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mardi 22 février 2022

L'orthophonie en a encore sous le pied


Hier matin, sur le groupe Facebook des Clés de la Réussite, j'ai posté un sujet sur l'inflation. En France, elle tourne actuellement autour de 3 % par an. En Allemagne et en Espagne, c'est le double. En Estonie, elle atteint même 12 % ! Ce pays n'est pourtant pas une contrée exotique tenue par un dictateur qui ferait n'importe quoi : c'est une démocratie de la zone euro.

Autrement dit, avec notre perte de 3 % de pouvoir d'achat en un an, nous pouvons nous estimer chanceux.

Pourtant, ce post m'a attiré le commentaire le plus amusant de la journée :

Il est vrai que depuis 2008, je ne vous abreuve pas de bonnes nouvelles tous les jours. Tout simplement parce qu'elles sont rares. Mais aujourd'hui, je voudrais m'extraire de l'étau qui se resserre sur nous. Ok, nous sommes pris entre l'inflation et le gel de nos tarifs. Nous avons appris récemment que l'AMO était parti pour 15 ans à 2,50 € en Métropole.

La tendance fait peur, mais où en sommes-nous, à l'instant t ?

En 2019 (dernière année normale), le revenu moyen des orthophonistes affiliés à l'AGAO a été de 2 598 €. J'en ai parlé dans cette vidéo :

Cette moyenne est tirée vers le bas par les collègues qui ont choisi un exercice mixte (libéral + salariat à temps partiel) et par ceux qui travaillent peu pendant une période. Par exemple, les femmes enceintes dont le revenu s'effondre pendant plusieurs mois. Dans un métier où les hommes ne représentent que 3 % de l'effectif, ce facteur ne peut être évacué.

Extrayons-nous des statistiques.

Petit calcul rapide : regardons combien gagne un orthophoniste qui reçoit 60 patients en moyenne, 45 semaines par an : en gros, 5 semaines de congés et les jours fériés.

Les relevés individuels d'activité de la sécu (une sorte de flicage instauré en 2002) nous apprennent que l'AMO moyen est à 13.

13 x 2,50 x 60 x 45 = 87 750 € de recette.

Avec une recette de cet ordre, on peut arriver à 30 % de taux de dépenses pro, comme je l'ai expliqué ici. Mais prenons 40 % pour être large :

87 740 - 40 % = 52 650 € de bénéfice, soit un revenu de 4 388 € par mois.

Avec ce revenu, on vit confortablement dans la France de 2022. On peut même songer facilement à épargner pour compenser notre protection sociale anémique. Les 3000 formations que j'ai vendues en deux ans (voir ici) montrent que beaucoup de collègues se sentent concernés.

Jouons avec les paramètres, maintenant.


Si on passe de 60 à 70 patients en moyenne, le revenu monte à 5 119 €.

Si on passe de 60 à 50 : 3 656 €.

Si on revient à 60 mais qu'on ajoute deux semaines de congés : 4 193 €.

Si on fait 45 semaines mais qu'on adore le langage écrit et que l'AMO moyen du RIA est de 11 au lieu de 13 : 3 712 €.

Dans tous les cas, l'orthophonie libérale se situe nettement au-dessus du revenu médian français, qui n'est malheureusement que de 1 940 €.

En fait, cela nous situe plutôt au salaire net médian des cadres, qui est de 4 230 €. C'est assez cohérent, puisque nous avons  bac+3 (pour la plupart des logopèdes rentrés en France) à bac+5 (pour les diplômés de ces dernières années).

Ces chiffres prouvent que l'orthophonie libérale en a encore sous le pied, grâce au travail de nos pionniers. Nous partions d'une excellente rentabilité horaire, dans les années 60-70. Ca baisse depuis le tournant de la rigueur de M. Mitterrand en 1983 et rien n'annonce un redressement, d'autant que l'inflation est de retour. Mais nous avons de beaux restes. Je n'en dirais pas autant de l'orthophonie salariée...

On peut donc sourire et se dire que les orthophonistes libéraux ne sont pas les plus à plaindre. Ok, le reste de la population bénéficie d'augmentations de salaire, contrairement à nous (ou si peu). Mais nous pouvons encore atteindre 5000 € par mois.

