
Je dois malheureusement interrompre ma passionnante série sur les SCI. Non pour ménager un suspense haletant, mais pour vous faire part du décès dans des circonstances atroces de notre Avantage Social Vieillesse (ASV), samedi matin. Pendant que je taillais frénétiquement mes thuyas pour obtenir les biceps de Sylvester Stallone, le
Journal Officiel publiait un décret de la veille, mettant fin à un de nos rares acquis sociaux.
L'ASV concerne le régime de retraite des praticiens conventionnés de la CARPIMKO, dont je parlais dans cet
article. Pour résumer, outre le régime de base et le régime complémentaire, que possèdent aussi les autres professions, nous avons un troisième régime, très avantageux parce que la sécurité sociale y cotisait fortement pour nous. Notre cotisation, forfaitaire, n'était que de 78€ pour cette année. Oh bien sûr, ça augmentait chaque année, même si l'AMO était gelé. Mais cela restait très intéressant pour nos vieux jours et pour les retraités actuels. Arrivé à 65 ans, ce régime donnait 4576 € par an. Mais il faut en parler au passé. Ce pauvre ASV a été exécuté en règle et achevé dans la foulée. Voici le déroulement de cette exécution publique.
Première salve :
La cotisation augmente dans des proportions affolantes. Elle passe de 78 € à :
400 € pour l’exercice 2008 ;
500 € pour l’exercice 2009 ;
500 € pour l’exercice 2010 ;
540 € pour l’exercice 2011.
A compter de l’exercice 2012, ça suivra l'inflation chaque année (mais pas nos lettres-clés, bien sûr).
Déjà, en lisant ça, j'ai cru qu'il y avait une erreur. On aurait pu espérer qu'une augmentation aussi démentielle permette de maintenir les droits à la retraite. Mais nul espoir n'était permis, samedi matin.
Seconde salve :Le nombre de points attribués en contrepartie de cette cotisation forfaitaire est fixé à :
44 pour l’exercice 2008 ;
26,5 pour l’exercice 2009 ;
24,5 à compter de l’exercice 2010.
Troisième salve :On vous donne moins de points de retraite en payant beaucoup plus, mais en plus ces points perdent de leur valeur :
2,60 € pour l’exercice 2008 ;
1,20 € pour l’exercice 2009. Puis l'inflation.
Les retraités actuels voient aussi leur pension baisser, selon un barème complexe. C'est d'autant plus frustrant pour eux qu'ils ont moins de capacité que les actifs de réagir financièrement.
Coup de grâce :A compter de 2010, en plus de l'énorme cotisation forfaitaire, une "cotisation d'ajustement" sera instaurée. Elle sera de :
0,25% des revenus de l’avant-dernière année en 2010
0,4 % ensuite.
Donc un paramédical qui aura gagné 30 000 € paiera 120 € en 2011, à ajouter aux 540 € forfaitaires. Donc 660 € au lieu de 78 € cette année !?!
Réjouissons-nous : cette nouvelle cotisation donnera quelques points en plus. Quel bonheur !
Autre grand bonheur : cette explosion de la cotisation est déductible des impôts, de l'URSSAF et... de la CARPIMKO. Y aurait-il une justice, malgré tout ? Je donnerai demain des exemples chiffrés des conséquences de cette réforme. Mais d'ores et déjà, contemplons ensemble l'effondrement de la cotisation forfaitaire :
Actuellement, chaque année on paie 78 € sur le régime des praticiens conventionnés, pour augmenter sa retraite de 114,40 € (4576 € sur 40 ans). En 2011, nous paierons 540 € pour augmenter notre hypothétique retraite de 24,5 x 1,20 € = 29,40 € (hors inflation). La cotisation forfaitaire aura donc été multipliée par 6,92 et la retraite divisée par 3,89.
Donc un rendement divisé par 10,81. Attention, pas 10,81 %, ce serait trop beau...
Ce régime de retraite n'a plus aucun intérêt. Il ruine le peu de confiance qu'on pouvait encore accorder à notre système de retraite. J'avais déjà décrit
ici l'évolution scandaleuse de nos cotisations depuis 1990. Mais là nous touchons le fond. La preuve est faite qu'un gouvernement peut vraiment nous infliger n'importe quelle punition sans que nous puissions réagir. Les syndicats protestent... mais la caravane passe.
ERRATUM : finalement, la sécurité sociale va continuer à cotiser pour nous, du moins pour l'instant. On va donc bien passer à 540 € de cotisation forfaitaire en 2011, mais la sécu en paiera les 2/3. En revanche, elle ne paiera que la moitié de la nouvelle cotisation proportionnelle. C'est la CARPIMKO qui le dit dans son bulletin. Soyons heureux : le rendement est donc divisé par 6,2 au lieu de 10,81. Voir cet
article du 3 novembre.