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mardi 19 décembre 2023

PER : la solution pour tuer l'impôt ?

 

En cette fin d'année, il peut être tentant de faire un gros apport ponctuel sur son plan d'épargne retraite (PER) pour réduire son impôt sur le revenu.

Rappelons d'emblée que ça ne fera pas du tout baisser vos charges sociales. C'est purement fiscal.

Quelle sera la baisse d'impôt ?

Tout dépend de votre tranche marginale d'imposition. Si vous êtes dans la tranche à 30 % comme beaucoup de paramédicaux, un apport de 1000 € avant le 31 décembre fera baisser votre impôt de 300 €. Le fisc ne l'apprendra qu'en juin de l'année suivante, mais il régularisera dans le bon sens.

Vous trouverez votre taux à la fin de votre avis d'imposition :

Si vous êtes dans la tranche à 11 %, c'est évidemment beaucoup moins intéressant. Il y a des solutions de défiscalisation plus puissantes dans ce cas : Sofica, FIP, FCPI, SCPI Malraux... Et pour l'épargne de long terme il y a le PEA et l'assurance vie, la tontine, les contrats de capitalisation...

2035 ou 2042 ?

Si vous avez vraiment fait une excellente année et que le PER vous attire, vous pouvez dépasser le plafond annuel en utilisant les plafonds non utilisés pendant les années précédentes. Vous trouverez l'info sur la dernière page de votre avis d'imposition :

Pour ce faire, il faut déduire le PER sur la déclaration perso (la 2042), au lieu de la 2035. Mais si vous n'avez pas d'anciens plafonds à utiliser, il vaut mieux passer par la 2035 :

  • Votre revenu pro sera plus bas et ça peut vous donner accès à certaines prestations sociales.
  • Les plafonds annuels sont plus hauts quand on passe par la 2035. Ce sont les plafonds de l'ancien Madelin retraite, alors que sur la 2042 ce sont ceux de l'ancien PERP (voir cet article). Le PER de Bruno le Maire a remplacé ces deux dispositifs à la fois.

Le triple effet Kiss Cool du PER

Non seulement cet apport fera baisser votre douloureuse l'an prochain, mais en plus cet argent pourra être libéré avant la retraite si vous achetez votre résidence principale ! Jamais le Madelin retraite n'a permis ça.

Rappelons aussi que vous pourrez reprendre votre argent sous forme de capital, et pas forcément sous la forme d'une rente viagère. La rente obligatoire était l'énorme inconvénient du Madelin. Vous ne pouviez y échapper qu'en ayant un mini-contrat, avec quasiment pas d'argent dessus. Mais à quoi bon...

Mieux encore : en cas de gros pépin (ex : une invalidité) avant la retraite, vous pouvez récupérer l'argent du PER sans subir la fiscalité habituelle ! Le PER est une prévoyance qui s'ignore (voir cet article).

Est-ce la panacée ?

La panacée n'existe pas, en matière d'impôt. En général, quand vous avez une niche fiscale, il y a un loup quelque part.


  • L'argent va dans une autre poche que la vôtre parce qu'on vous fait acheter un bien surestimé (ex : certains biens immobiliers Pinel ou Bouvard-Censi).
  • L'argent part dans des montages fiscaux complexes que le fisc aime démonter s'il le peut (ex : le Girardin industriel).
  • On vous fait prendre des risques que vous n'auriez pas pris autrement, avec des contrats gavés de frais (ex : les FCPI).
  • L'Etat vous attire artificiellement vers des placements au rendement atone (ex : les groupements forestiers).

Alors où est le loup dans le cas du PER ?

Il  est dans la récupération de l'avantage fiscal.

Reprenons l'exemple des 1000 € apportés cette année et des 300 € d'impôt gagnés. Si vous récupérez vos 1000 € en 2050 et que vous êtes toujours dans la tranche à 30 %, le fisc vous reprendra 300 € ! Et si vous avez perçu des intérêts, il les taxera aussi.

Pire : si vous atteignez la tranche à 41 % en 2050, l'Etat vous reprendra 410 € au lieu de 300.

En fait l'Etat vous attend au tournant. Le seul moyen de sortir gagnant d'un PER, c'est de descendre d'une tranche ou deux lors de son départ en retraite. Si vous descendez dans la tranche à 11 %, le fisc ne vous reprendra que 110 € en 2050, au lieu de 300.

Le PER est un pari sur l'appauvrissement qui vous guette pendant vos vieux jours. Les assureurs mettent en avant le fait qu'il est fort probable que cela vous arrive.

Mais si vous êtes actuellement dans la tranche à 11 % grâce à vos enfants et à un conjoint qui gagne mal sa vie, il est tout à fait possible que vous finissiez à 30 % à 70 ans. Dans ce cas de figure, l'Etat sera le gagnant du pari-PER.

Et en cas de stagnation ?

 
Si vous ne changez pas de tranche, le fisc reprendra ce qu'il vous aura donné.

Il y a deux manières de voir ça.

Manière optimiste : pendant ce temps, vous aurez pu épargner une partie de vos impôts, au lieu de les voir partir dans le tonneau des Danaïdes. Et 300 € de 2023 ne sont pas 300 € de 2060.

Manière pessimiste : c'est un coup d'épée dans l'eau. Et puis on n'a aucune idée du barème d'imposition de 2060 ou 2080. Le barème actuel n'a d'ailleurs rien à voir avec celui du début des années 2000. Les politiques sont joueurs.

Que faire ?


 Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine, donc je ne peux que vous décrire mon angle de vue. Un CGP pourrait analyser vos besoins et vos stratégies, puis vous conseiller plus précisément.

Je fais des apports ponctuels sur mon PER parce que je suis dans un cas de figure qui s'y prête :

  • J'ai 53 ans. Je commence à avoir une idée de ma situation et de celle de l'Etat pour le jour de mes 67 ans. Dans les années 90, j'excluais totalement l'idée d'un Madelin retraite.
  • Je suis dans la tranche à 41 %. Je peux miser sur une stagnation de mon imposition, ou plus probablement une descente dans la tranche à 30.
  • Je ne mise pas sur ce seul cheval pour réduire ma facture fiscale, ni pour bâtir une vraie retraite à côté de celle de la Carpimko.

Miser, d'accord, mais sur quels fonds du PER ?

Ici encore, il n'y a pas de réponse universelle. Si vous avez beaucoup de temps devant vous et que votre estomac est bien accroché, les actions offrent traditionnellement un meilleur rendement que le reste. 

Dans un PER, les actions sont généralement incluses dans des SICAV ou des fonds communs de placement. Plus rarement, les PER donnent accès à des ETF (appelés aussi "trackers") : des fonds qui se contentent de suivre un indice boursier. 

Quand je n'y connaissais rien, je n'utilisais qu'un ETF, qui était basé sur l'indice mondial : le MSCI World. Sur le long terme, les bourses montent parce que l'économie se développe. Donc je pensais que j'allais suivre, et c'est ce qui s'est passé. J'ai mis ce type d'ETF dans mon PEA, puis dans mon PER.

