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mardi 11 mars 2014

Haute stratégie

La Fédération nationale des orthophonistes envoie actuellement à ses adhérents un email de sa vice-présidente chargée de l'exercice libéral, Mme Cardonnet. Elle y décrit de manière très neutre les décisions du Premier ministre concernant les aménagements de la loi du 11/02/05 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Rappelons que cette loi fait peser un risque pénal sur une grande partie des commerces et des cabinets médicaux et paramédicaux : 45 000 € d'amende maximale et 6 mois d'emprisonnement en cas de récidive. Tout cela se passe dans l'indifférence générale, d'autant qu'il est difficile de s'attaquer à une loi qui part d'un bon sentiment. Mais dès le Jour de l'An, ceux qui n'auront pas déposé un dossier Ad’AP décrivant leurs travaux seront de grands délinquants. Pour plus de détails :


Dans le même temps, la FNO nous informe des péripéties juridiques touchant l'école d'orthophonie privée de Toulon, ouverte par le CLESI (qui vient d'être conforté par une décision de justice) :
http://portail.clesi.fr/sciences-de-la-sante-2/orthophonie/
Là, le ton change radicalement, l'heure est à la mobilisation générale : comme à la grande époque du master, la FNO retrouve son champ lexical habituel et exige la fermeture immédiate du CLESI. Après nous avoir demandé de boycotter les stagiaires de l'école Toulon (qui ne savent pas ce qu'ils font, pardonnez-leur Seigneur) pour des raisons juridiques, elle appelle à manifester vendredi à Paris, avec l'ensemble du CNPS.

Résumons-nous. D'un côté, il y a une menace mortelle décrite benoîtement, sans affect. De l'autre, il y a une forte indignation contre une université privée, alors que le numerus clausus est déjà une fiction à cause des logopèdes qui reviennent chaque année au bercail. J'avoue peiner à comprendre... Une fois que nous aurons dû mettre la clé sous la porte, les aléas du CLESI nous paraîtront bien insignifiants. Même l'AMO sera enfin le cadet de nos soucis : quel bonheur, quelle libération !

J'espère que les coefficients d'indignation seront révisés suite aux fameuses assises de l'orthophonie, qui se présentent comme un exercice de démocratie participative. Restons optimistes, il nous reste 9 mois et demi avant de devenir des délinquants.

Addendum du 12/03/14, suite à des commentaires sur Orthogestion :

Je sais bien que l'affaire du CLESI n'a rien à voir. Mais j'ai reçu 2 emails avant-hier : un sur le CLESI, envoyé par un syndicat remonté comme une pendule, et un sur les normes d'accessibilité, complètement neutre. Le contraste m'a sidéré. C'est comme si un médecin mettait le paquet contre un rhume en négligeant un cancer.

Je sais bien aussi que la loi a 9 ans. Depuis tout ce temps, je me dis que ce n'est pas possible parce qu'elle est trop décalée avec la réalité. La preuve, le Premier ministre en a pris acte le 26 février. Attendons les nouvelles normes pour agir. Ceux qui ont tout cassé pour faire des WC-halls de gare auront peut-être des regrets, du coup. Mais si les normes sont réellement assouplies, ce ne sera pas le fruit d'une mobilisation intense et indignée du seul syndicat représentatif de notre profession.

On peut aussi me dire que la critique est aisée mais que l'exercice est difficile. C'est l'argument habituel de ceux qui sont aux manettes et qui lisent des commentaires sur leur action. Je comprends qu'ils puissent être amers, d'autant qu'ils sont bénévoles. Mais si le commentaire est interdit, il faut aussi interdire les blogs et la presse en général. Au moment où la FNO se lance dans son grand exercice de démocratie directe, il est logique de chercher à faire émerger des idées sur son action et ses priorités.

vendredi 7 mars 2014

Le livret régional



La Caisse d'Epargne lance un nouveau livret bin d'cheu nous :

Voir l'article sur "Votre Argent"


Avec ça, un Normand aura la satisfaction de ne pas financer l'économie bretonne, non mais !

Attention, ce n'est malheureusement pas un avatar du livret A. C'est un compte sur livret. J'avais décrit ce type de produit ici :

http://orthophonie-et-patrimoine.blogspot.fr/2008/09/placements-srs-mais-fiscaliss.html

Bon, évidemment, vu les taux actuels, les CSL présentent un rapport net symbolique, mais ils peuvent s'avérer judicieux pour les liquidités, quand les livrets défiscalisés sont pleins ; en attendant les gros prélèvements d'impôts ou de charges sociales par exemple.

jeudi 20 février 2014

La FNO nous sonde.