Quelques objections à ce joli tableau, tout de même

Les revenus que j'ai cités paraissent souvent hors d'atteinte pour beaucoup de collègues. Il y a plusieurs raisons à cela.

Objection n°1 : le taux de charges de 40 % est inaccessible dans les grandes villes, à cause du prix de l'immobilier.

C'est vrai. Nos tarifs sont un T-shirt à taille unique. Appliquer l'AMO de la Lozère dans le 16ème arrondissement de Paris, c'est comme mettre un crop-top de collégienne quand on mesure 1,80 m et qu'on pèse 120 kg (je n'ai pas d'image d'illustration, désolé). Les médecins aiment faire du dépassement d'honoraires à Paris, il y a une bonne raison à cela.

Objection n°2 : l'AMO 13 n'est qu'une moyenne.

Vrai aussi. J'en ai parlé un peu plus haut. Si vous vous spécialisez dans les cotations basses qui n'ont pas la faveur des caisses et de la FNO, vous en subirez les conséquences malheureuses. A l'inverse, vous pouvez aussi choisir d'aller vers les cotations hautes en vous formant sur les domaines qui plaisent à nos dirigeants.

Objection n°3 : les patients disparaissent pendant les vacances scolaires.


Ce point est plus vrai dans les grandes villes développées que dans les zones défavorisées où les gens n'ont malheureusement pas les moyens de partir. Ici, le cabinet est loin d'être vide en été. Peu de gens partent. Les enfants qui vont en centre aéré viennent le soir. Et les collègues qui reçoivent davantage d'adultes sont moins touchés par ce problème. 

Enfin, là où l'orthophonie est un métier saisonnier, il faut raisonner comme un... saisonnier de Val d'Isère, qui ne se contente pas de 35 heures en février. Il sait qu'il mange son pain blanc, donc il l'engrange tant qu'il peut pour traverser les périodes de pain noir.

Objection n°4 : à 60 actes par semaine, je m'épuise.

Cela dépend du travail bénévole effectué à côté : paperasse de la sécu, mutuelles qui ne paient pas, préparations de séances, contacts multiples, comptabilité, rédaction de comptes rendus et de notes d'évolution, participation à des réunions ou à des actions de prévention, militantisme syndical, etc.

Mais tout s'optimise. Il existe des orthophonistes qui pratiquent 100 actes par semaine et qui le vivent bien, parce qu'ils sont organisés. Ce ne sont pas tous des margoulins qui sabotent le travail, comme on pouvait le lire souvent dans les années 2000 (à présent, ils semblent un peu plus respectés). 

J'ai basé mes calculs sur 60 actes seulement. Ca reste raisonnable : 60 demi-heures font 30 heures. Allons jusqu'à 35 si on ajoute quelques actes plus longs et un peu de travail bénévole. 35 heures, c'est peu. En Suisse, les gens travaillent 42,5 heures par semaine en moyenne.

Tout est relatif. Si on se met dans la tête qu'on gâche sa vie à la 36ème heure, on se met volontairement en état de stress.

Faut-il se satisfaire de la situation actuelle ?

La situation actuelle, ce n'est pas que l'instant t : c'est aussi la prise en étau dont je parlais au début. Les médecins voient le C augmenter à un rythme légèrement supérieur à celui de l'inflation. Les paramédicaux français, eux, sont parmi les plus rentables de l'Occident pour les assurances (sécu + mutuelles). Ils le seront de plus en plus.

Cela dit, ne tombons pas dans le misérabilisme : nous pouvons encore vivre comme des cadres et anticiper le resserrement de l'étau. Surtout à la campagne et dans les villes moyennes. A ce propos, nous avons deux bureaux libres, si vous voulez vous mettre au vert (et au bleu) :

J'ai pris cette photo vendredi après-midi, en allant travailler. Quand on exerce hors de l'enfer des grandes villes, on vit sainement, tout en vérifiant chaque jour que l'orthophonie en a encore sous le pied !

Contactez-moi pour en profiter.

mardi 25 janvier 2022

CARPIMKO : toujours plus haut, toujours plus fort !

