"Je n’y comprends rien comme d’habitude, à part que je vais payer plus."
Cette phrase d'une collègue m'a marqué
cette semaine. Elle évoquait son avis de Carpimko. Alors je me suis dit
que j'allais faire un tuto pour traduire cet avis en français courant.
Merci à la collègue qui m'a confié son avis 2024 : je n'ai pas le mien
parce que je pense remplir ma déclaration ce soir.
Vous pouvez stocker ce tuto pour l'an prochain. Et si vous comprenez
déjà tout à votre avis de Carpimko, vous pouvez passer sans hésiter à la
section suivante de ce mail.
Commençons par une vue d'ensemble :
On voit qu'il y a 4 régimes :
Régime
de base : 2 cotisations en haut, 2 cotisations plus bas parce que c'est
le seul régime qui pratique des acomptes (ce qu'ils appellent "régime
de base provisionnel) et des régularisations, comme à l'Urssaf et avec
l'impôt sur le revenu.
Régime complémentaire : 2 cotisations.
Avantage social vieillesse : idem
Régime invalidité décès : 1 seule cotisation, qui a pris +19 % sans coup férir cette année.
Donc 4 régimes, 7 cotisations, 16 lignes.
Trop tard, je continue.
C'est parti pour le "ligne par ligne", ou au moins "paragraphe par paragraphe" :
Ici la Carpimko estime que la collègue
va gagner 40 964 € cette année (bénéfice + assurances Madelin + PER),
comme l'an dernier. Le régime de base va lui prendre
8,23 % + 1,87 % de ce revenu, donc 3 371 + 766 €.
Rien à voir avec le régime de base, mais ça
fait mal quand même. Pour ce régime, la Carpimko annonce d'abord
qu'elle prend 2 176 € à la collègue. C'est le même prix pour tous.
Ensuite elle prend 3 % de tout ce qui dépasse 25 246 € dans le revenu
2023.
Pour la collègue : (40964 - 25246) x 3 % = 471 €.
Là c'est moins cher. Ce régime est réservé aux revenus conventionnés
parce que la sécu y cotise plus que nous. Mais les montants sont si bas
que ça aboutit à des clopinettes à 67 ans, contrairement à ce qui se
passe à la CARMF pour nos seigneurs et maîtres les médecins. Facture :
219 € pour tous, puis 0,16 % du revenu de 2022 (44 €).
Simple, basique : 1 022 € pour tous. Le cap des 1000 € a été irrémédiablement franchi cette année avec la hausse de 19 %.
On pourrait s'arrêter là. Mais ce serait trop simple, on risquerait
d'avoir compris ! En fait les histoires d'acomptes et de régularisation
viennent compliquer les choses.
Cette partie n'a rien à voir avec les autres. Elle mériterait d'être
encadrée, imprimée en vers, entourée d'espaces, enfin à part. Mais là
aussi, ce serait trop facile à lire. Allez je vous mets la suite en
rouge. Ces 5 lignes concernent le régime de base de
l'an dernier. Maintenant que la Carpimko connaît le revenu de la
collègue, elle constate qu'en fait il manquait 881 €. Elle a plus
travaillé en 2023 qu'en 2022, donc on vient lui rechercher 10,1 % du
surplus
(8,23 % + 1,87 %).
Ici on additionne le total de 2024 (calculé plus haut) avec la régularisation 2023 :
8069 + 881 = 8 950 €. Il manque "s'il vous plaît".
Ici, on rappelle à la collègue qu'elle a déjà payé 3 275 € depuis
janvier 2024. Donc elle doit encore 8 950 - 3 275 = 5 675 €, qui vont
être étalés jusqu'en novembre sur l'échéancier du haut de la page 2.
Ensuite on lui annonce l'échéancier de 2025 qui sera forcément faux :
la Carpimko aggravera son barème en janvier ;
la collègue ne gagne pas exactement la même chose tous les ans.
Et puis la Carpimko finit en menaçant
notre collègue : pénalité si elle paie par chèque, autres pénalités si
elle règle en retard. Là on est loin du pays des Bisounours solidaires
et bienveillants. Cependant, on ne la menace pas de lui envoyer les
huissiers au cas où elle chercherait à résilier (c'est juste évident :
on est en France).
Voilà. J'espère ne pas vous avoir endormi(e). Sinon je vous envoie Minouche.
Je ne vous dirai pas "en fait c'est
simple, vous voyez bien". Ce système est le résultat de strates qui sont
venues s'ajouter les unes aux autres entre la fin de la guerre et les
années 80. Puis chaque chaque décennie a vu au moins une réforme de
telle ou telle strate. Aujourd'hui, la Carpimko n'a plus rien à voir
avec ce qu'elle était quand elle m'a embrigadé (en 1992).
On se retrouve avec une usine à gaz, comme à l'Urssaf et avec l'impôt
sur le revenu. Je n'ai pas mis mon nez là-dedans par masochisme, mais
dans l'état d'esprit de celui qui attaque un Sudoku. A la base je
voulais comprendre pour coder mon appli Carpimko pour iPhone et Android
(qui n'est plus mise à jour parce que des simulateurs officiels
existent).
Pourquoi s'embêter avec ça ?
Question judicieuse, je me remercie de l'avoir posée (quel melon hein) :
après tout, il faut payer, on n'a aucun levier contre ça. Alors
pourquoi dépenser de l'énergie mentale pour chercher à comprendre ?
