5% en rythme annuel. Je vous recommande la lecture de cet article sur le sujet :

https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/nouveau-record-de-l-inflation-en-zone-euro-le-pire-est-a-venir-2010186.php

En France, nous ne sommes qu'à 4,5%. Ici, en pleine période électorale, l'inflation est artificiellement abaissée par les boucliers tarifaires du gouvernement sur le gaz, l'électricité et les carburants. Les négociations de la FNO auront au moins amorti le début du retour de l'inflation. C'est déjà ça : en 2017, l'avenant 16 avait été plus décevant.

L'avenant 19 permettra donc à beaucoup d'entre nous d'absorber le choc inflationniste en cours. Si la situation économique revient ensuite à la normale, nous pourrons attendre sereinement les négociations conventionnelles de 2027 (ça a lieu seulement tous les 5 ans).

En revanche, si nous entrons dans une période d'inflation durable, nous arriverons en 2027 dans un sale état.

 

Certains craignent une stagflation, comme dans les années 70 : stagnation économique + inflation. Ce serait l'idéal pour ceux qui souhaitent une transition écologique intense : pour eux, la croissance est une horrible fuite en avant. Et la hausse du prix de l'énergie est un moyen de réduire nos émissions de CO2. Mais si la sécu peine à se financer, nous serons des dommages collatéraux faciles en 2027.

Plusieurs points nous poussent vers une inflation durable, d'après les économistes :

  • notre volonté de remplacer le gaz russe par le gaz de schiste américain et le gaz qatari (le Qatar est une démocratie exemplaire, comme chacun sait) ;
  • les énergies renouvelables coûtent bien plus cher que les énergies fossiles ;
  • des matières premières essentielles sont dans les mains des Russes et des Chinois ;
  • le vieillissement de la population va créer des besoins de financement énormes, avec des conséquences sur les prélèvements sociaux et donc sur les prix finaux.
Fort heureusement, nous sommes à l'époque des surprises. Elles ne peuvent pas être toutes mauvaises, tout de même. Un exemple : le vieillissement de la population, dont je viens de vous parler, a longtemps été considéré comme un élément déflationniste. Quels économistes auront raison ? Nous en aurons peut-être une idée en 2027...

lundi 29 novembre 2021

Grande sécu : le pour et le contre


Dans sa newsletter du 17 novembre 2021, le CNPS parlait d'un avant-projet du Haut comité pour l’avenir de l’assurance maladie, mandaté par M. Véran pour réfléchir aux moyens d'améliorer l'articulation entre la sécu et les complémentaires santé. Les médias en ont beaucoup parlé, avant que le variant Omicron vienne occuper l'ensemble du spectacle journalistique.
 
Quatre scénarios sont évoqués dans le rapport. Mais il s'étend largement sur l'idée d'une "grande sécu", avec une suppression des complémentaires. Fin du ticket modérateur. La sécu prendrait tout en charge, sauf les dépassements d'honoraires.

On sent bien que cette mesure pourrait devenir un axe de campagne pour la majorité actuelle : la grande sécu ressemble à un progrès social. Ce serait le pilier gauche d'un nouvel "en même temps", comme le fut la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des gens pendant la campagne de 2017.

Rien n'est tout blanc, ni tout noir. Examinons donc les avantages et les inconvénients de la grande sécu.

 

Les avantages

  • L'égalité face à la maladie : actuellement, il reste environ 5 % des Français qui n'ont pas de complémentaire (source : ici). On y trouve des Français trop aisés pour avoir droit à la C2S (ex-CMU), mais trop pauvres pour se payer une complémentaire à un tarif de plus en plus exorbitant. Et notamment des personnes âgées, particulièrement impactées par la hausse des tarifs.
  • Une simplification bienvenue :  deux assurances pour le même risque, c'est une de trop.
  • Un allègement de la comptabilité des professionnels de santé qui pratiquent le tiers payant : une seule écriture par facturation, au lieu de deux.
  • Une mutualisation du risque : actuellement, les complémentaires imposent des tarifs très élevés aux personnes âgées parce qu'elles font payer le risque. C'est la logique des assurances, qui s'applique aussi aux jeunes conducteurs par exemple. La sécu, elle, ne regarde que vos revenus du travail et de l'épargne. Elle fait payer les soins des pauvres par les gens aisés. On peut trouver ça injuste quand on est en bonne santé et qu'on travaille beaucoup. Mais quand on est de l'autre côté de la barrière, on savoure ce principe.