Mais si vous voulez sécuriser votre capital en renonçant au rendement des actions, vous pouvez miser sur le fonds en euros de votre PER.

Entre les deux, il y a le risque mesuré : les SICAV obligataires et les fonds immobiliers (qui font grise mine cette année), si votre PER en propose. C'est le cas de Linxea Spirit, par exemple.

Ca devient compliqué...

Oui. M'enfin ce n'est pas non plus réservé aux Polytechniciens.

Comme toujours en matière d'épargne, il y a trois méthodes :

  • Se méfier de tout de tout le monde tout en rejetant le système, donc ne rien faire ; puis découvrir à 67 ans que la Carpimko n'est qu'une peau de chagrin.
  • Préparer l'avenir en refusant de s'en occuper, donc déléguer à des conseillers qui vivront sur les frais... et le rendement.
  • Apprendre, ne serait-ce que pour comprendre les propositions des conseillers (exemple pris au hasard : apprendre avec ma formation sur le PER).

lundi 20 juin 2022

Inflation et AMO gelé : comment s'adapter ?

 

L'inflation est au cœur de ce blog depuis 2008. Pendant toutes ces années, j'en ai parlé comme d'un cancer insidieux qui rongeait l'orthophonie, en s'attaquant d'abord aux collègues des grandes villes et à ceux qui n'avaient pas la possibilité de travailler davantage pour compenser.

Jusqu'à l'an dernier, la hausse des prix nous ôtait 1 ou 2 % de pouvoir d'achat par an, sauf les rares années où les caisses proposaient une petite enveloppe à la FNO. Mais cette obole survenait juste deux fois par décennie. Les deux dernières fois, les avenants ont soigneusement évité l'AMO. Ils n'ont donc pas concerné tout le monde de la même manière.

L'an dernier, j'ai cherché à estimer (ici) notre érosion sans me limiter à celle de l'AMO : je suis arrivé à une fourchette de 13 à 25 % de perte entre 1983 et 2021.

Pendant ces années de cancer insidieux, nous nous rassurions en nous disant que nous n'étions pas les plus à plaindre, que c'était la triste évolution de l'ensemble de la population (ce qui était faux) et qu'il fallait être deux pour négocier. C'étaient les arguments les plus répandus sur les réseaux sociaux orthophoniques.

Bon an mal an, nous essuyions nos -1 à -2 % de pouvoir d'achat sans broncher. Nous ne nous apercevions du problème qu'en considérant de longues périodes. De toute manière, qu'aurions-nous pu faire ? 


Et puis la vraie inflation est revenue.


Pas besoin de regarder une longue période, à présent : tous les mois, on nous annonce un demi-point de plus. Le mois dernier, la France se situait à 5,2 % d'inflation. Les ruineux boucliers mis en place sur l'énergie abaissent artificiellement ce chiffre d'environ 2 %. D'ailleurs, l'Allemagne est à 7,9 %, l'Espagne à 8,7. L'Estonie détient le record de la zone euro avec 20 %

Un exemple concret de répercussion sur nos vies : ce week-end, j'ai voulu savoir où en était le sac de 15 kg de granulés de bois. J'avais payé les derniers 4,50 € au milieu de l'hiver. Eh bien... Bricomarché m'annonce 5,90 €, soit une hausse de 31 %. Mais même à ce prix, la demande est si forte qu'ils n'en ont plus.


Que se passe-t-il ?

La hausse des prix a été amorcée l'an dernier par des pénuries de matières premières, des confinements en Asie, un réveil de la consommation après la pandémie et une politique très accommodante des banques centrales et des États. 

Demande forte + pénurie = hausse des prix.

C'était logique. Et puis la guerre d'Ukraine a dopé le mouvement. C'est une inflation importée, avec une part d'anticipations spéculatives. Nous la devons essentiellement au prix des matières premières et de l'énergie. C'est ce qui fait qu'un citadin sans voiture, qui vit dans un bâtiment récent, se sent moins impacté qu'un rural qui loge dans une passoire thermique. 

Même problème au cabinet, d'ailleurs. Nos tarifs sont un T-shirt à taille unique (le SMIC en est un autre), alors que nous ne subissons pas tous les mêmes contraintes.


Est-ce que cette tempête va durer ?

Les économistes ont mis beaucoup de temps à s'accorder sur l'existence-même du problème. A présent, certains voient venir un pic dans les mois qui viennent, suivi d'un maintien des prix à un plafond haut. D'autres disent que le cours des matières premières peut chuter subitement. C'est souvent arrivé. Le ministre des Finances, lui, dit qu'on sortira du pic à la fin de 2023

Alphonse Allais disait : "Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l'avenir."

Alors... nous verrons bien. 

Ce qui est probable, c'est la suppression des boucliers français qui protègent tout le monde ; et leur remplacement par des dispositifs qui cibleront les Français les plus nécessiteux (NDLR : donc... pas nous). Ca coûtera moins cher, tout en permettant d'être plus généreux avec ceux qui en ont le plus besoin.

Les 18 centimes de baisse des taxes sur les carburants, notamment, devraient disparaître progressivement au quatrième trimestre. Concernant l'électricité (et le gaz), il arrivera un moment où les fournisseurs n'en pourront plus. Dans certains pays européens, les factures ont doublé. Ici, on force EDF à prendre les hausses dans son bilan sans les répercuter aux clients, alors qu'elle est déjà mal en point.

Pendant ce temps, les salaires indexés (donc proches du SMIC), les pensions de retraite et les minima sociaux vont suivre le mouvement.

 

Et les orthophonistes libéraux ?


Ca risque de picoter à l'automne, quand les aides larges seront supprimées.

Heureusement, ça coïncidera avec les premières hausses de tarifs de l'avenant 19, qui devraient survenir à la Toussaint. Les suivantes nous toucheront en juillet 2023. Et puis... ce seront 4 ans de vide, avant les négociations de 2027. 

Il faut espérer que l'inflation revienne à 1 ou 2% dans un an. Finalement, un cancer à évolution lente, c'est mieux que la thrombose actuelle.

 

Que faire si nous passons plusieurs années entre 5 et 10 % ?