 

 

La CARPIMKO vient de publier son barème de cotisations pour 2022 :
https://www.carpimko.com/je-suis-en-activite/mes-cotisations/mes-cotisations-sadaptent-a-mes-revenus

Ce barème remplace celui de 2021, mais j'en avais fait une capture d'écran en décembre pour pouvoir comparer. Il est toujours intéressant de voir l'évolution de nos taxes, pour comprendre les tendances et pour pouvoir argumenter quand nos représentants affirment que la CARPIMKO est bien gérée.

Voici le résultat du comparatif :


Comme vous le voyez, la CARPIMKO comporte sept charges sociales, dont trois ne bougent pas.

Le régime complémentaire poursuit sa dérive habituelle : qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, il s'octroie grassement plusieurs pourcents d'augmentation. C'est assez aisé quand l'assuré est un client captif.

L'avantage social vieillesse (ASV), qui ne concerne que les revenus conventionnés, évolue plus que nos tarifs. Il faut dire que ce n'est pas très compliqué, puisqu'ils sont gelés. Mais l'ASV reste sous l'inflation, qui tourne autour de 3 % en rythme annuel à l'heure actuelle.

Cette année, le délire touche le régime invalidité-décès : +12,5 % ! Comme ça, sans explication. C'est sidérant. Avons-nous eu plus d'AVC ou de burn-outs, subitement ? Sommes-nous morts massivement ? Nous ne le saurons pas.

 


Au total, le tableau montre qu'à revenu égal, un collègue à 30 000 € voit une hausse globale de 3,2 % de sa cotisation, sans nouveaux droits à la retraite. Il perd 185 € au moment où 2/3 des Français perçoivent 100 € d'indemnité inflation.

La CARPIMKO se sert en silence. Rien ne l'oblige à se justifier, puisque la concurrence n'existe pas. Si nous pouvions choisir entre elle et une autre caisse française, voire européenne, gageons qu'elle communiquerait un peu plus. 

On pourrait aussi imaginer que la CARPIMKO nous laisse le choix de notre niveau de protection, avec une cotisation qui s'ajusterait en conséquence. Ca a existé jusqu'au début des années 90. Puis cette liberté a été supprimée.

 

La CARPIMKO est-elle bien gérée ?

Son bilan, publié tous les ans dans son bulletin, reste solide. En même temps, il est facile de ne pas avoir de souci d'argent quand on se sert à volonté dans le portefeuille des assurés. Nos tarifs sont gelés ? Ce n'est pas le problème de la CARPIMKO. Hop, +12,5 % sur un régime.

Nous n'avons aucun moyen de réagir. Aucun moyen de pression, puisque les syndicats des auxiliaires médicaux participent aux décisions et soutiennent ce système. Aucun d'entre eux ne va sursauter en constatant les hausses de 2022.


Il reste une possibilité : se dire que ça pourrait être pire.

 
Malgré ces entailles dans notre pouvoir d'achat, nous pouvons nous estimer heureux d'avoir échappé aux 28 % de cotisation promis par la réforme Delevoye. C'était un effet collatéral de la crise du coronavirus.

Il est clair qu'après le barnum du printemps prochain, la réforme des retraites fera surface. On le sent dans la communication des candidats. Les pays européens bien gérés, horrifiés par notre comportement de cigale, font pression dans ce sens.
 
Mais la CARPIMKO, qui ne devrait pas être concernée puisqu'elle n'est pas en déficit et ne fait pas appel à la solidarité nationale pour ses fins de mois, se laisse assimiler aux régimes spéciaux sans réagir. C'est comme si un lanceur de couteaux voyait un spectateur se mettre volontairement devant sa cible.
 
Nos syndicats, pris dans les négociations conventionnelles et autres mesures techniques (ex : le nirvana de la fin des ordonnances obligatoires), ne communiquent pas davantage sur cette menace.

Le tableau de 2023 sera donc intéressant : poursuite de la dérive ? Cataclysme des 28 % dans l'indifférence générale, assortie d'une baisse de CSG potentiellement inconstitutionnelle ?

En attendant, réjouissons-nous de la hausse de 2022. L'étau se resserre toujours sur nous, mais doucement. Pour l'instant, nous pouvons encore compenser.

mardi 11 janvier 2022

Orthophonie : quel avenir ? Grains ou éclaircies à l'horizon ?