Déjà, je détesterais qu'on me prenne l'équivalent d'une Dacia Sandero par an sans que je sache pourquoi.
Je veux bien offrir cette merveilleuse voiture roumaine à nos anciens,
mais en comprenant la mécanique, ne serait-ce que pour savoir combien on
va me ponctionner si je travaille plus ou si je réduis mon activité.
Pour bien piloter sa barque, il faut aussi savoir à quel moment tombera
la sanction si on décide de soigner plus de gens ou de fabriquer des
revenus pro annexes. Comme on l'a vu, les quatre régimes ne se
comportent pas de la même manière sur ce plan. Le plus dangereux est le
régime de base, piloté par la Cnavpl dont la Carpimko est membre. Notez
en passant que c'est ce régime qui finance les vieux notaires, entre
autres métiers à la pyramide des âges dégradée.
Restent trois questions :
Est-ce que ça augmentera même si je gagne exactement la même chose que l'an dernier ? 👉
Oui, parce que les cotisations indépendantes des revenus augmentent
chaque année de manière démentielle et parce qu'une grosse du régime
complémentaire a été annoncée. Il faut bien financer les nouvelles
dépenses que la Carpimko a mises en place cette année.
Faut-il faire confiance aux camarades syndicalistes qui cogèrent la Carpimko ? 👉
Oui, si on a les mêmes opinions pro-retraite par répartition qu'elles.
Pour les connaître, je vous renvoie à la newsletter de jeudi dernier.
Que peut-on faire si on n'a pas les mêmes opinions qu'elles ?
👉 Pas grand-chose : on ne peut pas faire changer d'avis des militants.
S'ils militent, c'est parce qu'ils sont sûrs d'être dans la vrai. Et
quand en plus il y ajoutent des arguments moralisateurs, vous savez que
c'est fichu d'avance. S'ajoute à cela le rôle des autorités de tutelles
qui pensent la même chose.
Il ne nous reste que la compréhension
du système, le droit de vote et l'auto-assurance. La Carpimko ne rafle
pas encore toutes nos capacités d'épargne, même si elle tend à le faire.
La réforme Delevoye, qui allait transformer les caisses de retraite des
indépendants en Gargantua, est morte du Covid. C'était tout ce qu'elle
méritait.
On peut donc encore forger un second pilier, comme disent les Suisses.
C'est pour ça que je parle inlassablement du vaste éventail de solutions
(immo, prévoyance, livrets, assurance vie, PEA, défiscalisation...)
depuis l'ouverture de mon blog en 2008. Il faut aussi comprendre ce
système-là quand on se défie du système des collègues bienveillantes qui
veulent faire notre bien à notre place. Mais qui font surtout le bien
des retraités actuels qui ont moins cotisé que nous.
Si vous faites partie des paramédicaux affiliés à la CARPIMKO, vous savez que vous avez un délai de carence de 90 jours en cas d'arrêt de travail, contre 3 jours pour les salariés du privé et 1 jour pour les fonctionnaires.
Ces trois mois font le bonheur des assureurs, qui nous vendent leurs contrats de prévoyance. Ils améliorent aussi ce que la CARPIMKO nous verse à partir du 91ème jour.
Nous pouvons aussi nous auto-assurer, en accumulant trois mois de trésorerie immédiatement disponibles sur des livrets et/ou des assurances vie réactives. Si vous voulez approfondir le sujet des prévoyances, j'ai écrit cet article il y a quelques années, pour expliquer pourquoi j'avais résilié la mienne :
L'Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL) a jugé que le système actuel n'était pas suffisant. Pour elle, il faut absolument nous faire cotiser pour percevoir des indemnités journalières avant 90 jours. Le premier confinement lui a permis de militer avec succès pour qu'une nouvelle cotisation URSSAF soit inventée.
Rappelons les six cotisations obligatoires que l'URSSAF nous prélève déjà :
la contribution sociale généralisée (CSG)
la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS)
les allocations familiales
la cotisation à l'assurance maladie
la contribution à la formation professionnelle (CFP)
la contribution aux unions régionales des professionnels de santé (CURPS).
Il y en aura donc une septième à partir du 1er juillet 2021. Ajoutée aux sept de la CARPIMKO, nous arriverons à 14 cotisations sociales. C'est la fête.
A présent, nous connaissons les contours du nouveau dispositif. Examinons-les de près.
Le prélèvement
L'URSSAF va ponctionner 0,30 % de plus sur notre bénéfice. Cela équivaudra donc à une baisse de nos tarifs. Cependant, on peut espérer que cette cotisation soit elle-même déductible. Rappelons que les contrats de prévoyance Madelin sont déductibles fiscalement, mais non déductibles des charges sociales.
La nouvelle cotisation sera par exemple de 90 € pour un bénéfice de 30 000 €.
Il faudra atteindre un bénéfice de 123 408 € (chiffre de 2021) pour commencer à y échapper : au-delà, elle stagnera à 370 €. Autrement dit, quasiment aucun paramédical conventionné ne pourra s'en affranchir.
Outre ces 370 € maximaux, il y aura aussi une cotisation minimale : 49 € en 2021.
La prestation
Comme toujours, la ponction est sûre, mais la prestation s'avère moins probable (et non souhaitable). Regardons donc ce que nous allons nous offrir pour 0,3 % de notre revenu :
L'indemnité journalière sera de 1/730ème du revenu annuel. Pour reprendre l'exemple d'un bénéfice à 30 000 €, cela fera une IJ de 41 €.