Plusieurs idées (voir aussi cet article) : 

  • Espérer que les caisses acceptent de remettre en cause leur mur du silence avant 2027. Je ne miserai pas là-dessus, sauf peut-être pour les médecins. Mais les auxiliaires médicaux resteront toujours la cinquième roue du carrosse.
  • Espérer que l'URSSAF et la CARPIMKO réduisent leur facture pour compenser. Ne riez pas.
  • Travailler plus pour gagner plus : il n'y a pas de plafond de rentabilité, mais juste un plafond de fatigue et un plafond de tolérance de nos proches.
  • Orienter sa pratique vers les cotations hautes.
  • Déménager dans une zone où tout est moins cher, pour se sentir mieux dans le T-shirt à taille unique.
  • Devenir frugal(e), tant sur le plan perso que sur le plan pro : Slowortho vous y aidera.
  • Comprimer tous les frais : assurances, abonnements en tous genres, AGA, comptable éventuel ; tenir un tableau pour surveiller leurs évolutions de tarifs.
  • Formations : utiliser le DPC au maximum.
  • Lutter contre l'absentéisme.
  • S'associer pour partager les frais.
  • Rouler à l'e85 ou à l'électricité. Je fais les deux.
  • Utiliser au maximum l'économie collaborative. Il y a vraiment une mine d'or là-dedans.
  • Acheter principalement des promotions et du déstockage. Ca fausse l'idée du vrai prix des choses, mais tant que l'AMO sera gelé, ce sera à faire. Quand je fais mes courses, je n'achète pas de la nourriture, j'achète des promotions avant tout. Ensuite on regarde comment en faire des plats. Et on stocke beaucoup, hors frais (ex : 6 kg de café le week-end dernier).
  • Pour les achats technologiques : toujours commencer par Dealabs.
  • Développer une activité secondaire, si possible indépendante du temps passé (c'est un peu ce que j'ai fait avec mes formations en streaming). Vous trouverez 63 idées d'activités dans cette vidéo d'André Dubois :


 

Il faudra aussi protéger son épargne de l'inflation. Ca mériterait un article entier. Mais voici quelques pistes glanées dans mes lectures depuis quelques semaines :

  • L'immobilier est souvent cité parmi les boucliers anti-inflation, parce que les loyers sont indexés. Encore faut-il encaisser ces loyers... et en France, on change les indices quand les locataires commencent à tiquer. On peut donc imaginer que le gouvernement réduise la part de l'inflation dans l'indice de révision des loyers (IRL).
  • Quant aux SCPI, elles dépendront d'une éventuelle récession, puisque c'est de l'immobilier professionnel. Avant d'acheter, il faut regarder comment elles ont traversé les crises de 1992 et de 2008. Attention aussi à la fiscalité !
  • La bourse n'a pas encore atteint les niveaux planchers qui justifieraient des achats massifs, d'après ce que j'ai entendu et lu ce week-end. Et surtout, si vous y allez quand même, investissez de manière progressive, fractionnée, pour lisser votre cours d'achat.
  • On n'a aucune visibilité sur les cryptos. Ca tangue fortement : le Bitcoin vient de passer sous les 20 000 €. Coinbase licencie 1100 employés.
  • L'once d'or se porte mieux, comme toujours quand l'incertitude domine. Vous pouvez en acheter avec des ETF, notamment.
  • Vous pouvez vous diversifier en achetant des ETF sur les matières premières, de la forêt-papier, des produits structurés.
  • Gardez de l'argent immédiatement disponible pour profiter d'éventuelles bonnes affaires. "Cash is king", comme on dit dans la Silicon Valley.

Deux liens intéressants dans ce domaine :

https://outsmart.fr/video/comment-se-proteger-de-linflation/

https://avenuedesinvestisseurs.fr/inflation-comment-proteger-son-epargne/


Bien sûr, aucune des idées de cet article ne vaudra une indexation de l'AMO sur l'inflation. 

Dans les années 1970, quand les prix prenaient 10 à 15 % par an, nos tarifs suivaient. Le décrochage a commencé en 1983. Quelques années plus tard, les caisses ont inventé les cinq ans de silence, puis le gel des lettres-clés. L'AMO est parti pour 15 ans à 2,50 €.

2022-2027 : nous avons devant nous cinq ans de méditation, loin du fracas. Mais dans le tracas.

Quant à moi, chaque jeudi dans ma newsletter (laissez votre mail ici), je continuerai à vous transmettre les infos et les conseils que je glanerai auprès des experts et que j'adapterai à notre situation particulière. Il ne s'agit pas de se laisser dériver dans cette tempête. Surtout, ne sombrons pas dans la léthargie !

lundi 2 mai 2022

CARPIMKO : mon amie de 30 ans - On fait le bilan !

 


C'est souvent en regardant les évolutions sur le long terme qu'on identifie les tendances de fond.

En début d'année, quand la CARPIMKO publie son barème, je vous fais souvent part du pourcentage de hausse que cela représente. Mais je le fais d'une année sur l'autre. Aujourd'hui, je vais le faire sur 30 ans grâce à un papier que j'ai retrouvé dans mes archives.

Pour mémoire, la CARPIMKO nous prélève 7 cotisations :

  • 2 pour le régime de base, qui sont les mêmes pour toutes les professions libérales sauf les avocats
  • 2 pour le régime complémentaire, en forte hausse tous les ans
  • 2 pour le régime des praticiens conventionnés
  • 1 pour le régime invalidité-décès, en forte hausse cette année

Voici l'état des lieux que m'avait envoyé la CARPIMKO en 1992 :


A l'époque, le système nous poussait clairement à travailler : quel que soit notre revenu, le total était de 16 220 F, soit 2 473 €, ou 3 697 € actuels (source : https://www.insee.fr/fr/information/2417794).

Nous pouvions cotiser davantage si nous le souhaitions, en optant pour les "classes" C à F. Mais c'était facultatif. 

Je m'étais bien gardé de faire confiance à la CARPIMKO en lui donnant volontairement une partie de mes revenus. Le livre blanc de Michel Rocard (voir ici) était paru l'année précédente. 

 

 

M. Rocard montrait bien que le système de retraite par répartition allait au-devant de grands dangers à cause de l'évolution démographique du pays et de son apathie économique.

Malheureusement, quelques mois plus tard, le facultatif est devenu obligatoire. Puis chaque régime a été réformé, au fur et à mesure ; avec à chaque fois une aggravation des conditions pour les cotisants. Mais l'honneur était sauf : on ne baissait pas les pensions des retraités. La solidarité intergénérationnelle fonctionne à sens unique.

Où en sommes-nous, 30 ans plus tard ?

J'ai voulu le savoir précisément.

Puisque la cotisation est maintenant liée aux revenus, j'ai cherché à savoir quelle évolution nous subissions à 30 000, 45 000 et 60 000 € de bénéfice :


Comme vous le voyez dans la ligne rouge, l'augmentation va de +63 % à +129 %, même en tenant compte de l'inflation !

Chaque hausse annuelle reste peu lisible : elle est noyée dans le système des régularisations. Et surtout, aucun syndicat ne s'en plaint, puisque ces corporations participent à la gestion de la CARPIMKO.

Mais sur 30 ans, la dérive est bien lisible. En comparaison, l'URSSAF s'est mieux tenue : la hausse d'une cotisation a généralement été compensée par la baisse d'une autre. A la CARPIMKO, on sait augmenter 3 ou 4 cotisations à la fois, sans la moindre contrepartie ; et tous les ans.


Mais c'est pour notre bien, non ?

Si. En théorie.