 

Les inconvénients


Le rapport dit que la grande sécu coûterait 22 milliards par an. Comment financer cela ? 

  • On peut abaisser  niveau des remboursements. Ce serait piteux. La Grande sécu aurait un goût amer de régression sociale, alors qu'on cherchera à nous la présenter comme un progrès. Dans l'absolu, on peut même abaisser les tarifs conventionnels. Mais personne n'en parle pour l'instant. Cela fait longtemps que j'écris qu'on a de la chance que l'AMO, l'AMI ou l'AMK ne baissent pas...
  • On peut taxer les entreprises, comme le souhaite inlassablement une partie extrémiste de l'échiquier politique (voir cet article par exemple). Cela fait fi de la compétitivité du pays, largement entamée depuis la fin des Trente Glorieuses par un dogmatisme aveugle. Les autres pays d'Europe et du monde continueront à avancer pendant qu'on alourdira encore un peu plus les semelles de plomb de nos entreprises. Elle ressemblent déjà plus à des scaphandriers qu'à des marathoniens. Les bénéfices ne sont pas forcément créés pour être immédiatement spoliés.
  • La sécu peut s'endetter.  Perspective inquiétante pour nos enfants, à qui nous emprunterions cette somme. Mais ce point ne peut arrêter aucun de nos dirigeants dépensiers : la BCE nous couvre bien gentiment depuis l'an dernier. Depuis 40 ans, pour tout politicien français, la devise est : "Je dépense donc je suis". De toute manière, les rares hérétiques ne sont pas élus. On a les dirigeants qu'on mérite.
  • Et enfin, on peut faire comme d'habitude : s'en prendre aux gens aisés, au nom de l'équité et de la solidarité. Des totems si pratiques. Par exemple, on peut transformer la CSG en impôt progressif, comme c'est déjà le cas de notre cotisation aux allocations familiales. Cette idée flotte dans les esprits depuis de longues années : elle figurait déjà dans les projets de la majorité élue en 2012. Gageons que nous, les auxiliaires médicaux, figurerons parmi les cibles, puisque nous nous situons au-dessus du revenu médian (1940 € nets). Notre pays n'a pas conscience d'être déjà le plus redistributif de l'OCDE, on trouve toujours des gens prompts à crier à l'inégalité.

Autre inconvénient : la grande sécu met en danger 100 000 emplois, parmi les salariés des complémentaires (voir ici). Ils ont effectivement de quoi s'inquiéter. Mais quand le rouleau compresseur du progrès social est lancé, personne ne plaint les victimes. les œillères se ferment.

On trouvera d'autres victimes parmi ceux qui préfèrent s'auto-assurer grâce à l'épargne : ces hétérodoxes libres n'existent pas dans l'espace politico-médiatique.

On l'a bien vu cette année, avec la mise en place d'une nouvelle assurance prévoyance obligatoire. Les auto-assurés n'ont rien pu dire, rien pu faire. On les a contraints à passer sous les fourches caudines d'une 14ème cotisation sociale qu'ils n'avaient jamais demandée.

Enfin, les spécialistes des inégalités trouveront anormal que les dépassements d'honoraires restent autorisés et que la grande sécu ne les rembourse pas, alors que les complémentaires actuelles les remboursent partiellement. Ils crieront à la médecine à deux vitesses.


En conclusion

Les quatre avantages pèsent lourd. La mutualisation du risque pourrait devenir un gros argument électoral, parce que les personnes âgées votent plus que le reste de la population. Le retour de la réforme des retraites leur fera aussi plaisir, soit dit en passant : elles étaient la seule catégorie de Français à la soutenir, parce qu'elle leur garantissait la pérennité de leurs pensions. 

 

Reste à savoir si les inconvénients de la grande sécu pèseront plus lourd que les avantages. Les gens aisés et les auto-assurés n'ont aucun poids : toutes les majorités s'en prennent à eux. Mais peut-être que le lobbying des assurances fonctionnera... Si tel est le cas, on aura juste amusé la population avec un hochet, le temps de capter des voix.

Affaire à suivre. Mais si nos syndicats entérinent cette réforme comme ils ont admis celle des retraites, nous aurons du souci à nous faire, en tant que "gens aisés".

mardi 30 juin 2020

Suivi individuel : serez-vous déconventionné(e) ?