Le délai de carence passera de 3 mois à 3 jours.
Au-delà des 90 jours, la CARPIMKO prendra le relais.
Une bonne affaire ?
Dans mon exemple d'un collègue ayant un bénéfice de 30 000 €, la cotisation d'un an sera remboursée en 2,2 jours ; soit 5,2 jours de maladie, avec les 3 jours de carence. Ca paraît excellent. Reste que les montants ne permettront pas de vivre : 41 € par jour, cela fait 1 230 € par mois, pour une personne qui gagne 2500 € en temps normal (30 000 / 12).
Deux catégories de personnes sont choyées par cette nouvelle assurance obligatoire :
Les anciens, comme votre serviteur, qui ne seront pas surtaxés au seul motifs qu'ils vieillissent.
Les collègues qui ont déjà un problème de santé qui entre dans les critères d'exclusion des assureurs.
Pour les jeunes en bonne santé, ce sera une dose supplémentaire de solidarité. Ils en ont l'habitude.
Sur le principe, il paraît étonnant que les représentants des libéraux aient imaginé un énième dispositif obligatoire, donc coercitif. Leur argument principal : 20 à 25 % seulement des libérauxse garantissent avec des indemnités journalières. Mais cela ne prend absolument pas en compte l'auto-assurance. Nous ne sommes pas tous des cigales ou des enfants.
Utiliser la pandémie comme moyen de pression s'est avéré astucieux. Il reste à espérer qu'on ne nous inventera pas une taxe à chaque crise.
Enfin, prenons les paris : maintenant que cette cotisation existe, peut-on espérer voir son taux stagner comme de vulgaires AMO, AMI ou AMK ? L'exemple de la CSG s'avère tragique (voir cet article) : elle est passée de 1,1 %, lors de sa création par Michel Rocard en 2009, à 9,2 % aujourd'hui. On peut aussi citer les cotisations de la CARPIMKO, qui dérivent nettement plus que l'inflation malgré des tarifs gelés.
L'UNAPL a mis le doigt dans son propre engrenage. Nous ne pouvons que subir, mais la suite des événements sera intéressante à observer...
Approfondir chacun des sujet abordés la première fois, en leur consacrant une formation entière. Une sur l'immobilier, une sur la défiscalisation, une sur les actions, une sur l'assurance vie, une sur le PER, etc.
Explorer ce qui se passe en amont, en faisant une formation en ligne sur la compta.
Inconvénient de la seconde idée : beaucoup d'entre vous ont déjà décidé de faire ou de ne pas faire leur compta eux-mêmes. Si vous avez opté pour un comptable, vous n'avez pas besoin d'une formation pour apprendre à faire son boulot, a priori. Et si vous faites déjà votre compta, eh bien... vous savez la faire, donc vous n'avez pas besoin non plus d'une formation sur ce thème.
Par conséquent, j'ai décidé d'enregistrer une formation...
sur la compta.
Mon but n'est pas de convaincre ceux qui ont un comptable de l'abandonner. Chacun fait comme il veut.
Mais si vous hésitez à en prendre un, si vous en avez un mais que vous cherchez à reprendre vos affaires en main, si vous débutez, si vous trouvez ça compliqué, ou encore si vous terminez vos études actuellement, alors c'est fait pour vous.
Les petits sondages que j'ai récemment mis en ligne sur le groupe des Clés de la Réussite (merci à tous les participants) m'ont convaincu de plusieurs choses :
Un comptable, c'est cher. Même avec une réduction d'impôt, c'est plus cher que gratuit.
Beaucoup d'entre nous restent prêts à faire la compta eux-mêmes.
Ca reste une corvée, mais une corvée surmontable.
Pourquoi s'embêter à apprendre la comptabilité ?
Parce que nous, les paramédicaux indépendants, nous avons un privilège : nous avons une compta très simple. Pas de TVA, pas de notions d'actif et de passif. Des additions et des soustractions toutes simples, que nous ne calculons même pas nous-mêmes. C'est le logiciel qui le fait.
Nous pouvons donc gérer nos propres affaires de A à Z. Je vous disais dans ma formation précédente que l'objectif était de mener notre barque. En faisant notre compta nous-mêmes, nous savons tout sur notre activité. Nous en possédons tous les leviers. Comment t'y prends-tu pour nous montrer ça en quelques heures de vidéo ?
Je filme mon écran. Je montre un tableau blanc comme dans la formation précédente, bien sûr. Mais je vous montre aussi concrètement :
comment j'entre tel ou tel type d'écriture manuellement dans mon logiciel de gestion de patientèle (applicable avec n'importe quel logiciel de ce type), comme si vous regardiez par-dessus mon épaule
comment j'automatise les écritures : j'en rêvais déjà dans les années 90
comment je gère les immobilisations, les amortissements
comment fonctionne le site d'une AGA pour créer sa 2035
comment ramener le coût de l'AGA à 3 € par mois
comment décider entre Micro-BNC et 2035
comment faire la 2042 et simuler son impôt
comment comprendre le prélèvement à la source.
Au total, cette formation gravit l'ensemble de l'escalier qui va de la première écriture comptable de janvier à la régularisation de prélèvement à la source, à la fin de l'année suivante. On peut voir ça aussi comme un marathon de deux ans expliqué et résumé en quelques heures de vidéo.
Bien sûr, je continuerai à vous donner des tuyaux ici, comme je le fais depuis 2008.