Le principe de la retraite par répartition paraît cohérent, équitable et solidaire : les jeunes paient pour les aînés. Puis à leur tour, ces jeunes devenus vieux sont financés par leurs enfants. Et ainsi de suite.

Le problème, c'est que c'est une pyramide de Ponzi légale : si vous avez 25 ans, vous savez combien de baby boomers vous devez financer. Mais une bonne partie de ceux qui devront financer VOTRE retraite ne sont même pas nés. Et on ne sait pas quelles conditions économiques ils rencontreront d'ici là. Les auxiliaires médicaux seront-ils encore conventionnés ? Tant de choses peuvent se passer.

Il n'y a donc pas beaucoup plus de sécurité dans notre système que dans la retraite par capitalisation (l'épargne).

Bien sûr,  on pourra toujours dire que les régimes par répartition ont la possibilité de s'endetter. Mais c'est immoral. Moi, j'aime mes enfants. Je n'ai pas envie de leur faire supporter mon impéritie.


D'après Patrick Artus, pour chaque euro cotisé depuis le début des années 80, un système de retraite à 100% par capitalisation aurait rapporté 21,90 € contre 1,90 € en répartition.

Cela aurait en outre financé l'économie du pays. Mais les principes généreux agissent comme le soleil sur un pare-brise : ils nous empêchent de voir la réalité. Nos syndicats font partie des gens éblouis par les grands principes.

Alors on n'en sortira pas. Longue vie à la vorace CARPIMKO !

Rendez-vous dans 30 ans...


mardi 11 janvier 2022

Orthophonie : quel avenir ? Grains ou éclaircies à l'horizon ?

 

 

J'ai pris cette photo sur une plage normande, un jour d'octobre où les grains et les éclaircies se succédaient.

C'est aussi le spectacle qu'offre l'orthophonie d'aujourd'hui. Les grains apparaissent à l'horizon, mais aussi les éclaircies. En pareille circonstance, on se demande toujours si on va s'en sortir sec, ou essoré.

 

Commençons par énumérer les grains : ça nous permettra de finir sur une tonalité plus joyeuse.

1) L'inflation

L'inflation est de retour :
https://www.capital.fr/entreprises-marches/france-inflation-de-2-8-sur-un-an-en-decembre-3-4-en-donnees-harmonisees-1424386

Les économistes hésitent encore sur cette hausse des prix : est-ce juste un effet covid momentané, ou un retour durable dû à des causes profondes (ex : la transition énergétique, horriblement coûteuse mais nécessaire) ? Un critère important sera l'enclenchement de la boucle prix-salaires : si les salaires augmentent après les prix, nous pourrions avoir une vraie inflation durable, auto-alimentée.

Pour nous qui avons des tarifs réglementés, l'inflation est un grain extrêmement menaçant : nous n'avons plus de boucle prix-tarifs depuis le tournant de la rigueur de 1983. Ca date.

2) Les négociations conventionnelles

L'inflation, c'est un mouvement permanent. Mais les négociations conventionnelles avec la sécu, c'est tous les cinq ans. Pourquoi ? On ne sait pas.

Quoi qu'il en soit, on ne rattrape jamais cinq ans d'inflation, même en combinant une hausse de l'AMO et quelques modifications de la nomenclature.

Lors des dernières négociations, en 2017, nos représentants ont même accepté de signer un accord sans hausse de l'AMO, alors que le C des médecins prenait 9 % dans le même temps.

Cette année, c'est reparti pour un tour : la lettre de cadrage du ministère exclut une hausse de l'AMO. La présidente de la FNO s'en est émue :
https://fno.fr/actualites/vie-syndicale/declaration-liminaire-lue-par-anne-dehetre-presidente-a-louverture-des-negociations-conventionnelles/

Que peut-on attendre, dans ces conditions ? L'avenant 16 a tracé la voie :

  • quelques petits forfaits ; rappelons que la rémunération à l'acte est considérée comme une horreur par une partie de l'intelligentsia française et que la forfait est un excellent moyen d'abaisser notre taux horaire ;
  • un saupoudrage de dixièmes de coefficients dans la nomenclature ;
  • une hausse des aides à l'installation dans les zones très sous-dotées (avec un zonage qui permet de nier la réalité du terrain).

En somme : rien ne compensera 3% d'inflation par an. Et si l'inflation dérape carrément ? Eh bien... aucun dispositif n'est prévu. Un assouplissement des dépassements d'honoraires, par exemple pour monétiser une compétence poussée, nous offrirait une bouffée d'oxygène. Mais nos représentants ne le revendiquent pas. Bien sûr, il y aurait de l'injustice sociale dans une mesure de cet ordre. 

Mais à force de refuser l'injustice sociale pour les autres, nous l'admettons pour nous : pendant que nos tarifs décrochaient de l'inflation, le pouvoir d'achat global de la population n'a cessé d'augmenter, bien qu'elle ait eu le sentiment inverse. Les chiffres sont têtus.

Imaginez un restaurateur qui s'alignerait sur les tarifs du restaurant universitaire pour être socialement juste. C'est ce que nous faisons.

3) CARPIMKO = régime spécial ?

Le pouvoir a laissé entrevoir les contours de la réforme Delevoye v.2. Il est fort probable que nous y ayons droit au second semestre, en cas de réélection.

On commence à comprendre qu'ils réfléchissent à un nouveau décalage de l'âge de départ, ce qui n'est pas trop grave. Même si nos bornes actuelles de 62 et 67 ans deviennent 64 et 69, ça ne changera pas la face du monde.

Plus gênant : les régimes autonomes comme la CARPIMKO n'existent pas dans la communication du pouvoir. Nous restons donc assimilés aux régimes spéciaux comme ceux d'EDF et de la SNCF, qu'il veut voir disparaître. 

La CARPIMKO elle-même ne communique pas sur ce thème. Elle donne l'impression de se laisser assimiler aux régimes spéciaux. Peut-être a-t-elle une stratégie visant à nous défendre. Dans ce cas, elle le cache bien.

On nous prépare donc un retour du matraquage qu'on voulait nous infliger en 2019. Nos représentants avaient cautionné une compensation par la baisse de la CSG. Mais elle était inconstitutionnelle, d'après les avocats. Et elle ne protégeait absolument pas ceux qui avaient le malheur de dépasser 41 136 € de bénéfice. Après tout, ces collègues n'ont qu'à payer, non ? Ils ont l'habitude.

En fait, le passage aux fameux 28% de cotisation retraite serait une grosse incitation à soigner le moins de patients possible : à quoi bon s'échiner, si c'est juste pour payer les retraites des baby boomers et si ça contribue à être abandonné dans la tourmente par ses pairs ?

4) La pression de la demande

Que vous soyez en zone sous-dotée, intermédiaire ou très dotée, vous avez probablement une liste d'attente. Rares sont les endroits où nous faisons face à la demande.