 

 

J'ai pris cette photo sur une plage normande, un jour d'octobre où les grains et les éclaircies se succédaient.

C'est aussi le spectacle qu'offre l'orthophonie d'aujourd'hui. Les grains apparaissent à l'horizon, mais aussi les éclaircies. En pareille circonstance, on se demande toujours si on va s'en sortir sec, ou essoré.

 

Commençons par énumérer les grains : ça nous permettra de finir sur une tonalité plus joyeuse.

1) L'inflation

L'inflation est de retour :
https://www.capital.fr/entreprises-marches/france-inflation-de-2-8-sur-un-an-en-decembre-3-4-en-donnees-harmonisees-1424386

Les économistes hésitent encore sur cette hausse des prix : est-ce juste un effet covid momentané, ou un retour durable dû à des causes profondes (ex : la transition énergétique, horriblement coûteuse mais nécessaire) ? Un critère important sera l'enclenchement de la boucle prix-salaires : si les salaires augmentent après les prix, nous pourrions avoir une vraie inflation durable, auto-alimentée.

Pour nous qui avons des tarifs réglementés, l'inflation est un grain extrêmement menaçant : nous n'avons plus de boucle prix-tarifs depuis le tournant de la rigueur de 1983. Ca date.

2) Les négociations conventionnelles

L'inflation, c'est un mouvement permanent. Mais les négociations conventionnelles avec la sécu, c'est tous les cinq ans. Pourquoi ? On ne sait pas.

Quoi qu'il en soit, on ne rattrape jamais cinq ans d'inflation, même en combinant une hausse de l'AMO et quelques modifications de la nomenclature.

Lors des dernières négociations, en 2017, nos représentants ont même accepté de signer un accord sans hausse de l'AMO, alors que le C des médecins prenait 9 % dans le même temps.

Cette année, c'est reparti pour un tour : la lettre de cadrage du ministère exclut une hausse de l'AMO. La présidente de la FNO s'en est émue :
https://fno.fr/actualites/vie-syndicale/declaration-liminaire-lue-par-anne-dehetre-presidente-a-louverture-des-negociations-conventionnelles/

Que peut-on attendre, dans ces conditions ? L'avenant 16 a tracé la voie :

  • quelques petits forfaits ; rappelons que la rémunération à l'acte est considérée comme une horreur par une partie de l'intelligentsia française et que la forfait est un excellent moyen d'abaisser notre taux horaire ;
  • un saupoudrage de dixièmes de coefficients dans la nomenclature ;
  • une hausse des aides à l'installation dans les zones très sous-dotées (avec un zonage qui permet de nier la réalité du terrain).

En somme : rien ne compensera 3% d'inflation par an. Et si l'inflation dérape carrément ? Eh bien... aucun dispositif n'est prévu. Un assouplissement des dépassements d'honoraires, par exemple pour monétiser une compétence poussée, nous offrirait une bouffée d'oxygène. Mais nos représentants ne le revendiquent pas. Bien sûr, il y aurait de l'injustice sociale dans une mesure de cet ordre. 

Mais à force de refuser l'injustice sociale pour les autres, nous l'admettons pour nous : pendant que nos tarifs décrochaient de l'inflation, le pouvoir d'achat global de la population n'a cessé d'augmenter, bien qu'elle ait eu le sentiment inverse. Les chiffres sont têtus.

Imaginez un restaurateur qui s'alignerait sur les tarifs du restaurant universitaire pour être socialement juste. C'est ce que nous faisons.

3) CARPIMKO = régime spécial ?

Le pouvoir a laissé entrevoir les contours de la réforme Delevoye v.2. Il est fort probable que nous y ayons droit au second semestre, en cas de réélection.

On commence à comprendre qu'ils réfléchissent à un nouveau décalage de l'âge de départ, ce qui n'est pas trop grave. Même si nos bornes actuelles de 62 et 67 ans deviennent 64 et 69, ça ne changera pas la face du monde.

Plus gênant : les régimes autonomes comme la CARPIMKO n'existent pas dans la communication du pouvoir. Nous restons donc assimilés aux régimes spéciaux comme ceux d'EDF et de la SNCF, qu'il veut voir disparaître. 