Simplement, dans mes formations, je rassemble des années de données que j'ai collectées et mises à jour. Et je vous les transmets en bloc, en les mettant en perspective. L'un n'empêche pas l'autre. Vous pouvez évidemment vous cantonner aux contenus gratuits. Je publierai aussi probablement d'autres vidéos sur Youtube, comme celle sur les chèques vacances que j'ai mise en ligne il y a quelque temps.
Alors la compta, c'est facile, vraiment ?
Oui. J'espère vous en convaincre. L'idée est vraiment de vous permettre de fluidifier les choses pour que vous puissiez tenir tous les leviers de votre activité.
Beaucoup de jeunes Français pensent qu'ils n'auront pas de retraite. La plupart de nos stagiaires en sont persuadées, ou voient ça de très loin. Pour elles, c'est surtout un privilège que l'on accorde aux générations nées jusqu'aux années 50. Et ensuite, tout partira en capilotade. Corollaire : elles finiront comme les fringants commerçants et artisans d'âge canonique mais encore actifs, dont raffole le JT de 13h de TF1. Le tout sera de conserver la santé jusque là. J'espère qu'elles mangent bio.
Avantage de cette idée, qui est peut-être la vôtre : paradoxalement, c'est un soulagement. Inutile de s'inquiéter pour les régimes de retraite. Partons du principe que nous payons juste pour les retraités actuels et que nous sortirons du cabinet les deux pieds devant. D'ici là, nous aurons travaillé de plus en plus pour compenser le gel de nos lettres-clés, avec des prises en charge de plus en plus lourdes qui auront absorbé notre élan vital, séance après séance. Version un peu plus joyeuse : nous trouverons une autre activité moins usante, qui nous permettra de durer. Le groupe Facebook "Orthophonie et reconversions" nous fournit déjà des pistes.
Évidemment, ce n'est pas le discours de ceux qui nous dirigent : ils disent qu'ils agissent pour pérenniser le modèle social généreux et solidaire que nous a légué le Conseil national de la Résistance, totem incontournable.
Alors qui a raison ? Pouvons-nous faire confiance à la CARPIMKO, qui se présente comme une institution sérieuse ? Si non, devons-nous travailler davantage pour épargner, afin de créer des revenus complémentaires ? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle, au moins ? Comment mettre en place une retraite par capitalisation ? Faut-il s'en méfier ?
Je réfléchis à ces questions depuis mon installation en 1994, quand la glorieuse Armée française m'a rendu ma liberté. Voici donc l'état actuel de mes réflexions d'orthophoniste lambda, qui ont évolué au fil du temps. Dans ce premier article, j'analyserai le problème. Dans le suivant, je vous exposerai les solutions.
Commençons par la question de base qui ressemble aux "sondages" amusants du 12.45 de M6 (oui, j'ai une dent contre les JT français) :
La CARPIMKO est-elle un organisme digne de confiance ?
Je ne vous apprends rien : cette assurance obligatoire (et fière de l'être) vous ponctionne des sommes importantes. Il faut donc s'y intéresser, même si ce n'est pas votre grande passion. Vous avez sûrement remarqué que ses avis de prélèvements peuvent occasionner un sacré coup au moral. C'est aussi cette caisse qui vous assure l'hilarité, la pitié ou la commisération de vos interlocuteurs quand vous dites que vous avez 90 jours de carence en cas de maladie !
Mais revenons à la retraite, et tentons de comprendre comment la CARPIMKO fonctionne. Rassurez-vous, je vais faire court.
La Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs Kinésithérapeutes, pédicures-podologues, Orthophonistes et orthoptistes a été créée en 1948 (source : Wikipedia). Elle existait donc avant la reconnaissance officielle de certains métiers, dont l'orthophonie.
Au départ, elle ne comportait qu'un régime de retraite : le régime de base. Il est maintenant géré par la CNAVPL, qui s'occupe des vieux jours de la plupart des professions libérales. La CARPIMKO n'est que le percepteur, à présent. Ce régime fonctionne comme l'URSSAF, avec des cotisations provisionnelles et des régularisations l'année suivante. C'est donc lui qui peut faire exploser les cotisations en fin d'année. Notons qu'il surtaxe les bas revenus : il prend 10,1 % de vos 39 228 premiers euros, mais seulement 1,87 % de ce qui dépasse (avec un plafond à 196 140 €). Malheureusement, la frontière entre ces deux taux monte tous les ans. Elle suit l'évolution de l'AMO du plafond de la sécurité sociale.
En 1955, une seconde couche de protection a été ajoutée : le régime complémentaire. Celui-ci reste directement géré par la CARPIMKO. Il comporte une cotisation forfaitaire qui augmente de manière sidérante chaque année. Actuellement, elle est à 1536 € par an. Il vous prend aussi 3 % de tout ce qui dépasse 25246 €, avec un plafond à 166 046 €.
Vous aurez remarqué que les plafonds sont idéalement situés : ils sont hors d'atteinte pour l'écrasante majorité des paramédicaux !
Enfin, en 1962, le régime des praticiens conventionnés a été créé. On l'appelle aussi "avantage social vieillesse" (ASV) parce que la sécurité sociale participe fortement à nos cotisations. Oui, nous avons des avantages sociaux ! Ce régime commence par vous prendre 192 € forfaitaires par an. La sécu y ajoute 384 €. Vous versez aussi 0,16 % de votre bénéfice. L'assurance maladie abonde de 0,24 %.