Dans les faits, pour beaucoup de patients potentiels, nous n'existons plus. Ecouter les messages du répondeur est un exercice angoissant pour tout professionnel de santé doté d'un minimum d'empathie.

5) le délire administratif 


La glorieuse administration française aime consommer le temps des citoyens. Nous n'échappons pas à ce gaspillage d'énergie, avec :

  • des comptes rendus de bilans dont seule la conclusion intéresse la plupart des médecins
  • l'obligation de s'inscrire à mssanté, alors que les médecins sont chez Apicrypt
  • l'obligation de déclaration d'indicateurs
  • la DAP papier maintenue dans tant de départements, à l'heure où la Poste impose des augmentations délirantes sur les timbres
  • la double prise en charge : conventions à lire, à renvoyer, puis factures à fabriquer, puis vérification du fait que les centres paient réellement (plusieurs semaines plus tard)
  • les mutuelles non gérées par la carte Vitale, avec tous les défauts de paiement que cela peut induire pour ceux qui rendent service à leurs patients avec le tiers payant intégral
  • CFE : déclaration peu compréhensible, paiement compliqué qu'il faut aller trouver soi-même depuis qu'ils ne daignent même plus envoyer une facture (un comble du masochisme : allez chercher vous-même votre claque)
  • Déclaration DSPAMC : il y a 20 ans, il y avait trois fois moins de cases sur la déclaration d'URSSAF ; si le fisc et l'URSSAF échangeaient leurs fichiers, tout serait simple ! Trop simple pour la glorieuse Administration française.

La plupart de ces points ne concernent que ces dernières années. On voit mal pourquoi le délire cesserait subitement. Prenons les paris !


Passons aux éclaircies

J'ai pris cette photo le même jour que celle du début de l'article, à Yport (76).

Il est hors de question de ne voir que les nuages sombres à l'horizon ! Entre deux grains, il y a toujours une éclaircie.

1) Un état d'esprit extrêmement positif

Nous avons une profession vivante, créative, réactive (cf rééducation de l'anosmie), assoiffée de nouveaux savoirs.

Nous nous formons sans cesse, de diverses manières.

Nous partageons nos trouvailles. Le merveilleux site PONTT le prouve chaque jour depuis de nombreuses années. Les réseaux sociaux fourmillent d'idées et de conseils.

La semaine dernière, j'ai ouvert un compte Instagram pro : @lefebvreortho. J'ai été accueilli avec une bienveillance émouvante. J'ai découvert une nouvelle preuve du dynamisme de notre profession. Si vous voulez vous rebooster, allez voir le hashtag #orthophonie et les stories des collègues ! C'est un bouillonnement permanent. Vraiment impressionnant. 

 

Instagram ne se cantonne pas au partage de photos de son chat ou de couchers de soleil flous avec un horizon penché et des couleurs délavées. Allez voir l'Insta orthophonique : c'est bon pour le moral.

2) Votre métier en a encore sous le pied

Faisons les comptes :

  • En moyenne, les relevés individuels d'activité de la sécu disent que l'acte moyen est un AMO 13.
  • Sans aller trop loin dans le surmenage, on peut imaginer 60 actes par semaine, sur 45 semaines par an. Certains font nettement plus, d'autres nettement moins.
  • Total : 45 x 60 x 13 x 2,50 = 87 750 € de recette.

3) Vous pouvez optimiser 

Vous pouvez optimiser vos dépenses pro pour garder 2/3 pour vous (cf cet article : Comment passer de 50 à 30 % de charges ?) : votre revenu sera alors de 58 500 €, soit 4875 € par mois. C'est très honorable pour des bac +3 à 5.

Alors oui, nos tarifs sont quasiment gelés. Mais heureusement, ils partaient de haut au début des années 80, avant que l'inflation commence à les grignoter.

4) Avec 4875 € par mois, vous pouvez épargner.

En tout cas, c'est possible en Province. Et là, le cercle vertueux s'enclenche : une partie de vos revenus se transforme en épargne de précaution, puis en génération de revenus complémentaires. Non seulement vous vous prémunissez contre une mauvaise chute ou une rencontre inopinée avec un sanglier, mais en plus vous commencez à vous détendre face au blocage de l'AMO. Et vous n'avez plus de raison de pester contre notre protection sociale faiblarde par rapport à celle des salariés.


La plupart de mes formations en ligne vous aident à enclencher et à développer ce cercle vertueux. Ma newsletter vous parle très souvent d'épargne, entre autres (cliquez ici pour ne rien manquer de l'actu ortho). Mais le préalable, c'est de constituer le ratio bénéfice / recettes qui vous laissera une capacité d'action. Vous savez aussi que plus vous développez vos recettes, moins les charges fixes vous pèsent. Mieux : la CARPIMKO ne vous prend plus grand-chose à partir de 41 136 € de bénéfice ! la vie est belle, sans réforme Delevoye.

5) Renouveler son intérêt pour le métier

L'orthophonie est une passion pour beaucoup d'entre nous. Le travail sur la langue, le contact, le sentiment d'utilité, les évolutions permanentes des savoirs et des techniques : il y a de quoi s'y absorber pendant 45 ans sans s'ennuyer.

Mais si la lassitude vous saisit, ce métier vous offre de nombreuses possibilités :

  • vous former intensément sur un sujet donné et le faire savoir auprès des médecins
  • changer votre approche (ex : la formation d'Isabelle Bobillier-Chaumont, qui vous retournera la tête) 
  • ajouter des cordes à votre arc : apprendre la LSF, apprendre à dessiner avec Samuel Bruder, acheter une imprimante 3D pour fabriquer du matériel...
  • militer : participer à la FNO, à une URPS, à une CPD, à des manifs si vous voulez entraîner votre voix...


5) Créer une activité secondaire pour vivre de sa passion

Si vous voulez vous ouvrir à d'autres horizons éclaircis, vous pouvez développer une activité secondaire. Les conditions n'ont jamais été aussi favorables, grâce à internet qui vous permet de vous faire connaître.

L'éventail des possibilités est quasiment infini. Dans ma formation Contourner le blocage de l'AMO, je vous ai proposé une méthode sans risque financier. Sans risque tout court, en fait. Mais il y en a des milliers d'autres.


Alors, grains ou éclaircies ?

Tout est une question d'état d'esprit. 

J'ai longtemps vu les grains. Il est évident que l'orthophonie française est une profession prise en étau. C'est le lot de tous les auxiliaires médicaux. Il est vrai aussi que la politique de nos propres représentants nous désarçonne souvent : des années d'efforts sur l'exercice salarié, l'écriture inclusive  et l'accès direct, plutôt que sur l'AMO, par exemple. Quand on voit un glaive et qu'on doute de son bouclier, on peut être inquiet.

Mais tout de même, si on se tourne vers les éclaircies, on voit que la profession a de beaux restes et qu'elle conserve un ressort impressionnant. Une vivacité. Et puis tant de portes restent ouvertes vers l'épanouissement professionnel, dans l'orthophonie ou en parallèle !