La CARPIMKO elle-même ne communique pas sur ce thème. Elle donne l'impression de se laisser assimiler aux régimes spéciaux. Peut-être a-t-elle une stratégie visant à nous défendre. Dans ce cas, elle le cache bien.

On nous prépare donc un retour du matraquage qu'on voulait nous infliger en 2019. Nos représentants avaient cautionné une compensation par la baisse de la CSG. Mais elle était inconstitutionnelle, d'après les avocats. Et elle ne protégeait absolument pas ceux qui avaient le malheur de dépasser 41 136 € de bénéfice. Après tout, ces collègues n'ont qu'à payer, non ? Ils ont l'habitude.

En fait, le passage aux fameux 28% de cotisation retraite serait une grosse incitation à soigner le moins de patients possible : à quoi bon s'échiner, si c'est juste pour payer les retraites des baby boomers et si ça contribue à être abandonné dans la tourmente par ses pairs ?

4) La pression de la demande

Que vous soyez en zone sous-dotée, intermédiaire ou très dotée, vous avez probablement une liste d'attente. Rares sont les endroits où nous faisons face à la demande.

Dans les faits, pour beaucoup de patients potentiels, nous n'existons plus. Ecouter les messages du répondeur est un exercice angoissant pour tout professionnel de santé doté d'un minimum d'empathie.

5) le délire administratif 


La glorieuse administration française aime consommer le temps des citoyens. Nous n'échappons pas à ce gaspillage d'énergie, avec :

  • des comptes rendus de bilans dont seule la conclusion intéresse la plupart des médecins
  • l'obligation de s'inscrire à mssanté, alors que les médecins sont chez Apicrypt
  • l'obligation de déclaration d'indicateurs
  • la DAP papier maintenue dans tant de départements, à l'heure où la Poste impose des augmentations délirantes sur les timbres
  • la double prise en charge : conventions à lire, à renvoyer, puis factures à fabriquer, puis vérification du fait que les centres paient réellement (plusieurs semaines plus tard)
  • les mutuelles non gérées par la carte Vitale, avec tous les défauts de paiement que cela peut induire pour ceux qui rendent service à leurs patients avec le tiers payant intégral
  • CFE : déclaration peu compréhensible, paiement compliqué qu'il faut aller trouver soi-même depuis qu'ils ne daignent même plus envoyer une facture (un comble du masochisme : allez chercher vous-même votre claque)
  • Déclaration DSPAMC : il y a 20 ans, il y avait trois fois moins de cases sur la déclaration d'URSSAF ; si le fisc et l'URSSAF échangeaient leurs fichiers, tout serait simple ! Trop simple pour la glorieuse Administration française.

La plupart de ces points ne concernent que ces dernières années. On voit mal pourquoi le délire cesserait subitement. Prenons les paris !


Passons aux éclaircies

J'ai pris cette photo le même jour que celle du début de l'article, à Yport (76).

Il est hors de question de ne voir que les nuages sombres à l'horizon ! Entre deux grains, il y a toujours une éclaircie.

1) Un état d'esprit extrêmement positif

Nous avons une profession vivante, créative, réactive (cf rééducation de l'anosmie), assoiffée de nouveaux savoirs.

Nous nous formons sans cesse, de diverses manières.

Nous partageons nos trouvailles. Le merveilleux site PONTT le prouve chaque jour depuis de nombreuses années. Les réseaux sociaux fourmillent d'idées et de conseils.

La semaine dernière, j'ai ouvert un compte Instagram pro : @lefebvreortho. J'ai été accueilli avec une bienveillance émouvante. J'ai découvert une nouvelle preuve du dynamisme de notre profession. Si vous voulez vous rebooster, allez voir le hashtag #orthophonie et les stories des collègues ! C'est un bouillonnement permanent. Vraiment impressionnant. 

 

Instagram ne se cantonne pas au partage de photos de son chat ou de couchers de soleil flous avec un horizon penché et des couleurs délavées. Allez voir l'Insta orthophonique : c'est bon pour le moral.

2) Votre métier en a encore sous le pied

Faisons les comptes :

  • En moyenne, les relevés individuels d'activité de la sécu disent que l'acte moyen est un AMO 13.
  • Sans aller trop loin dans le surmenage, on peut imaginer 60 actes par semaine, sur 45 semaines par an. Certains font nettement plus, d'autres nettement moins.
  • Total : 45 x 60 x 13 x 2,50 = 87 750 € de recette.