Le principe de l'ASV ressemble un peu aux avantages que peuvent avoir les salariés avec les chèques vacances ou l'épargne salariale, quand leur patron ajoute un abondement bien agréable. Le problème, c'est qu'en 2008, ce régime a failli faire faillite. Une réforme a été mise en place dans l'urgence, divisant par deux la valeur du point et attribuant trois fois moins de points qu'avant, pour chaque euro cotisé. Le rendement a donc été divisé par six, comme ça, d'un coup.
Cette catastrophe de 2008 nous a prouvé qu'aucune confiance ne pouvait être accordée à la retraite par répartition. D'autant qu'elle ne lésait que les actifs : les points acquis avant 2008 sont restés à l'ancien montant de 2,60 €, contre 1,20 € en 2009. Les retraités n'ont donc pas vu baisser leur pension.
C'est d'ailleurs un principe général : la valeur des points des trois régimes augmente sans cesse, comme les cotisations, alors que les lettres clés des cotisants restent bloquées. Les actifs sont les vaches à lait inépuisables du système. Il y a deux ans, je vous montrais déjà (voir ici) que pour un revenu de 30 000 € annuels, la CARPIMKO vous prenait 5 465 €, alors qu'elle se serait contentée de 3 592 € en 1990, inflation incluse ! Ceci mérite bien le retour de notre jovial ami barbu :
La CARPIMKO, c'est mieux que l'intégrale de Gad Elmaleh.
Nous avons affaire à une caisse qui respecte les principes sacrés du CNR, comme il se doit. Elle se drape dans la solidarité intergénérationnelle pour prendre toujours davantage à ses cotisants. Vous pourriez donc me rétorquer que c'est un mal pour un bien et qu'il suffit d'attendre ses vieux jours pour passer du bon côté de la CARPIMKO. Cela nous amène à nous poser la question suivante :
Combien toucherons-nous ?
Malheureusement, on ne peut pas dire que la CARPIMKO assure une retraite dorée à nos aînés, malgré les conditions nettement meilleures qu'ils ont connues : la pension brute moyenne des anciens orthophonistes s'élève à 915 € par mois, soit 831 à 846 € nets selon le taux de CSG appliqué (source : le dernier bulletin de la caisse). Il faut dire que nos anciens n'ont cotisé en moyenne que 23,76 ans, au lieu des 43 exigés pour une retraite à taux plein.
Mais justement, qu'en est-il du taux plein ?
A l'heure actuelle, si vous avez un bénéfice de 30 000 €, la CARPIMKO vous promet 378 € de retraite annuelle nette (source : mon appli pour iPhone, basée sur les montants communiqués par la caisse). Sur 43 ans de carrière avec ce même revenu, cela fait 16 254 €, soit 1 355 € par mois en euros constants. Cette fois, nous parlons bien de taux plein !
Bien évidemment, même si vous vous maintenez à 30 000 €, vous toucherez moins que cela : le rendement de la CARPIMKO baisse mécaniquement chaque année.
Facteur aggravant : les réformes, qui sont en fait des détériorations, se succèdent à un rythme amusant. Quand elles ne touchent pas la caisse, elles s'attaquent à la CSG ou à la création de nouvelles taxes (ex : la CASA, qui soulage les retraités de 0,3 % de leur pension). Nous n'avons donc aucune visibilité, d'autant que le gouvernement souhaite une réforme d'ensemble du système français. Vous pouvez lui donner votre opinion sur ce site. Il faut savoir que le pays dépense 14 % de son PIB dans la retraite, contre 10 % en moyenne dans le reste de l'OCDE. En outre, les Français passent en moyenne 5 ans de plus en retraite que la moyenne. Nous allons donc vers un endettement massif, ou vers des réformes d'ampleur qui n'épargneront pas la CARPIMKO.
Au final, les 1 355 € restent une promesse qui n'engage que ceux qui y croient.
En fait, nous n'avons aucune idée de ce que nous toucherons, sauf si nous sommes en fin de carrière (et encore...). Nous savons juste combien nos anciens touchent actuellement avec nos cotisations. Nous connaissons aussi les sommes qui partent vers les autres retraités français, au titre de la compensation entre les caisses. Je vois mal quel avantage indu nous devons "compenser", mais c'est comme ça depuis 1974. Les professions jeunes renflouent celles qui comportent plus de retraités.
La retraite par capitalisation est-elle une solution ?
En France, nous n'avons pas de fonds de pension à l'anglo-saxonne, parce que c'est le mal incarné, comme chacun sait. Les débats sur ce sujet ont été houleux dans les années 90. Plus personne n'ose en parler.
Mais au fil des décennies, les Français ont bien vu la dégradation de la retraite obligatoire. Ils ont pris peur et ont épargné massivement, dès qu'ils le pouvaient. L'assurance vie est devenue leur placement de long terme préféré, à côté de l'immobilier. En tant qu'indépendants, nous avons aussi accès aux contrats Madelin, véritables produits tunnels dont nous ne pouvons sortir qu'en rente. Il existe aussi les PERP, créés sur un principe similaire pour l'ensemble de la population. Tout cela va être remanié par la loi Pacte, qui arrive au Parlement.