Réjouissons-nous. Râler, c'est mauvais pour nos artères. Il sera bien temps de nous faire du mouron si la réforme des retraites s'abat sur nous comme une falaise normande.

mardi 25 mai 2021

Nouvelle cotisation URSSAF : les détails

Si vous faites partie des paramédicaux affiliés à la CARPIMKO, vous savez que vous avez un délai de carence de 90 jours en cas d'arrêt de travail, contre 3 jours pour les salariés du privé et 1 jour pour les fonctionnaires.

Ces trois mois font le bonheur des assureurs, qui nous vendent leurs contrats de prévoyance. Ils améliorent aussi ce que la CARPIMKO nous verse à partir du 91ème jour.

Nous pouvons aussi nous auto-assurer, en accumulant trois mois de trésorerie immédiatement disponibles sur des livrets et/ou des assurances vie réactives. Si vous voulez approfondir le sujet des prévoyances, j'ai écrit cet article il y a quelques années, pour expliquer pourquoi j'avais résilié la mienne :

https://orthogestion.blogspot.com/2008/08/assurances-prvoyance-quen-penser.html

L'Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL) a jugé que le système actuel n'était pas suffisant. Pour elle, il faut absolument nous faire cotiser pour percevoir des indemnités journalières avant 90 jours. Le premier confinement lui a permis de militer avec succès pour qu'une nouvelle cotisation URSSAF soit inventée.

Rappelons les six cotisations obligatoires que l'URSSAF nous prélève déjà : 

  • la contribution sociale généralisée (CSG)
  • la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS)
  • les allocations familiales
  • la cotisation à l'assurance maladie
  • la contribution à la formation professionnelle (CFP)
  • la contribution aux unions régionales des professionnels de santé (CURPS).

Il y en aura donc une septième à partir du 1er juillet 2021. Ajoutée aux sept de la CARPIMKO, nous arriverons à 14 cotisations sociales. C'est la fête.

A présent, nous connaissons les contours du nouveau dispositif. Examinons-les de près.


Le prélèvement 

L'URSSAF va ponctionner 0,30 % de plus sur notre bénéfice. Cela équivaudra donc à une baisse de nos tarifs. Cependant, on peut espérer que cette cotisation soit elle-même déductible. Rappelons que les contrats de prévoyance Madelin sont déductibles fiscalement, mais non déductibles des charges sociales.

La nouvelle cotisation sera par exemple de 90 € pour un bénéfice de 30 000 €. 

Il faudra atteindre un bénéfice de 123 408 € (chiffre de 2021) pour commencer à y échapper : au-delà, elle stagnera à 370 €. Autrement dit, quasiment aucun paramédical conventionné ne pourra s'en affranchir.

Outre ces 370 € maximaux, il y aura aussi une cotisation minimale : 49 € en 2021.

La prestation

 

 

Comme toujours, la ponction est sûre, mais la prestation s'avère moins probable (et non souhaitable). Regardons donc ce que nous allons nous offrir pour 0,3 % de notre revenu :

  • L'indemnité journalière sera de 1/730ème du revenu annuel. Pour reprendre l'exemple d'un bénéfice à 30 000 €, cela fera une IJ de 41 €.
  • Le délai de carence passera de 3 mois à 3 jours.
  • Au-delà des 90 jours, la CARPIMKO prendra le relais.

Une bonne affaire ?

Dans mon exemple d'un collègue ayant un bénéfice de 30 000 €, la cotisation d'un an sera remboursée en 2,2 jours ; soit 5,2 jours de maladie, avec les 3 jours de carence. Ca paraît excellent. Reste que les montants ne permettront pas de vivre : 41 € par jour, cela fait 1 230 € par mois, pour une personne qui gagne 2500 € en temps normal (30 000 / 12).

Deux catégories de personnes sont choyées par cette nouvelle assurance obligatoire :

  • Les anciens, comme votre serviteur, qui ne seront pas surtaxés au seul motifs qu'ils vieillissent.
  • Les collègues qui ont déjà un problème de santé qui entre dans les critères d'exclusion des assureurs.

Pour les jeunes en bonne santé, ce sera une dose supplémentaire de solidarité. Ils en ont l'habitude.

Sur le principe, il paraît étonnant que les représentants des libéraux aient imaginé un énième dispositif obligatoire, donc coercitif. Leur argument principal : 20 à 25 % seulement des libéraux se garantissent avec des indemnités journalières. Mais cela ne prend absolument pas en compte l'auto-assurance. Nous ne sommes pas tous des cigales ou des enfants.

Utiliser la pandémie comme moyen de pression s'est avéré astucieux. Il reste à espérer qu'on ne nous inventera pas une taxe à chaque crise.

Enfin, prenons les paris : maintenant que cette cotisation existe, peut-on espérer voir son taux stagner comme de vulgaires AMO, AMI ou AMK ? L'exemple de la CSG s'avère tragique (voir cet article) : elle est passée de 1,1 %, lors de sa création par Michel Rocard en 2009, à 9,2 % aujourd'hui. On peut aussi citer les cotisations de la CARPIMKO, qui dérivent nettement plus que l'inflation malgré des tarifs gelés.

L'UNAPL a mis le doigt dans son propre engrenage. Nous ne pouvons que subir, mais la suite des événements sera intéressante à observer...

 

Sources :

https://www.capital.fr/votre-argent/arret-maladie-voici-dans-quelles-conditions-les-professions-liberales-seront-indemnisees-1399364
https://www.argusdelassurance.com/les-distributeurs/prevoyance-des-professions-liberales-ce-que-prevoit-le-texte.181569
https://oosteo.com/blog/2021/05/prevoyance-des-professions-liberales-les-details-de-la-reforme/  https://fno.fr/actualites/indemnites-journalieres-des-professionnel%c2%b7les-en-liberal/

 

 

 

 

 

 


mardi 6 avril 2021

Impôts : comment être tranquille jusqu'en août

 

Je n'ai jamais aimé la mensualisation.

Beaucoup d'entre nous aiment avoir les même charges tous les mois. Ils trouvent que c'est mieux pour gérer leur budget. Après tout, une part de ce qu'ils gagnent ne leur appartient pas. Alors autant la laisser partir le plus vite possible. Inutile de se croire aisé. Et puis ça évite les montagnes russes sur le compte bancaire, avec des mois d’opulence suivis de mois de vaches maigres.

Mais nous ne sommes pas salariés.

Nos revenus ne sont pas linéaires. A moins de nous spécialiser dans la neuro, nous jouons à Anne ma sœur Anne pendant les vacances scolaires et les périodes de gastro. Nous ne pouvons pas échapper aux montagnes russes.

Et puis j'avoue qu'il y a une part subjective : je suis heureux de ne pas payer d'URSSAF ni d'impôt sur le revenu en janvier, mars, avril, juin, juillet, septembre, octobre et décembre. J'ai un peu l'impression de travailler pour moi. 