3) Vous pouvez optimiser 

Vous pouvez optimiser vos dépenses pro pour garder 2/3 pour vous (cf cet article : Comment passer de 50 à 30 % de charges ?) : votre revenu sera alors de 58 500 €, soit 4875 € par mois. C'est très honorable pour des bac +3 à 5.

Alors oui, nos tarifs sont quasiment gelés. Mais heureusement, ils partaient de haut au début des années 80, avant que l'inflation commence à les grignoter.

4) Avec 4875 € par mois, vous pouvez épargner.

En tout cas, c'est possible en Province. Et là, le cercle vertueux s'enclenche : une partie de vos revenus se transforme en épargne de précaution, puis en génération de revenus complémentaires. Non seulement vous vous prémunissez contre une mauvaise chute ou une rencontre inopinée avec un sanglier, mais en plus vous commencez à vous détendre face au blocage de l'AMO. Et vous n'avez plus de raison de pester contre notre protection sociale faiblarde par rapport à celle des salariés.


La plupart de mes formations en ligne vous aident à enclencher et à développer ce cercle vertueux. Ma newsletter vous parle très souvent d'épargne, entre autres (cliquez ici pour ne rien manquer de l'actu ortho). Mais le préalable, c'est de constituer le ratio bénéfice / recettes qui vous laissera une capacité d'action. Vous savez aussi que plus vous développez vos recettes, moins les charges fixes vous pèsent. Mieux : la CARPIMKO ne vous prend plus grand-chose à partir de 41 136 € de bénéfice ! la vie est belle, sans réforme Delevoye.

5) Renouveler son intérêt pour le métier

L'orthophonie est une passion pour beaucoup d'entre nous. Le travail sur la langue, le contact, le sentiment d'utilité, les évolutions permanentes des savoirs et des techniques : il y a de quoi s'y absorber pendant 45 ans sans s'ennuyer.

Mais si la lassitude vous saisit, ce métier vous offre de nombreuses possibilités :

  • vous former intensément sur un sujet donné et le faire savoir auprès des médecins
  • changer votre approche (ex : la formation d'Isabelle Bobillier-Chaumont, qui vous retournera la tête) 
  • ajouter des cordes à votre arc : apprendre la LSF, apprendre à dessiner avec Samuel Bruder, acheter une imprimante 3D pour fabriquer du matériel...
  • militer : participer à la FNO, à une URPS, à une CPD, à des manifs si vous voulez entraîner votre voix...


5) Créer une activité secondaire pour vivre de sa passion

Si vous voulez vous ouvrir à d'autres horizons éclaircis, vous pouvez développer une activité secondaire. Les conditions n'ont jamais été aussi favorables, grâce à internet qui vous permet de vous faire connaître.

L'éventail des possibilités est quasiment infini. Dans ma formation Contourner le blocage de l'AMO, je vous ai proposé une méthode sans risque financier. Sans risque tout court, en fait. Mais il y en a des milliers d'autres.


Alors, grains ou éclaircies ?

Tout est une question d'état d'esprit. 

J'ai longtemps vu les grains. Il est évident que l'orthophonie française est une profession prise en étau. C'est le lot de tous les auxiliaires médicaux. Il est vrai aussi que la politique de nos propres représentants nous désarçonne souvent : des années d'efforts sur l'exercice salarié, l'écriture inclusive  et l'accès direct, plutôt que sur l'AMO, par exemple. Quand on voit un glaive et qu'on doute de son bouclier, on peut être inquiet.

Mais tout de même, si on se tourne vers les éclaircies, on voit que la profession a de beaux restes et qu'elle conserve un ressort impressionnant. Une vivacité. Et puis tant de portes restent ouvertes vers l'épanouissement professionnel, dans l'orthophonie ou en parallèle !