Je détaillerai les différentes pistes d'épargne à long terme dans mon prochain article. Mais les plus pessimistes d'entre vous voient déjà la faille de tous ces dispositifs : pour qu'ils améliorent significativement notre future retraite, ils doivent comporter une part de risque. Et donc, on ne peut pas non plus leur accorder une confiance aveugle pour nos vieux jours. Les krachs boursiers, obligataires et immobiliers ne sont pas rares.
Rappelons aussi que pour dégager 1 000 € de rendement par mois, un placement peu risqué à 2 % doit avoir capitalisé 600 000 €. Autant dire que pour la plupart d'entre nous, cela reste inaccessible.
Alors sommes-nous condamnés à travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive ?
On pourrait le penser, puisque la retraite par répartition n'est pas fiable et que la capitalisation l'est encore moins. Malgré tout, si nous n'avons aucun pouvoir sur l'évolution de la CARPIMKO, nous pouvons décider de travailler suffisamment pour épargner, en nous fixant des objectifs et en utilisant des effets de levier. L'Etat nous y incite lui-même, en proposant une pléthore de niches fiscales visant à flécher notre effort vers les domaines qui l'intéressent (ex : le cinéma, les entreprises innovantes, l'Outre-Mer, les PME, l'immobilier locatif dans les zones à forte demande, etc.).
La CARPIMKO n'est finalement qu'un petit socle sur lequel nous pouvons bâtir à notre guise. Quand notre caisse de retraite préférée achète des actions, elle ne nous demande pas notre avis. Son patrimoine est constitué à 40 % d'actions et à 45 % d'obligations, que vous le vouliez ou nous. Mais sur la partie capitalisation, nous sommes libres. C'est un privilège que nous avons, par rapport aux salariés : nous pouvons décider de travailler suffisamment pour dégager une capacité d'épargne, puis la répartir à notre guise. Cela peut s'avérer passionnant. Et surtout, cela augmente nos chances de pouvoir arrêter de travailler, le jour où nous en aurons assez.
Ce sera l'objet du prochain article : quel éventail avons-nous à notre disposition ? Comment défricher son propre chemin dans cette jungle ? Comment s'y prendre pour sortir des placements sans risque et sans rendement, même quand on n'y connaît rien ? Comment éviter de se mettre à la merci de locataires indélicats mais protégés par la loi ? Il existe des solutions à l'ensemble de ces questions.
En France, le prélèvement à la source a été instauré par décret le 10 novembre 1939. Si, si, vous pouvez vérifier. C'était probablement plus urgent que le prolongement de la ligne Maginot dans les Ardennes... Le "stoppage à la source", comme on l'appelait, était un impôt simple : proportionnel, sans tranches, assis sur l'ensemble des rémunérations (source : l'Expansion). Il a même été maintenu après la débâcle du gouvernement de Vichy.
Bon, je pense que vous l'avez remarqué : ce stoppage a ensuite été... stoppé. En octobre 1948, la IVe République a réinstauré le décalage d'un an entre le revenu et le paiement de l'impôt. Mais le prélèvement à la source s'est mué en serpent de mer, comme le tunnel sous la Manche.
Ces deux grands rêves de l'humanité auront fini par devenir réalité !
Nous le savons maintenant : le dispositif est (probablement) prêt et 2018 sera bien une année blanche.
Ça a l'air simple, dit comme ça. Mais le diable se niche dans les détails. Vous pouvez lire ce bulletin officiel, si vous avec choisi Technocrate comme LV1 au collège. Mais alors éloignez les enfants agités, les oiseaux, le chat qui s'étale devant votre écran. Coupez Spotify. A la rigueur, mettez du Kitaro. Sa musique fait toujours du bien dans l'adversité.
Vous pouvez aussi lire la suite de cet article. Je vais tenter de vous expliquer en vrai français comment la réinstauration du prélèvement à la source va se passer concrètement pour nous.
En fait, nous sommes déjà prélevés à la source !
La source, c'est actuellement notre compte pro pour l'URSSAF et la CARPIMKO.
En 2018, nous payons les cotisations URSSAF de 2018. Nous leur faisons des acomptes, qu'ils appellent "cotisation provisionnelle". Le montant est estimé à partir du bénéfice de 2016. Le tout sera régularisé à l'automne 2019, suite à notre déclaration sur Net-Entreprises.
Le prélèvement à la source du fisc va fonctionner de la même manière. En 2019, il va prendre comme référence le bénéfice 2017 (puis celui de 2018 à partir de septembre), pour estimer 12 acomptes mensuels ou 4 acomptes trimestriels. Ce sera régularisé dans un sens ou dans l'autre à l'automne 2020. Amis des régularisations qui font peur, soyez heureux : en voici une de plus !
Notez que si vous percevez des revenus fonciers, ce sera exactement le même calendrier, tant pour l'impôt sur le revenu que pour les prélèvements sociaux.
Seconde remarque : si vous créez votre activité libérale en 2019 ou après, vous pourrez estimer vous-même votre bénéfice et verser des acomptes dès le début. Vous pourrez aussi choisir d'attendre le mois de septembre de l'année suivante pour tout régler en bloc.
Notre vie sera-t-elle simplifiée ?
Pas vraiment. Nous vivons en France, que diantre ! Ici, les chocs de simplifications sont aussi tangibles que le Graal.