Les orthophonistes libéraux sont des travailleurs indépendants.

En théorie.

Vous le constatez tous les jours : cette indépendance est toute relative. Il ne faut pas oublier que la France est une administrocratie. Ça date au moins de l’époque de Colbert. L’apparition de l’orthophonie ne pouvait se faire que dans ce cadre réglementaire tatillon, dont je vais vous donner un exemple aujourd’hui.

En 2003, la FNO et les caisses ont signé un avenant à la convention qui instituait un suivi individuel de notre activité. Une liste de six critères a été établie pour tenter de repérer les orthophonistes déviants. Si deux signaux passaient au rouge, l’activité du suspect était placée sous microscope. L’ensemble de la procédure pouvait déboucher sur un déconventionnement.

En 2017, le suivi individuel a été légèrement remanié dans l’avenant 16. Si vous voulez lire le texte officiel, c’est ici (page 53) :



Mais si vous voulez vous épargner cette lecture, je vous la résume.

Tous les 6 mois, votre CPAM analyse votre activité du semestre précédent, toutes caisses confondues. Il n’y a plus que 4 critères étudiés dans le cadre de ce suivi (contre six à l’origine) :
  • Un nombre d’AMO supérieur à 46 975 (nombre de 2020). C’est réévalué de +3,2 % tous les ans.
  • Nombre de patients différents par orthophoniste dépassant la moyenne départementale + 2 écarts-types.
  • Nombre de patients différents par orthophoniste inférieur à la moyenne départementale - 2 écarts-types.
  • Nombre d’actes par patient dépassant la moyenne départementale + 2 écarts-types.

L’avenant 16 dit que nos relevés individuels d’activité (RIA) sont la base de cette analyse. Mais vous allez rire :

Il nous est impossible de savoir si nous sommes déviants !




Et ce, pour trois raisons :
  • Le RIA ne fournit pas les écarts-types, mais des quartiles, sous forme d’étoiles.
  • Il donne les référentiels régionaux, et non départementaux.

  • Le nombre de patients n’est pas affiché en clair. Si je divise mon nombre d’actes remboursés en volume par le nombre d’actes remboursés par patient, j’arrive à 126 patients. Mais comment savoir si c’est beaucoup, ou peu, pour la CPAM du coin ?


En résumé, vous savez vaguement si vous sortez des clous ou pas. Mais vous n’avez pas accès aux données qui risquent d’allumer tel ou tel clignotant sur les ordinateurs de la CPAM.

Il est donc possible qu’une enquête médico-administrative ait été menée sur vous, sans que vous le sachiez. Vous me direz, autant l’ignorer, c’est mieux pour vos artères.

Il est même possible que la CPAM ait transmis votre dossier à la commission paritaire départementale (CPD). Mais jusque là, votre nom n'a pas été révélé. 

C’est la CPD qui décide éventuellement de lever l'anonymat. Si cela arrive un jour, ce sera à ce moment que la CPAM vous préviendra.

Vous aurez alors un mois pour demander à parler devant la section professionnelle (des représentants de la FNO) et/ou la commission paritaire départementale (caisses + FNO).

La commission paritaire, elle, aura 45 jours pour décider si elle vous déconventionne pendant 1, 3, 6, 9 ou 12 mois. Vous pourrez aussi perdre la participation des caisses à vos charges sociales, mais c’est anecdotique à côté de la catastrophe et de la honte publique que représentera un déconventionnement.

Un mot sur le critère le plus marquant : celui des 46 975 AMO.



Il est évident que très peu d’entre nous dépassent ce chiffre. Mais que représente-t-il, en fait, et est-il hors d’atteinte ?

Faisons un bref calcul.

Dans la plus belle région de France (la Normandie, bien sûr), l’AMO moyen est de 12,7. Ca varie assez peu d'une région à l'autre. Le critère des 46975 AMO représente donc 3699 actes, par ici. En imaginant 45 semaines de travail par an (environ 5 semaines de congés et les jours fériés), on arrive à 82 actes par semaine.

C’est évidemment beaucoup. Mais ce n’est pas hors d’atteinte, surtout quand on a un faible absentéisme. Il est donc possible de faire passer ce clignotant au rouge.

Fort heureusement, il en faut un autre pour faire lever une oreille à la CPAM. Et quand bien même, si tout peut s’expliquer, elle vous laissera probablement tranquille.