La FNO prépare des "assises de l'orthophonie" (il est vrai que nous travaillons peu debout). Elles commenceront cette année et s'achèveront l'an prochain. Si j'ai bien compris, elles sont censées servir de base à la rédaction d'un texte d'orientation qui encadrera l'action du syndicat entre 2016 et 2019. Vu sous cet angle, c'est un exercice louable de démocratie participative. Pour préparer ces assises, tous les orthophonistes sont invités à répondre à un questionnaire :
https://fno.sharingcloud.eu/public/fno/sharingcloud/id_39733/p_showPoll/?itemID=16

On y trouve des questions auxquelles personne ne pourra répondre "non", comme celles-ci :
"Selon vous, dans le cadre de l’exercice libéral, l’évolution de la convention nationale pourrait porter sur : 
  •  la simplification administrative (ex. : dématérialisation des pièces administratives…) ? [...]
  •  l’augmentation des contreparties au conventionnement (participation plus importante des caisses aux charges sociales…) ?
  • l’augmentation de l’A.M.O., I.F.D., I.K. ?"
Il manque la baisse des charges, le 100% et la dispense d'avance pour tous les patients, la retraite sans perte de revenu à partir de 5 ans d'exercice, ou encore l'arrêt de la guerre en Syrie ;-) Un autre exemple :
"Pensez-vous que l’installation de nouveaux cabinets d’orthophonie doit être davantage encouragée dans les zones très sous-dotées ?"

A l'inverse, on relève aussi des questions où l'on sait à l'avance que la majorité des sondés répondra négativement : "La détermination des zones de très sous-dotées à sur-dotées correspond-elle à votre perception du terrain ?"
"Selon vous, dans les zones sur-dotées, l’installation d’un nouvel orthophoniste doit-elle être conditionnée par l’arrêt d’activité d’un orthophoniste exerçant déjà dans cette zone ?"


Une partie très intéressante concerne le développement de l'interprofessionnalité, avec malgré tout quelques questions induisant encore la réponse : "Selon vous, le rôle et la place du patient dans la décision et le déroulement des soins sont : primordiaux / secondaires". Je suppose que ce type d'item permettra ensuite à la FNO d'affirmer qu'une majorité écrasante des orthophonistes souhaite inclure les patients dans le déroulement de leurs soins. J'imagine mal les collègues répondre qu'ils préfèrent imposer les soins et les effectuer tout seuls :-D

La partie D du questionnaire est primordiale. Elle concerne notre statut et nous éclaire sur les intentions de l'équipe qui dirige actuellement le syndicat. Les questions 22 et 23, notamment, montrent qu'une réflexion a lieu actuellement dans les hautes sphères sur le maintien de la prescription médicale, au moins en cas d'urgence et pour certaines pathologies, voire pour toutes les pathologies. A mes yeux, cette possibilité possède le charme qu'une plante carnivore peut exercer sur une mouche. S'affranchir de la tutelle des médecins peut paraître agréable, tant sur le plan pratique que pour améliorer notre égo d'auxiliaires médicaux.

Mais suspendons notre vol deux minutes avant de nous poser sur la belle plante si attirante et réfléchissons. L'obtention du grade master pour les futurs collègues ne doit pas nous monter à la tête et nous transformer en grenouilles qui veulent se faire aussi grosses que le médecin. Les pharmaciens sont docteurs, mais ils ne peuvent pas vendre des antibiotiques sans ordonnance. Le master n'est donc pas un argument solide. Par ailleurs, je doute fort que les médecins acceptent de nous laisser faire. Et je doute encore davantage que les caisses remboursent des soins non prescrits. Les caisses auraient beau jeu de dire : "Puisque vous voulez l'indépendance des psychologues, nous vous déconventionnons. Merci pour tout ce que vous avez fait depuis les années 60, bon vent et au revoir."

Vous l'aurez compris, je sors très inquiet de la lecture de ce questionnaire. Entre le statut d'auxiliaire médical et le sublime isolement sans patients, le choix est vite fait. J'espère ne pas être digéré par la plante carnivore à cause de collègues qui n'auraient pas pensé aux conséquences d'une idée tentante.






lundi 16 décembre 2013

Le bureau de la FNO joue à "C'est pas moi, c'est les autres"






La nouvelle équipe du bureau de la FNO a produit ce matin un remake de l'excellent film dont vous contemplez l'affiche.

Comme vous le savez peut-être, l'UNAPL (Union NAtionale des Professions Libérales), dont la FNO est membre, s'est lancée récemment dans une campagne visant à faire cesser l’acharnement du gouvernement contre les professions libérales. Elle a d'ailleurs lancé un site avec une pétition à signer : http://www.professionsliberalesendanger.org/

On aurait pu penser qu'au moment où l'UNAPL était dirigée par un médecin, le Dr Chassang, la FNO se serait montrée particulièrement solidaire de cette action. En d'autres temps, elle aurait publié un communiqué de presse où elle aurait repris l'argumentaire de l'UNAPL. Après avoir rappelé sa représentativité, elle aurait conclu, comme à son habitude, en exigeant des choses.

Or, il n'en est rien. Voici ce qu'écrit la secrétaire générale de la FNO aujourd'hui :

"Campagne organisée par l’UNAPL “les professions libérales en danger”



Campagne organisée par l’UNAPL “les professions libérales en danger”
Par leur vote, les régions ont exprimé majoritairement leur volonté de voir la FNO participer à la campagne de l’UNAPL, intitulée “Professions libérales, les métiers de la vie en danger”.