L'Etat nous dit que le prélèvement à la source, c'est moderne parce que ça permet d'adapter l'impôt aux variations de revenus. C'est expliqué dans cette section du bulletin officiel. Nous pourrons simuler une modulation de nos acomptes et en faire la demande sur l'espace Particuliers du site impots.gouv.fr. C'est un dispositif particulièrement judicieux pour les consœurs enceintes, par exemple ; mais aussi pour ceux qui débutent et dont l'activité se développe à grande vitesse. C'est souvent le cas chez les médecins et les paramédicaux libéraux.
Pour augmenter vos acomptes, il n'y aura aucune condition préalable, bien entendu : l'Etat aime votre argent. Mais si vous voulez moduler à la baisse, il faudra que cela représente au moins 10 % ou 200 € de diminution de l'impôt annuel. Le problème, c'est que si vous sous-estimez trop vos revenus, il y aura des pénalités.
Êtes-vous prêt à prendre le risque de vous tromper ?
Moi non. Si mes revenus baissent, j'attendrai sagement la fin de l'année suivante pour avoir une régularisation dans le bon sens. Et s'ils montent, je mettrai le surplus de côté pendant un an et demi, au lieu de le verser directement dans le tonneau des Danaïdes.
N'attendez pas non plus de modernisation en ce qui concerne vos déclarations. Les 2035 et 2042 sont des dures à cuire. Vous continuerez à les remplir (seulement la 2042 si vous êtes en Micro-BNC).
Voilà pour le monde merveilleux qui nous attend le 1er janvier. Mais qu'en est-il de la période de transition ?
Y a-t-il vraiment une année blanche ?
Le concept d'année blanche paraît merveilleux, à tel point que beaucoup de gens n'y ont pas cru au départ. Vous verrez plus loin qu'ils n'avaient pas complètement tort.
Si rien n'avait changé, nous aurions dû payer en 2019 l'impôt sur le revenu 2018. Mais finalement, nous paierons les acomptes 2019. Il aurait été difficile de nous faire payer deux impôts la même année. Donc celui de 2018 sera annulé.
Concrètement, le fisc va calculer un "crédit d'impôt modernisation du recouvrement" (CIMR) pour effacer l'impôt sur le revenu 2018. Malheureusement, la formule c'est pas : CIMR = Impôt sur le revenu 2018.
Le vrai calcul est celui-ci : CIMR = Impôt sur le revenu 2018 x (revenu habituel / revenu total)
Vous saisissez la subtilité, je présume ?
Dans cette formule, il y a une déception et un cadeau. Commençons par la déception : les bonnes nouvelles permettent d'oublier les mauvaises.
Le CIMR n'effacera pas complètement l'impôt sur le revenu 2018, parce que le fisc a voulu éviter l'effet d'aubaine de l'année blanche. Cette année, nous aurions pu améliorer artificiellement nos recettes. Par exemple, nous aurions pu arrêter de facturer nos séances pendant les deux derniers mois de 2017. Nous aurions pu aussi bloquer des dépenses pour les reporter sur 2019. Les salariés avaient beaucoup moins de possibilités que nous pour jouer à ce petit jeu. Nous n'aurions donc pas été tous égaux devant l'impôt, alors que ce point est un totem du Conseil constitutionnel.
Le CIMR n'annulera donc que les revenus considérés comme habituels. La meilleure des trois années précédentes (donc 2015, 2016 ou 2017) sera retenue comme base. Si nous avons un meilleur bénéfice 2018, nous resterons imposés sur le surplus. Nous paierons la note à l'automne 2019.
Il y aura tout de même moyen de négocier avec le fisc si nous pouvons prouver que le surplus correspond à une tendance ou à des événements indépendants de notre volonté.
Voilà comment l'année blanche est aussi grisâtre qu'un vieux t-shirt. Impossible de laver plus blanc que blanc. Coluche nous avait prévenus.
J'ajoute que Bercy a mis en place des règles spéciales sur les travaux effectués par les propriétaires bailleurs (à voir sur cet excellent site). Il y en a d'autres sur le PERP (à découvrir ici).
Malgré tout, je vous ai dit qu'il y avait un cadeau dans le CIMR. C'est suffisamment rare pour être signalé !
Le calcul du CIMR permet à l'Etat de taxer votre surplus selon votre taux d'imposition moyen (voir la définition ici). Mais d'habitude, les surplus sont taxés au taux marginal, nettement plus haut ! Si vous voulez décortiquer le mécanisme, vous pouvez lire cet article de cbanque.com. Je vous donnerai juste un exemple, très explicite.
Imaginons que la meilleure de vos trois dernières années affiche un bénéfice de 30000 € et qu'en 2018, vous soyez à 35000. Vous avez un "revenu exceptionnel" de 5000 €. Si vous êtes célibataire, vous êtes dans la tranche marginale à 30 % (voir le barème ici). Normalement, vous devriez payer 1500 € d'impôts sur ce surplus.
Mais dans cette gamme de revenus, votre taux moyen est de 13,7 % : dans vos 35000 €, il y a tout le début de l'année qui est taxé à 0 %, le milieu à 14 % et seulement la fin à 30 %.
Au lieu de payer 1500 € au titre de 2018, vous allez descendre à 685 €. L'Etat vous fait donc un cadeau de 815 € sur 2018 ! Tant de bonté ne peut que nous émouvoir.
En parlant de bonté : qu'en est-il des niches fiscales ?
Le
fisc l'a martelé : les réductions et crédits d'impôts acquis au titre de 2018 resteront
acquis. Mais tel que le projet était initialement ficelé, les acomptes de janvier à août 2019 ne devaient pas en tenir compte. Cela revenait à avancer de l'argent à l'Etat.