Réjouissons-nous. Râler, c'est mauvais pour nos artères. Il sera bien temps de nous faire du mouron si la réforme des retraites s'abat sur nous comme une falaise normande.

lundi 29 novembre 2021

Grande sécu : le pour et le contre


Dans sa newsletter du 17 novembre 2021, le CNPS parlait d'un avant-projet du Haut comité pour l’avenir de l’assurance maladie, mandaté par M. Véran pour réfléchir aux moyens d'améliorer l'articulation entre la sécu et les complémentaires santé. Les médias en ont beaucoup parlé, avant que le variant Omicron vienne occuper l'ensemble du spectacle journalistique.
 
Quatre scénarios sont évoqués dans le rapport. Mais il s'étend largement sur l'idée d'une "grande sécu", avec une suppression des complémentaires. Fin du ticket modérateur. La sécu prendrait tout en charge, sauf les dépassements d'honoraires.

On sent bien que cette mesure pourrait devenir un axe de campagne pour la majorité actuelle : la grande sécu ressemble à un progrès social. Ce serait le pilier gauche d'un nouvel "en même temps", comme le fut la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des gens pendant la campagne de 2017.

Rien n'est tout blanc, ni tout noir. Examinons donc les avantages et les inconvénients de la grande sécu.

 

Les avantages

  • L'égalité face à la maladie : actuellement, il reste environ 5 % des Français qui n'ont pas de complémentaire (source : ici). On y trouve des Français trop aisés pour avoir droit à la C2S (ex-CMU), mais trop pauvres pour se payer une complémentaire à un tarif de plus en plus exorbitant. Et notamment des personnes âgées, particulièrement impactées par la hausse des tarifs.
  • Une simplification bienvenue :  deux assurances pour le même risque, c'est une de trop.
  • Un allègement de la comptabilité des professionnels de santé qui pratiquent le tiers payant : une seule écriture par facturation, au lieu de deux.
  • Une mutualisation du risque : actuellement, les complémentaires imposent des tarifs très élevés aux personnes âgées parce qu'elles font payer le risque. C'est la logique des assurances, qui s'applique aussi aux jeunes conducteurs par exemple. La sécu, elle, ne regarde que vos revenus du travail et de l'épargne. Elle fait payer les soins des pauvres par les gens aisés. On peut trouver ça injuste quand on est en bonne santé et qu'on travaille beaucoup. Mais quand on est de l'autre côté de la barrière, on savoure ce principe.

 

Les inconvénients


Le rapport dit que la grande sécu coûterait 22 milliards par an. Comment financer cela ? 

  • On peut abaisser  niveau des remboursements. Ce serait piteux. La Grande sécu aurait un goût amer de régression sociale, alors qu'on cherchera à nous la présenter comme un progrès. Dans l'absolu, on peut même abaisser les tarifs conventionnels. Mais personne n'en parle pour l'instant. Cela fait longtemps que j'écris qu'on a de la chance que l'AMO, l'AMI ou l'AMK ne baissent pas...
  • On peut taxer les entreprises, comme le souhaite inlassablement une partie extrémiste de l'échiquier politique (voir cet article par exemple). Cela fait fi de la compétitivité du pays, largement entamée depuis la fin des Trente Glorieuses par un dogmatisme aveugle. Les autres pays d'Europe et du monde continueront à avancer pendant qu'on alourdira encore un peu plus les semelles de plomb de nos entreprises. Elle ressemblent déjà plus à des scaphandriers qu'à des marathoniens. Les bénéfices ne sont pas forcément créés pour être immédiatement spoliés.
  • La sécu peut s'endetter.  Perspective inquiétante pour nos enfants, à qui nous emprunterions cette somme. Mais ce point ne peut arrêter aucun de nos dirigeants dépensiers : la BCE nous couvre bien gentiment depuis l'an dernier. Depuis 40 ans, pour tout politicien français, la devise est : "Je dépense donc je suis". De toute manière, les rares hérétiques ne sont pas élus. On a les dirigeants qu'on mérite.
  • Et enfin, on peut faire comme d'habitude : s'en prendre aux gens aisés, au nom de l'équité et de la solidarité. Des totems si pratiques. Par exemple, on peut transformer la CSG en impôt progressif, comme c'est déjà le cas de notre cotisation aux allocations familiales. Cette idée flotte dans les esprits depuis de longues années : elle figurait déjà dans les projets de la majorité élue en 2012. Gageons que nous, les auxiliaires médicaux, figurerons parmi les cibles, puisque nous nous situons au-dessus du revenu médian (1940 € nets). Notre pays n'a pas conscience d'être déjà le plus redistributif de l'OCDE, on trouve toujours des gens prompts à crier à l'inégalité.