Autre avantage des prélèvements trimestriels : vous pouvez placer vos taxes pendant les mois tranquilles. C'était mieux quand le livret rapportait 4 %, bien sûr. Mais c'est aussi une question de principe : cet argent est à vous. C'est le fruit de votre travail. Vous pouvez en faire ce que vous voulez avant qu'on vous le prenne. Alors autant allonger les périodes calmes au maximum.

Ce mois-ci, vous pouvez faire quelque chose pour que le fisc vous laisse tranquille jusqu'à la mi-août. Je viens de le faire.

Cette manipulation légale est faisable 3 fois par an si vous êtes mensualisé(e), 1 fois par an si vous êtes au trimestre (source : ici).

Allez dans votre espace perso sur impots.gouv.fr et cliquez ici :


Puis ici :

 
Vous arriverez sur l'écran où vous pourrez reporter les prélèvements :
 

Ce mois-ci, on peut reporter mai sur août. Ce n'était pas possible en mars, il fallait attendre le mois précédant l'échéance.
 
Ensuite il suffit de confirmer...

... et parfois on obtient une démonstration du talent des informaticiens du fisc :

Mais bon, au final, on parvient à ses fins et on obtient un bel alignement de zéros :

Comme vous le voyez, cela ne concerne que nos bénéfices non commerciaux. L'activité pro. Les revenus fonciers, eux, continuent à être taxés tous les trimestres. Le site ne dit pas pourquoi.

Evidemment, cela fera un gros trou sur le compte perso à la mi-août. Mais c'est une question d'organisation.

Pour passer de meilleures vacances, vous pouvez reporter août sur novembre, au lieu de reporter mai sur août. En novembre, vous aurez eu du temps pour vous refaire.

Le tout est d'y penser en juillet.

mercredi 2 décembre 2020

Assurance vie vs PER : le combat du moment


Depuis un an, les conseillers financiers mettent en avant le plan épargne retraite (PER), qui a remplacé les contrats Madelin retraite.

Mais avons-nous intérêt à souscrire un PER ? Une assurance vie classique ne serait-elle pas plus judicieuse ?

Pour se décider, il faut bien comprendre les points communs et les différences entre ces deux enveloppes fiscales.

Si vous voulez aller au fond des choses, j'ai expliqué le fonctionnement du PER en long, en large et en travers dans ma formation en ligne sur le PER :
https://guillaumelefebvre.podia.com/le-guide-pratique-du-per-comprendre-ce-nouveau-couteau-suisse-de-l-epargne

Quant à la formation sur l'assurance vie, le pré-lancement de la formation est terminé. Il me reste un module à enregistrer avant la publication de la version finale.

Mais on peut résumer les choses ici, sans explorer tous les détails.

Comme toujours, je ne prétends pas vous dire quel placement il vous faut : je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Je cherche juste à vous présenter les deux dispositifs pour que vous puissiez y réfléchir sereinement, sans subir la pression et le jargon d'un commercial.

Commençons par les points communs : 

  • Le PER et l'assurance vie sont des sortes d'étagères à épices financières. On peut y loger des actions, des obligations, de l'immobilier, des ETF (fonds spéciaux qui s'alignent sur un indice boursier, avec très peu de frais).
  • Les deux dispositifs proposent un fonds en euros, réglementé et (relativement) sécurisé, contenant principalement de la dette d'Etat et d'entreprises. Les Français aiment beaucoup le fonds en euros parce que les actions ont une mauvaise réputation : risque, capitalisme vorace sans âme, etc. Le fonds en euros, c'est la tranquillité. C'est aussi la garantie d'un rendement anémique : les taux ont beaucoup baissé.
  • Dans les deux dispositifs, on peut récupérer son argent ou le transformer en rente viagère.
  • Les contrats avec peu de frais se trouvent en ligne.

Passons aux différences : 

  • Le PER emprisonne votre argent. Vous ne pouvez pas le sortir à votre guise. Le but, c'est le long terme. Hormis un gros pépin de vie, vous sortirez pour acheter votre résidence principale et/ou au moment de votre retraite. En assurance vie, vous pouvez faire un rachat ou demander des avances sans attendre d'acheter votre maison, ni attendre 67 ans. Vous pouvez même sortir des sous pendant les 8 ans où la fiscalité est moins sympathique. Ca c'est une sacrée différence : l'assurance vie, c'est la liberté.
  • Pour vous inciter à épargner sur le long terme, le PER dégaine son bazooka fiscal : vos apports sont déductibles jusqu'à un certain plafond. Si vous êtes dans la tranche à 30 % et que vous mettez 1000 € sur votre PER, vous paierez 300 € d'impôts en moins. Rien de tel en assurance vie.
  • Revers de la médaille : si vous avez déduit vos apports dans le PER, au moment où vous reprendrez l'argent, l'Etat vous taxera. En assurance vie, le paradis fiscal est justement sur la sortie : aucun impôt sur le capital, et très peu sur les intérêts (voir ici). En fait le PER vous permet un transfert de vos impôts d'aujourd'hui vers vos impôts de plus tard. Donc c'est vraiment intéressant pour vous si vous êtes dans les tranches à 30 ou 41 %, voire 45, et que vous pensez descendre d'une tranche au moment de votre retraite. Dans ce cas-là, l'Etat français y perdra. Donc vous y gagnerez.
  • Notez que dans le PER, vous pouvez refuser de déduire vos apports. Dans ce cas, vous ne serez pas imposé sur le capital au moment de la sortie. Ca peut être judicieux si vous êtes non imposable, voire dans la tranche à 11%, et si vous pensez y rester quand vous serez en retraite. Mais du coup, ça vous remet dans une situation proche de l'assurance vie, sans la liberté de sortir à votre guise. L'avantage de la prison volontaire, c'est qu'elle vous évitera la tentation. A vous de voir si vous vous faites confiance.

Alors comment choisir ?


Réponse du Normand que je suis : on peut ouvrir les deux et y apporter de l'argent quand on veut. Par exemple, quand on a une excellente année, on peut aller vers le PER pour éviter un coup de matraque fiscal. Et revenir sur l'assurance vie ensuite si l'année est moins bonne.

En fait le PER est très souvent recommandé par les conseillers quand on est au moins dans la tranche marginale à 30 %. Dans les tranches hautes, en fait, vous investissez vos impôts et ils génèrent des intérêts qui se cumulent pendant des dizaines d'années.

Pour savoir dans quelle tranche vous êtes :

https://www.francetransactions.com/impots/calcul-tmi-2020.html

Quand on est non imposable ou dans la TMI à 11 %, les bons conseillers recommandent plutôt l'assurance vie classique. Inutile de se priver de liberté pour un gain fiscal minime ou inexistant. D'autant que le PER vous engage pour des dizaines d'années alors que vous n'avez aucune visibilité économique sur le long terme. L'argent en prison, c'est quand même un principe problématique. Alors si vous y avez par grand intérêt, pourquoi se contraindre ?