Les médias ont surtout parlé de la niche des frais de garde d'enfants, qui concerne beaucoup de gens. On pouvait craindre un retour massif du travail dissimulé.
Edouard Philippe a donc rectifié le tir. Il a annoncé que le fisc verserait un acompte de 60 % le 15 janvier 2019 au titre des niches fiscales suivantes :
garde d'enfant de moins de 6 ans (crèche, centre aéré...)
employé à domicile (femme de ménage, aide soignante...)
investissement locatif (ex : dispositifs Pinel, Duflot, Scellier, investissement social)
Concernant les particuliers-employeurs, le dispositif d'acompte est spécial (voir ici), à cause de l'impréparation du système de déclaration.
Personne ne parle des achats de parts de SOFICA, de FIP ou de FCPI, ni des dépenses d'amélioration de la résidence principale. Je ne trouve pas non plus de confirmation concernant les lois Malraux, Girardin et Monuments historiques, qui ont probablement plus de chances d'être concernées par l'acompte de 60 % parce qu'elles impliquent un investissement locatif. Mais la liste exhaustive n'est pas encore parue au Journal Officiel, à ma connaissance.
Cela dit, que vous utilisiez une niche fiscale ou pas, il vous reste un choix urgent à faire. C'est l'objet de l'avant-dernière partie de cet article.
Quel taux de prélèvement choisir ?
Vous avez jusqu'à samedi, le 15 septembre 2018, pour choisir entre trois types de taux de prélèvement à la source pour l'année prochaine :
Le taux personnalisé normal : c'est celui que le fisc propose par défaut. D'ailleurs, la plupart des contribuables l'ont conservé. C'est le taux classique de prélèvement, appliqué indistinctement à tous les revenus du foyer fiscal (même si l'un de ses membres gagne beaucoup moins).
Le taux neutre : c'est un moyen de se protéger du regard de son employeur. C'est un barème national (voir ici). Un patron n'a ainsi aucun moyen de savoir que son collaborateur a une femme orthophoniste qui travaille beaucoup, par exemple ; ou qu'il perçoit d'importants loyers. Si le taux neutre est trop bas (ce qui est probable, sinon à quoi bon), le fisc puisera le complément sur votre compte en banque.
Le taux individualisé : cette dernière option est uniquement ouverte conjoints mariés ou pacsés. Elle permet à chacun de payer l'impôt en fonction de ses propres revenus. Mais le total sera le même qu'avec les autres taux, bien évidemment.
Si vous souhaitez aller plus loin avant de vous décider, Thibault Diringer a consacré un article très intéressant à ce sujet sur son site corrigetonimpot.fr.
Pourquoi l'Etat revient-il au prélèvement à la source, 70 ans après sa suppression ?
En tant que Gaulois réfractaires, nous pouvons douter de l'utilité du passage au prélèvement à la source :
Ce n'est pas une réforme fiscale. Elle change juste le mode de recouvrement.
Elle n'est pas moderne, puisque nos arrière-grands-parents l'ont connue.
Elle transforme les employeurs en receveurs des impôts, comme s'ils n'avaient que ça à faire. Ça leur coûte cher. Ça leur prend du temps. Un pays dont la compétitivité ressemble au Titanic peut-il se permettre de charger encore un peu plus la chaloupe des entreprises en tracasseries administratives ? J'ai récemment entendu un employeur, Laurent Vronski, dire qu'il avait autantbesoin de cette réforme que de fourmis dans un sac de couchage.
Le prélèvement à la source pénalise les jeunes et avantage les nouveaux retraités, en supprimant le décalage d'un an. Il y a des gagnants (qui votent) et des perdants (qui s'abstiennent beaucoup plus).
On nous dit aussi que cette réforme nous aligne sur l'ensemble des pays modernes. Mais ils n'ont pas tous un impôt familial, qui transforme le prélèvement à la source en horrible usine à gaz. D'autre part, quand il s'agit d'effectuer les vraies réformes structurelles que les autres pays de l'OCDE ont mises en place depuis vingt ans, on ne trouve plus personne en France. Nous continuons à endetter nos enfants, tout en paupérisant les services publics. Nous nous moquons de ce qui a réussi ailleurs et en nous nous payons même le luxe de donner des leçons. Autrement dit, l'alignement sur nos voisins est encore un argument fallacieux.
Alors pourquoi l'avoir fait ? Nous entendons déjà parler des phases suivantes.
Tout d'abord, le prélèvement à la source permettrait d'individualiser l'impôt, en sortant du concept de foyer fiscal. Admettons. On peut imaginer que le quotient familial devienne une réduction d'impôt individuelle.
Mais voici le pire, pour les membres des classes moyennes et supérieures : le prélèvement à la source permet une fusion très facile de la CSG et de l'impôt sur le revenu. Si c'est pour transformer le second en flat tax avec une assiette large, pourquoi pas. Mais les choses étant ce qu'elles sont dans ce pays, c'est plutôt la CSG qui deviendra progressive comme l'impôt sur le revenu. Beaucoup de gens ne la paieront plus, laissant le soin à une minorité de la régler à leur place. Forcément, vous figurerez parmi cette minorité.
Et si le gouvernement actuel ne le fait pas, un autre le fera, au nom de la justice sociale et avec la bénédiction de Thomas Piketty. C'était d'ailleurs une promesse de campagne du précédent président. En attendant ce jour funeste, carpe diem !