Ce suivi peut être vu comme un flicage, évidemment. Mais dans les faits, connaissez-vous beaucoup d’orthophonistes ayant subi une procédure allant jusqu’au déconventionnement, à cause de leur suivi individuel ?

Au total, on peut même se demander si la FNO n’a pas laissé intelligemment un os à ronger aux caisses. Elles peuvent ainsi proclamer qu’elles gèrent sérieusement les deniers des cotisants.

Quant à nous, tant que nous travaillons honnêtement en respectant la convention et la nomenclature, je pense que nous pouvons dormir tranquilles.


mercredi 8 janvier 2020

TUTO : Comment connaître votre taux de cotisation CARPIMKO



Dans sa vidéo du 6 janvier 2020 (voir ici), la FNO a expliqué qu'en moyenne, les orthophonistes reversaient entre 18 et 20 % de leurs revenus à la CARPIMKO, pour financer les pensions de nos aînés. Elle a calculé que dans ces conditions, la réforme des retraites en cours nous était "favorable", grâce à une baisse de l'assiette de la CSG. Nous passerons à 28 % de cotisations sans douleur, selon elle.

Mon article d'hier montrait que cette moyenne de 18-20 % n'était pas celle de tout le monde (voir ici) et que la vidéo de la FNO négligeait une partie de la profession, qui pouvait se sentir abandonnée.

En outre, la présidente de la CARPIMKO dit que la compensation de la hausse démentielle des cotisations retraites (par la CSG) est dangereusement friable, comme une falaise normande.

Ceci devrait inquiéter la FNO et la FFPS, même en négligeant ceux qui ne sont pas à 18 % de CARPIMKO.

Aujourd'hui, une question vous hante peut-être : 

Suis-je moi-même à 18 %, pour bénéficier de la compensation totale et friable ?

Voici comment le savoir, sans utiliser mon appli pour smartphones.

Si vous n'avez pas votre avis de CARPIMKO sous la main, vous pouvez aller le chercher sur carpimko.com.

Ensuite, cliquez ici :



Entrez vos identifiants, puis cliquez ici : 


Vous pourrez télécharger votre dernier appel de cotisations. Et là, vous obtiendrez deux données importantes :

- Donnée 1 : le total de votre cotisation de l'année
- Donnée 2 : votre revenu (bénéfice + contrats madelin).








Pour connaître votre taux actuel de cotisation retraite, la formule est la suivante :

(Donnée 1 - 670) / Donnée 2 x 100

J'ai retiré les 670 € du régime invalidité-décès parce qu'on continuera à nous ponctionner cette cotisation après la réforme. Il est bien possible qu'il faille retirer aussi l'ASV du calcul, j'affinerai le calcul quand j'en serai sûr. Ca ne change pas grand-chose, étant donné la faiblesse de ce troisième régime.

Exemple : 

- Donnée 1 = 7 036 €
- Donnée 2 = 40 000 €
- Taux de retraite CARPIMKO = (7036 - 670) / 40 000 x 100 = 15,9 %

Dans cet exemple, vous savez que si la baisse de la CSG ne compense qu'à hauteur de 18 %, vous perdrez 2,1 % de votre revenu dans cette affaire qui vous est décrite comme "favorable".



C'est comme si l'AMO baissait : il faudra travailler plus pour gagner autant. Mais ça reste favorable pour un orthophoniste moyen, alors tout va bien !

Ensuite, vous pourrez affiner vos calculs en considérant un éventuel différentiel d'impôt sur le revenu. Ce seront des calculs à faire quand la réforme et ses décrets d'application seront publiés.



Merci à Marion pour l'info sur l'ASV.






vendredi 13 décembre 2019

Retraites : la FNO s'énerve



La Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO) a publié hier soir un communiqué de presse intéressant :


Le titre, comme vous le voyez :

Réforme des retraites : négocier, ce n’est pas accepter !


Mais si vous regardez bien l'adresse internet de ce communiqué, le titre initial était :

Réforme des retraites : de l'inquiétude légitime à la désinformation - Stop !