Cette campagne se décline en plusieurs points que vous pourrez retrouver sur le site dédié: http://www.professionsliberalesendanger.org/ – une pétition à signer et à faire signer, – une présence sur les réseaux sociaux par une page Facebook et  une mass tweets à venir.
Vous trouverez toutes les informations en cliquant sur l’onglet “modalités de l’action” et en téléchargeant le “kit de protestation”.
La Fédération affichera cette campagne sur ses réseaux ( site, page FB et compte twitter) et nous vous tiendrons informés des actions à venir.
Cécile CORALLINI Sécrétaire générale de la FNO"


On ne peut pas faire moins enthousiaste ! Le bureau FNO laisse entendre qu'il a été contraint de relayer l'action de l'UNAPL par les syndicats régionaux. On pourra toujours penser que c'est une preuve de démocratie, mais pourquoi était-il contre ? Etait-ce une raison de fond ? La FNO ménagerait-elle le gouvernement ? Ou alors, y a-t-il un problème entre les orthophonistes et le reste des professions libérales ? Comme pour le 22/11/63, nous ne le saurons jamais.

Quoi qu'il en soit, la solidarité n'a pas l'air d'être l'alpha et l’oméga de la nouvelle équipe dirigeante de la FNO.  :-(

Mise à jour : Comme pour confirmer ce que je venais d'écrire, la FNO a publié à l'instant un communiqué sur le nouveau barème de la CFE (ex-taxe professionnelle) sans rappeler que l'UNAPL se démenait également sur ce dossier.

jeudi 21 novembre 2013

Pauvres de nous !



Le mois dernier, je vous disais que pour l'Assemblée des Communautés de France, nous étions riches. Apparemment, les choses se sont mal passées depuis, parce que pour la FNO, nous sommes pauvres. Elle vient de publier le communiqué de presse suivant :

"Projet de loi sur la retraite : La FNO exige le RETRAIT de l'ARTICLE 32 !

LE GOUVERNEMENT RESTE SOURD AUX DEMANDES LÉGITIMES DES ORTHOPHONISTES !


Après le rejet de l’ensemble du projet de loi par le Sénat, le texte sera réexaminé à l’Assemblée Nationale à partir du 19 novembre 2013.
La Fédération Nationale des Orthophonistes ne cesse d’attirer l’attention sur la rédaction de l’article 32, véritable mainmise du gouvernement sur la CNAVPL et les caisses de retraite qui la composent.
Le gouvernement justifie la raison de cet article sous couvert d’amélioration de la gestion de la caisse de retraite des professionnels libéraux et de service rendu aux affiliés. Or, ce modèle de gestion a déjà démontré ses limites dans d’autres systèmes de retraite.
La Fédération Nationale des Orthophonistes s’élève contre cet article qui a pour seul but inavouable de faire main basse sur les réserves des régimes complémentaires.
Ces réserves ont pourtant été constituées grâce aux efforts financiers des affiliés aux seules fins de préserver le niveau des pensions de tous les retraités de la CARPIMKO, d’en assurer le paiement pérenne tout en maintenant un niveau de cotisations acceptable.
La mise en application de l’article 32 entrainera le déséquilibre de notre régime complémentaire et conduira donc inéluctablement à la baisse des prestations et à l’augmentation des cotisations.
La Fédération Nationale des Orthophonistes, relayée par ses syndicaux régionaux et l’ensemble des professionnels, reste mobilisée et alerte l’ensemble des députés sur la rédaction de l’article 32 d’un projet de loi censé garantir « l’avenir et la justice du système de retraites ».
La Fédération Nationale des Orthophonistes compte sur leur conception plus juste de la notion d’équité et de solidarité, préservant ainsi les intérêts d’une majorité de professionnels dont les revenus ne permettent pas de construire des compléments de retraite hors du système par répartition.
"

Le gouvernement aurait donc une conception injuste de l'équité et de la solidarité. Voilà qui augure mal pour la réforme fiscale d'envergure qu'il nous annonce.

Si l'Etat vole les réserves du régime complémentaire de la CARPIMKO, les énormes augmentations de la cotisation forfaitaire que cette caisse nous a imposées profiteront à l'ensemble des retraités français. Ce sera une goutte d'eau dans un océan de déficits. A l'inverse, si l'article 32 est retiré, nos efforts serviront à prolonger le système actuel. Mais rien ne nous garantit qu'il survivra jusqu'à nos 70 ans. Quand on voit ce qui se passe sur le régime de base et le régime des praticiens conventionnés, il y a de quoi douter de la capacité de nos caisses autonomes à préparer nos vieux jours.

Plus que jamais, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. La FNO considère que nous sommes trop pauvres pour nous tourner vers la retraite par capitalisation. Mais si la CARPIMKO n'était pas déjà si étouffante, nous aurions des marges de manœuvre. D'autre part, en élevant notre temps de travail et en allant vers autre chose que les fonds en euros des assurances-vie qui ne rapportent plus, nous pouvons encore nous prémunir de l'impéritie d'un système qui se débat dans ses miasmes depuis des lustres (voir ici).