Une niche fiscale temporaire

Je finirai cet article en mentionnant une disposition pro-PER de la loi Pacte.

 

Tout rachat réalisé sur un contrat d’assurance vie de plus de 8 ans fera l’objet d’un abattement fiscal doublé, à condition que les sommes soient réinvesties dans un PER et que le rachat soit effectué au moins 5 ans avant le départ en retraite.

Si ce bon plan vous intéresse, vous avez jusqu'au 1er janvier 2023 pour en profiter.




mardi 25 août 2020

La France a peur

 

Si vous êtes exercez un métier paramédical en libéral, vous avez peut-être encore du mal à vous remettre du confinement. Bien sûr, les infirmiers ont été surchargés. Mais les kinés, les orthoptistes, les podologues et les orthophonistes ont été nombreux à souffrir financièrement de ces deux mois d'arrêt. 

Les petites aides et le télésoin ont apporté un certain réconfort à certains, sans résoudre le problème ; d'autant que la période estivale a rapidement suivi le déconfinement, avec son habituel cortège d'annulations.

Il est intéressant de considérer le comportement du reste de la population pendant cette année sombre pour nos métiers. Cela nous donne une indication sur les problématiques qui seront les nôtres l'an prochain, quand nous aurons retrouvé des revenus classiques.

Je ne vous parlerai pas de sondages. Nous disposons déjà de beaucoup de chiffres réels, émanant de l'INSEE et d'organismes financiers comme la Fédération française de l'assurance.

Le constat est sans équivoque : la France a peur.

Les gens  thésaurisent. Ils n'ont jamais mis autant d'argent de côté. De l'argent qu'ils n'investissent pas, mais qu'ils laissent dormir :

  • 455 milliards d'euros sur les comptes courants, dont 75 milliards de plus sur les trois derniers mois.
  • 500 milliards sur le livret A et le LDDS, dont 22 de plus depuis janvier sur le livret A ; sur 10 ans, l'encours a monté de 40 %.
  • Ajoutez le fonds en euros des assurances-vie et vous arrivez entre 2300 et 2400 milliards, soit en gros le PIB de la France.

Oui, vous avez bien lu : les Français possèdent un an de richesses sur des comptes qui ne rapportent rien ou presque ! Ces montants gigantesques ne sont ni consommés, ni investis. C'est juste du principe de précaution.

 

Tous les déciles de la population ont mis de l'argent de côté en 2020, y compris le premier.

Pourtant, quand vous laissez 100 € sur un compte courant, vous n'avez plus que 99 € de pouvoir d'achat l'année d'après. Donc en fait, vous perdez de l'argent. Vous en perdez aussi avec le livret A. Le fruit de vos efforts s'érode, comme un vulgaire AMO ou AMK.

Sur les fonds en euros des assurances vie, vous êtes quasiment à l'équilibre actuellement : ni perte, ni gain. Vous n'épargnez pas.

Mais les Français ont tellement peur du risque qu'ils préfèrent ces conditions pitoyables. Ils stockent l'argent. Les entreprises le font aussi.

Certains conservent même des billets, comme au XIXe siècle : ils ne font plus confiance à personne. Ni à l'Etat, ni aux banques. Avant la crise des subprimes, 5% de la production de monnaie de la zone euro s'effectuait sous forme de billets physiques. Maintenant, on est entre 10 et 12.

L'or (la relique barbare, comme disait Keynes) a aussi repris son rôle de valeur refuge. L'once flirte avec les 2000 dollars. Il y a 50 ans, quand tout allait bien, c'était 35 dollars...

Mais pourquoi tant de défiance ?

Pourquoi les gens mettent-ils tant d'argent de côté ? Sont-ils tous devenus décroissants ?


Je tiens les données de cet article des Experts, l'émission de Nicolas Doze de BFM Business. Les émissions d'hier et d'aujourd'hui fourmillaient de chiffres édifiants. Les économistes présents (pas tous libéraux) ont eu tendance à tomber d'accord sur plusieurs explications.

D'abord, l'argent coule à flots. Nous en avons bénéficié, avec toutes ces petites primes. Les Français ne sont pas des enfants : ils savent que le retour de manivelle peut faire très mal, comme entre 2011 et 2013. Ils ont aussi vu ce qui s'est passé en Grèce. Regardez l'histoire de ce retraité :

https://www.leparisien.fr/economie/grece-ma-pension-devrait-encore-baisser-de-20-d-ici-a-2019-17-02-2018-7564962.php

Voilà un exemple concret, qui n'incite pas à aller dépenser son bas de laine dans une croisière Costa ou dans une nouvelle Twingo.

Ensuite, nous savons tous que la dernière crise a été suivie d'un matraquage fiscal. Les économistes parlent d'équivalence ricardienne. Les dépenses d'aujourd'hui, y compris le plan de relance, c'est de la dette.  Or, la dette, c'est l'impôt de demain. Donc il faut mettre les aides actuelles de côté, puisqu'on va nous les reprendre.

Notez que les taux nuls actuels poussent certains économistes optimistes à remettre en cause l'équivalence ricardienne. Il n'en demeure pas moins qu'elle est dans la tête de bien des gens. Surtout dans un pays à la fiscalité instable et démentielle, comme le nôtre. Et puis les taux bas ont beaucoup d'autres effets pervers.

Enfin, certains affirment qu'il y a des changement structurels dans notre consommation, accélérés par le confinement. Une consommation plus raisonnée, centrée sur ce qui importe. Il est un peu tôt pour en être sûr.

Faut-il céder à la sinistrose ?

Manger nos derniers chocolats en écoutant l'intégrale de Jacques Brel ?

Non, bien sûr. Et là je ne vous fournis pas une analyse (je ne suis pas économiste), mais un postulat. 

Les Français sont souvent plus pessimistes que les Afghans. Regardez l'énergie ambiante du Nouveau monde et de l'Asie émergente. La sinistrose n'est pas dans l'ADN de leurs habitants. Bonne nouvelle : elle n'est pas dans le nôtre non plus. Un état d'esprit, ça se travaille.

Les milliers de Français qui se sont rués sur la bourse en avril nous ont donné une leçon d'optimisme.

L'immobilier sous forme de SCPI tient aussi la cote en ce moment : ce placement s'avère moins volatile que les actions. A tel point que certaines SCPI vont avoir du mal à investir de manière rentable tout cet afflux d'argent. Paradoxalement, l'attrait pour ce placement pourrait donc abaisser son rendement dans les années qui viennent. 

Mais ne soyons pas négatifs, j'avais dit que je finissais sans sinistrose. Commençons par nous remettre financièrement du choc de 2020. Nous avons la chance de ne pas être menacés par le chômage. Observons ce qui se passe et ce que font les autres Français. L'an prochain, il sera temps d'arbitrer entre la thésaurisation stérile et l'investissement d'avenir.