On sent bien l'énervement qui les a saisis avant d'écrire ce texte. Pas contre le gouvernement, mais contre les collègues. Il est vrai que depuis l'annonce de M. Philippe, mercredi midi, le silence de la FNO commençait à lui attirer des remarques peu amènes, d'autant que d'autres syndicats avaient réagi. Vous trouverez le texte d'Alizé (syndicat de kinés pas encore représentatif) ici, avec cette conclusion claire : 

"Notre position en l’état actuelle des choses est que trop d’incertitudes demeurent et que la hausse de cotisation que cette réforme met à la charge de notre profession est inacceptable. Comme nous l’avons annoncé nous sommes en train de préparer une consultation destinée aux kinésithérapeutes. Sur les bases de notre analyse et des résultats de la consultation nous annoncerons dans quelques jours les actions que nous envisageons."

Le syndicat Convergence Infirmière s'est exprimé ici, avec une position encore plus braquée :

"Cette allocution du Premier ministre laisse encore de nombreuses zones d’ombre mais apporte des éclairages qui sont inacceptables. Nous appelons donc à la mobilisation début 2020 dans le cadre du collectif « SOS retraites ». Une date de manifestation sera prochainement communiquée. Les spécificités des infirmières libérales doivent être prises en compte et cette réforme doit être largement revue. Face à une réforme inique qui met en danger notre profession, nous ne reculerons pas."

Lassée de lire ce qu'elle appelle de la "désinformation", la FNO a donc fini par publier un texte qui cherchait à nous rassurer sur ses objectifs, sur sa vigilance, sur son féminisme et sur son esprit combattif. 



J'y ai relevé plusieurs phrases significatives :

"L’inquiétude générée par l’incertitude liée à la réforme des retraites engagée par le gouvernement est légitime et elle atteint actuellement son paroxysme dans une frénésie qui fait dire tout et son contraire !"

C'est probablement le passage où le mot "désinformation" devait se trouver à l'origine. Le ton et la ponctuation montrent le degré d'énervement que le bureau de la FNO a atteint. Ceux qui s'inquiétaient de son silence sont forcément des frénétiques, à défaut de pratiquer la désinformation puisque ce mot ne subsiste que dans l'URL.


[La FNO] "n’a pas attendu les mouvements et les grandes déclarations de ces derniers jours pour agir !"

Même remarque : on sent les auteurs piqués au vif. Ca peut se comprendre. Et c'est moins condescendant que la phrase précédente.


"la spécificité sociologique de notre profession entraîne un effet d’injustice criante concernant notre bas niveau de rémunération tant en libéral qu’en salariat."

Ca, c'est forcément une allusion à notre féminisation outrancière. Je ne vois pas où se trouve l'injustice criante en libéral, puisque nous sommes libres de travailler autant que nous le souhaitons. L'AMO est le même pour tous. Les caisses n'ont pas imposé des quotas de patients plus bas aux femmes. C'est pourtant un élément de langage qui revient souvent dans les communiqués de la FNO, depuis quelques anné.e.s.


 
"Les équipes de la CARPIMKO [...] connaissent depuis bien longtemps les échéances démographiques et économiques auxquelles il faudra faire face dans les années futures.

Démographiques, ok. Economiques, c’est étrange : nous ne savons même pas si la Sécurité sociale, et donc l'orthophonie libérale, existeront encore dans trente ans sous la forme que nous leur connaissons. Qui aurait pu prédire que les retraités grecs allaient perdre 30 % sur leurs pensions entre 2010 et 2015 ? La retraite par répartition n'est pas plus sûre que la capitalisation, dans un pays qui se moque éperdument de son endettement. C'est évidemment le cas de la France, une des nations les plus mal gérées de l'OCDE. On peut donc dire que les équipes de la CARPIMKO s'intéressent aux échéances économiques éventuelles. Mais prétendre connaître l'avenir économique, c'est s'attribuer un super-pouvoir. Ca peut rendre le lecteur pour le moins... dubitatif.



"La FNO est en première ligne sur ces sujets depuis des années et a toujours défendu une gestion prudente pour favoriser une juste répartition de l’effort entre les générations"

La valeur du point de nos trois régimes de retraite augmente tous les ans pour les retraités. Les cotisations augmentent tous les ans pour les actifs, indépendamment des lettres-clés. Est-ce cela, une juste répartition de l'effort entre les générations ? Les baby-boomers ont eu tous les privilèges (dont la retraite à 60 ans qu'ils se sont octroyée en 1981), en les faisant financer par les générations suivantes. La répartition de l'effort est donc foncièrement injuste.


 
"L’augmentation des cotisations envisagée est bien entendu au cœur de nos préoccupations"

Cette phrase s'avère beaucoup plus molle que celle d'Alizé sur le même sujet (voir plus haut). Ca m'inquiète.