Autre inconvénient : la grande sécu met en danger 100 000 emplois, parmi les salariés des complémentaires (voir ici). Ils ont effectivement de quoi s'inquiéter. Mais quand le rouleau compresseur du progrès social est lancé, personne ne plaint les victimes. les œillères se ferment.

On trouvera d'autres victimes parmi ceux qui préfèrent s'auto-assurer grâce à l'épargne : ces hétérodoxes libres n'existent pas dans l'espace politico-médiatique.

On l'a bien vu cette année, avec la mise en place d'une nouvelle assurance prévoyance obligatoire. Les auto-assurés n'ont rien pu dire, rien pu faire. On les a contraints à passer sous les fourches caudines d'une 14ème cotisation sociale qu'ils n'avaient jamais demandée.

Enfin, les spécialistes des inégalités trouveront anormal que les dépassements d'honoraires restent autorisés et que la grande sécu ne les rembourse pas, alors que les complémentaires actuelles les remboursent partiellement. Ils crieront à la médecine à deux vitesses.


En conclusion

Les quatre avantages pèsent lourd. La mutualisation du risque pourrait devenir un gros argument électoral, parce que les personnes âgées votent plus que le reste de la population. Le retour de la réforme des retraites leur fera aussi plaisir, soit dit en passant : elles étaient la seule catégorie de Français à la soutenir, parce qu'elle leur garantissait la pérennité de leurs pensions. 

 

Reste à savoir si les inconvénients de la grande sécu pèseront plus lourd que les avantages. Les gens aisés et les auto-assurés n'ont aucun poids : toutes les majorités s'en prennent à eux. Mais peut-être que le lobbying des assurances fonctionnera... Si tel est le cas, on aura juste amusé la population avec un hochet, le temps de capter des voix.

Affaire à suivre. Mais si nos syndicats entérinent cette réforme comme ils ont admis celle des retraites, nous aurons du souci à nous faire, en tant que "gens aisés".

mardi 23 novembre 2021

CARPIMKO : quels droits ?

 


Il y a quelque temps, une collègue a demandé sur Facebook si une réduction d'activité aurait de grosses répercussions sur ses droits CARPIMKO.

C'était une question pertinente : quand on travaille moins, on cotise moins, donc on accumule moins de points de retraite.

A l'inverse, notre système récompense-t-il ceux qui travaillent beaucoup ? Ou est-ce qu'il les matraque comme le fisc ?

J'ai pensé qu'il était intéressant de modéliser le fonctionnement de notre (trop) chère CARPIMKO. Alors j'ai fabriqué le tableau PointsRetraite.xlsx, que vous trouverez dans les fichiers du groupe des Clés de la Réussite :

https://www.facebook.com/groups/184304421592158/files

J'explique dans cette vidéo comment l'utiliser :

 

Comme vous le voyez, c'est simple. Vous entrez votre revenu actuel dans la première case et vous voyez immédiatement votre cotisation, ainsi que les droits de retraite nets acquis. Puis vous pouvez voir ce que ça change si vous ôtez 10 000 € de revenu, ou si vous ajoutez la même somme. J'ai aussi regardé si les droits doublaient quand le revenu doublait.

J'en tire les conclusions suivantes :

  • La CARPIMKO s'intéresse surtout aux bas revenus, en assurant un socle commun. Le minimum retraite des auxiliaires médicaux, en quelque sorte. 
  • Tels que nous sommes partis, le vrai minimum retraite finira par nous rattraper. Il augmente régulièrement. Probablement parce que les personnes âgées votent...
  • Ceux qui dépassent le plafond annuel de la sécurité sociale (41 136 € actuellement) sont fortement incités à épargner : la CARPIMKO les frappe moins, en proportion. Mais elle attribue moins de droits sur la partie des revenus qui dépasse le PASS.

Au final, notre pyramide de Ponzi préférée nous pousse vers la retraite par capitalisation. D'ailleurs, la CARPIMKO elle-même possède des actions ! Nous sommes tous boursicoteurs, grâce à elle.