"Sans complaisance, la FNO rejettera toute proposition qui risque de faire basculer la profession vers une paupérisation progressive et sournoise"

C’est pourtant ce qui se passe depuis le milieu des années 1980 : l'AMO a perdu 42 % de pouvoir d'achat comme je l'ai montré dans un récent article (à lire ici). La FNO se voit contrainte de négocier tous les cinq ans une petite revalorisation, alors que l'inflation, c'est tous les ans. La paupérisation progressive et sournoise est notre lot quotidien. Nos seules échappatoires restent l'augmentation de notre activité et la création de revenus annexes. Je ne dis pas qu'elle pourrait obtenir davantage. Mais au bout de trente-cinq ans, il serait tout de même temps d'acter l'existence de notre paupérisation progressive et sournoise, sans l'attribuer à la rareté du merveilleux chromosome Y...


[La FNO] "n’acceptera pas de lâcher la proie pour l’ombre d’une hypothétique augmentation de nos revenus en contrepartie d’une hausse de nos cotisations."

Ca, c'est un revirement. Au début de l'année, elle parlait de compensation par une hausse de l'AMO et de l'ASV, puis principalement par l'ASV (le régime de retraite des praticiens conventionnés). Mais depuis juillet, M. Delevoye nous loge à la même enseigne que tous les travailleurs indépendants, avec une baisse forfaitaire de l'assiette de la CSG. Autrement dit, on ne voit rien de spécifique pour les paramédicaux pour l'instant.


"l’objectif pour la FNO étant de parvenir à une compensation de l’augmentation des cotisations tout en maintenant des pensions versées qui permettent aux retraités d’appréhender sereinement leur avenir."

On est donc toujours dans l’acceptation du principe de l’augmentation, avec des compensations qu’on pourra nous ôter ensuite en arguant par exemple du fait que la baisse de la CSG lèse l'Assurance  Maladie. Quant au maintien d’une pension qui rend serein : à l’heure actuelle, la CARPIMKO me prédit un revenu divisé par 3.  Finalement, la position la plus sereine, c'est de considérer que les cotisations retraite sont juste un impôt qui finance les baby boomers. Et s'organiser autrement, soit en capitalisant, soit en prévoyant de ne jamais partir en retraite.


"pour arriver à 28,12%, les orthophonistes libéraux n’auraient pas à débourser plus de leur poche que ce n’est le cas actuellement. C’est un point sur lequel nous ne cèderons en rien"

Cette phrase fait plaisir à lire, mais elle soulève deux questions :

  • Quid des orthophonistes libéraux qui dépassent la limite de la tranche à 28,12 % (ceux qui gagnent plus de 40 000 € par an) ? Le rapport Delevoye s'en prend à eux de manière frontale, en augmentant beaucoup plus leur cotisation que celle des autres comme je l'ai montré ici. Personne n'en parle, y compris la FNO. Est-ce un signe avant-coureur de lâchage de ces collègues qui n'ont qu'un seul tort, celui de recevoir beaucoup de patients et de prendre peu de vacances ? Serait-ce juste, solidaire et équitable de s'en prendre encore et toujours à ceux qui sont les éternels perdants des réformes ?
  • Pourquoi envisager l'idée même du passage à 28,12 % ? Pourquoi les indépendants devraient-ils cotiser comme des salariés du privé, aidés par leur employeur ? Pourquoi laisser l'Etat nationaliser les retraites et nous empêcher de cotiser dans le PER qu'il vient lui-même de créer, de manière surréaliste ? Pourquoi ne pas revendiquer la création de trois grands régimes (salariés, fonctionnaires, indépendants), comme le proposent plusieurs économistes ? En définitive, pourquoi accepter de se laisser entraîner sur le terrain que ce gouvernement illogique a choisi ?

"la FNO choisirait avec ses administrateurs une autre voie d’expression."

Autrement dit, toujours aucune consultation de la base, contrairement à ce qu'Alizé envisage. C'est bien dommage.

Haut les cœurs : la messe n'est pas encore dite. C'est la première fois de ma vie que j'espère voir la CGT parvenir à ses fins. 


En attendant, nous sommes bien obligés de faire confiance à nos représentants, dont le dévouement pour le bien commun n'est plus à démontrer. Je persiste à espérer que nous ne soyons pas à l'abri de bonnes nouvelles.